Employeur, Etat ou salarié, qui doit prendre en charge les coûts du télétravail ?

Le Medef accepte d'ouvrir une négociation nationale sur le télétravail avec les salariés. Les employeurs ne peuvent plus s’opposer à une pratique qui suscite de fortes attentes chez les salariés. Mais ils refusent que cela se traduise par des coûts supplémentaires pour l’entreprise.

Réservé aux abonnés
PSA Group
En septembre et octobre, PSA teste le télétravail à 70% sur 8 de ses sites, dont 4 en France.

Elles iront, mais du bout des pieds… Les organisations patronales ont accepté, le 22 septembre, d’ouvrir une négociation sur le télétravail, comme le leur demandaient les organisations syndicales. Deux réunions sont prévues en novembre, pour commencer. Mais si un accord national est trouvé, il ne sera "ni normatif, ni prescriptif", a indiqué le négociateur du Medef Hubert Mongon à l’issue d’une réunion.

Les employeurs ne veulent pas se voir imposer de nouvelles règles, identiques dans toutes les entreprises. "Nous préférons organiser le télétravail au niveau local, dans chaque entreprise, avec les textes existants", indique Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des DRH (ANDRH). Une des craintes des directions d’entreprise : qu’un accord national impose une prise en charge par l’employeur de certains coûts induits par le télétravail. Le sujet sera pourtant bien abordé lors de la négociation nationale.

Pas question de financer l'aménagement des locaux

"Les DRH sont très favorables au développement du télétravail, poursuit Benoît Serre. Ils ne craignent pas son coût, parce que les investissements en ordinateurs, en réseaux, en logiciels, ont été faits pendant le confinement. Et que presque tous les accords prévoient une indemnisation qui oscille entre 10 et 15 euros par mois. En revanche, ils s’inquiètent qu’on leur demande de financer l’aménagement des locaux où travaillent les salariés, ce qui serait excessif et aurait pour seul effet de freiner le développement du télétravail."

Autre inquiétude, ajoute Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’ANDRH : "certains salariés manifestent le souhait de partir vivre en province grâce au télétravail, et comptent sur leur employeur pour prendre en charge les frais de transport… "

Partager les gains

Chez PSA, où la direction souhaite que tous les salariés hors production télé-travaillent entre 3,5 et 4 jours par semaine, la discussion avec les syndicats achoppe notamment sur la prise en charge des coûts du télétravail. Ils réclament notamment d’être équipés d’un grand écran pour leurs ordinateurs portables. "Quand on travaille toute une journée chez soi, on consomme plus d’électricité, de chauffage, on a besoin d’aménager un endroit où travailler dans de bonnes conditions, il faut un siège ergonomique pour préserver sa santé", détaille Franck Don, délégué syndical central de la CFTC.

Selon lui, "aider financièrement les salariés est une histoire de justice". "L’entreprise va faire un gain financier énorme, surtout sur l’immobilier, poursuit-il. C’est une très bonne nouvelle. Mais une partie de ce gain doit être redistribuée aux salariés, il n’y a aucune raison qu’ils aient des frais supplémentaires non compensés."

Un accord renégociable quand la crise sera finie

Une expérimentation du télétravail à 3,5 ou 4 jours est en cours sur quatre sites français de PSA. Mais elle se mène alors que les conditions sanitaires sont toujours dégradées, et que beaucoup de salariés préfèrent rester chez eux. "Qui dit qu’ils ne changeront pas d’avis quand ils pourront à nouveau venir travailler dans des conditions normales ? interroge Franck Don. Si on négocie un accord sur le télétravail chez PSA, il doit être à durée déterminée, renégociable quand la crise sera terminée."

Favorable à un accord national qui fixerait un cadre notamment pour les petites entreprises, il estime lui aussi qu’une marge de manœuvre doit être laissée au dialogue social en entreprise : "les attentes et les moyens ne sont pas les mêmes dans toutes les entreprises, il faut laisser de la souplesse".

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.