[Covid-19] Télétravail et risque sanitaire, à Marseille comme en Ile-de-France, les entreprises en ordre dispersé

Alors que les zones en alerte renforcée ou maximale se multiplient en France, le ministère du Travail appelle les entreprises à recourir "autant que possible" au télétravail. En Ile-de-France, Bouches-du-Rhône... Comment s'organisent les industriels situés dans ces zones? La réponse est loin d'être unique.

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Le ministère du Travail a demandé aux entreprises de recourir un maximum au télétravail lorsqu'elles se trouvaient en zone d'alerte renforcée ou maximale.

Un jour, deux jours, trois jours,… Après le passage imposé - et soudain - au télétravail pour une grande partie des salariés français pendant le confinement, le sujet est à nouveau sur la table avec la seconde vague en cours de l'épidémie de coronavirus. Dimanche 4 octobre, la ministre du Travail Elisabeth Borne a demandé aux entreprises "d'intensifier le télétravail dans les zones concernées", quelques heures avant l'annonce du passage de Paris et sa petite couronne en zone d'alerte maximale. Mais dans la pratique, la politique des entreprises sur le sujet varie, et tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne.

Ils ont peu recours au télétravail

Après le confinement, certaines entreprises ont souhaité un retour rapide des salariés sur leur lieu de travail. "Après le confinement, nous sommes revenus progressivement à du présentiel pendant l'été, détaille une porte-parole de l'équipementier aéronautique Safran. Aujourd'hui, les salariés ont droit à une journée de télétravail par semaine, une règle déjà en place avant le confinement. A cela s'ajoutent dix jours supplémentaires par an, dans la limite de deux jours à distance par semaine".

Le motoriste compte également un nombre toujours conséquent de salariés au chômage partiel (6 000). Pour ces derniers, "la limite de journées en télétravail est fixée à une par semaine, pour ceux qui sont concernés par l'APLD à hauteur de 40% de leur temps de travail normal". Safran, qui possède une douzaine de sites en Ile-de-France (22 800 salariés sur les 44 000 de l'Hexagone), ne prévoit pas pour l'heure de changer son organisation, malgré la progression de l'épidémie en région parisienne. "Nous avons eu une forte demande d'un retour de lien social parmi nos collaborateurs après le confinement."

Ils renforcent le télétravail en fonction de la circulation du virus

"Avec le passage de l'Ile-de-France en zone de vigilance maximale, de nouvelles consignes viennent d'être mises en place concernant nos trois sites en Ile-de-France [Paris, Nanterre, La Défense, ndlr]", confirme une porte-parole du groupe Total. Le pétrolier français qui, jusqu'au passage de Paris et sa petite couronne en vigilance maximale, autorisait une ou deux journées de télétravail selon les contrats, impose désormais deux jours de télétravail par semaine à ses équipes. "Les salariés peuvent aussi se faire tester directement sur leur lieu de travail", poursuit la représentante du groupe, des tests sérologiques sont effectués par nos services médicaux à la Défense".

Chez Suez, dont le siège social est situé à la Défense (Ile-de-France, 2 300 employés), les salariés sont autorisés à rester chez eux deux à trois jours par semaine, dans la limite de 40% de remplissage des bureaux depuis le passage en alerte maximale. "Après le confinement, de juin à juillet, 20 à 30% des salariés étaient de retour sur site, puis 50% en août, en rotation", rapporte Laure Girodet, directrice santé-sécurité du groupe.

Sur l'ensemble des effectifs du groupe en Ile-de-France, 60% sont des agents de terrain, 25% sont éligibles au télétravail et 15% sont au chômage technique. "Nous effectuons un service public essentiel, comme la collecte des déchets", rappelle Laure Girodet. "Nous adaptons le télétravail en fonction des régions. A Marseille (Bouches-du-Rhône), en alerte maximale, nos salariés ont le droit à deux jours de télétravail, car ils utilisent en majorité leurs voitures et peu les transports. Ou en fonction des situations. En région parisienne, les catégories de collaborateurs à risque, sur présentation d'un bulletin de santé, ou ceux qui ont plus d'une heure de trajet en transport en commun, sont en télétravail ou en horaire décalés." Autre mesure, les déplacements professionnels d'une zone verte à une zone en alerte sont interdits. De même, aucun visiteur n'est autorisé sur les sites à risque, sauf dérogation. Le groupe est par ailleurs en discussion avec les partenaires sociaux pour pérenniser le télétravail deux jours par semaine.   

De son côté, la SNCF s'adapte en fonction de l'évolution de l'épidémie, selon les données hebdomadaires rapportées par Santé Publique France. "Les salariés dont le lieu de travail est situé dans ces zones sont invités, si les nécessités de service le permettent, à limiter leur présence sur site à deux jours par semaine. Cette mesure temporaire s’applique tant que le lieu de travail du salarié est situé dans un département rouge", rapporte la direction des ressources humaines du groupe. Pour les sites situés hors de ces zones, les salariés ont le droit à un jour de télétravail par semaine, pouvant être porté à trois selon les directives des directions concernées.

Ils sont en télétravail l'essentiel de la semaine

Sans conteste, les champions du télétravail se trouvent dans le secteur de la santé. Devoir d'exemplarité, particularité du rapport au risque sanitaire, image de marque, production stratégique,… Les entreprises pharmaceutiques sont obligées de faire preuve d'une vigilance renforcée.

Depuis la fin du confinement en mai dernier, les employés de GSK n'ont l'obligation de se rendre au bureau qu'un jour par semaine (hors sites de production). "Après le déconfinement, les employés de GSK organisaient leur venue au bureau sur la base du volontariat. Depuis octobre, face à une situation qui s’installe dans la durée, et pour maintenir le lien avec le collectif, les 500 collaborateurs du siège de Reuil-Malmaison (Hauts-de-Seine) n'ont l'obligation de se rendre au bureau qu'un jour par semaine", indique Emmanuelle Kuhnmunch, directrice des affaires publiques. "Chacun choisit son jour, avec des heures de départ et d'arrivée modulables. Pour la partie production, un roulement est mis en place pour assurer le suivi de la production, sachant que nous sommes impliqués dans la recherche d'un vaccin." Le laboratoire tient une cellule de crise chaque semaine sur le sujet, en suivant l'évolution de la situation sanitaire. "Nous avons par ailleurs conscience que ce contexte s'inscrit dans la durée, nous réfléchissons à pérenniser cette organisation du travail", poursuit-elle.

Pour la division diagnostic du laboratoire suisse Roche - qui exerce exclusivement des activités commerciales en France (aucun site de production dans l'Hexagone) - le télétravail est également largement plébiscité. Après un retour de 80% des collaborateurs sur site début septembre, le siège social de cette filiale (200 personnes), situé en Isère, s'est de nouveau vidé de ses occupants à la fin du mois, avec le passage du département en vigilance renforcée. "Il ne reste plus que 20% des effectifs au maximum sur site, en rotation, signale Sophie de Leiris, directrice de la communication de Roche Diagnostics. Un ordre de priorité est établi en fonction des postes, mais aussi des conditions de travail de chacun. Certaines personnes ne sont pas dans un environnement favorable au télétravail pour X raisons. Nous en tenons compte et elles sont prioritaires pour venir travailler sur le site".

Chez Roche Diagnostics, ces questions ne relèvent pas uniquement des prérogatives RH. "Une cellule "sécurité, environnement et bien-être" émet un avis, et la décision est prise en accord avec le Conseil sociale et économique de l'entreprise". Sophie de Leiris soulève aussi le problème des sous-traitants engagés par le groupe au siège social, comme les sociétés d'entretien, la cafétéria ou le personnel d'accueil. "C'est une question à laquelle il faudra répondre si le télétravail se pérennise".

Parmi cette liste non exhaustive, le groupe PSA fait figure d'exception. Dès le 6 mai, le constructeur automobile a décidé de faire du travail à distance “la référence pour toutes les activités non liées directement à la production”, indiquait-t-il dans un communiqué. Ce projet mondial, baptisé New Era of Agility, concernerait 80 000 des 200 000 salariés du groupe en France et à l'international. "Nous voulons pérenniser le modèle mis en place après le confinement pour les fonctions support ou ingénierie du groupe", explique un cadre des ressources humaines. C'est-à-dire 70% des effectifs à distance et 30% sur site avec des roulements". Ce qui correspondrait à un jour voire un jour et demi de travail en présentiel par employé. "79% des salariés étaient favorables", poursuit cette source, citant les résultats d'une enquête interne menée pendant l'été sur 68 sites dans 23 pays.    

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