Maintenant que Thomas Pesquet et son équipe ont rejoint la Station Spatiale Internationale (ISS), une phase d’expériences scientifiques débute dans de multiples domaines de la science : biologie, matériaux renouvelables, physique… Pendant six mois l'équipage de la mission Alpha travaillera 40 heures par semaine sur ces tests.
Les expériences françaises émanent du Centre national d’études spatiales (CNES) qui a rassemblé 12 projets en provenance de plusieurs entités. Outre le blob, cet organisme unicellulaire qui défraie la chronique, d’autres expériences attendent Thomas Pesquet à bord de l’ISS, avec de potentiels débouchés pour l'industrie.
Cerebral Ageing sur le vieillissement du cerveau
Parmi les expériences physiologiques, Cerebral Ageing cherche à comprendre le vieillissement du cerveau à l’échelle moléculaire. Menée par l’Institut Pasteur, l’école Sup’Biotech, et l’entreprise d’innovation spatiale Space Tango, basée aux Etats-Unis, cette expérience se base sur l’utilisation d’organoïdes cérébraux, des structures 3D qui contiennent des cellules neuronales et d’autres types de cellules présentes dans un cerveau en développement. Les scientifiques comptent sur le vieillissement accéléré qui prend effet sur le corps humain lors des séjours dans l’espace pour étudier le développement et le vieillissement de ces organoïdes. Les résultats de l’expérience permettront d’une part de mieux comprendre certaines maladies génétiques, notamment celles qui provoquent un vieillissement prématuré chez les enfants qui en sont atteints (maladies progeroïdes) et d’autre part de préparer la santé physique des astronautes pour des vols habités lointains et de longue durée.
Eco pack, nouvelle génération d’emballages.
Cette expérience cherche à savoir comment se débarrasser des emballages, bien trop encombrants à bord de l’ISS. Sont pointées du doigt les trousses contenant les expériences de la mission Alpha, habituellement protégées par des parois en mousse pétro-sourcées. L’idée est de donner une nouvelle vie à ces matériaux, pour les rendre réutilisables, biodégradables voire… comestibles ! « Renewable Foam » et « Edible Foam » sont les deux projets qui proposeront de démontrer l’efficacité de nouveaux matériaux : l’instrument de l’expérience Dreams a ainsi été acheminé vers l’ISS dans une trousse dont les parois sont composées de plaques recyclables réalisées en impression 3D à partir de polyesters produits par fermentation bactérienne.
Cette expérience rassemble les ingénieurs du CADMOS, une unité du CNES dédiée à l’étude des activités en micropesanteur, le groupe Jean Hénaff, le laboratoire ComposiTIC, l’atelier de formation Innovons à 360° ainsi que les chocolatiers Maison Pillon et le spécialiste de pain d’épices Maison Darnis.
Lumina pour mesurer les radiations à bord de l’ISS
Pour mesure le niveau de radiations ionisantes à bord de l’ISS, l’équipe de la mission Alpha embarquera Lumina, un dosimètre à fibre optique. Son fonctionnement : lorsqu’une fibre optique est exposée à une radiation, elle s’obscurcit et permet de mesurer la dose totale ionisante reçue. Lumina a été conçu pour être très résistant dans les conditions extrêmes qu’offre l’espace, notamment avec les grandes variations de température. Ses deux bobines de fibres sont longues de plusieurs kilomètres et fonctionnent respectivement dans le visible et dans l’infrarouge. Cette expérience permettra d’augmenter les connaissances scientifiques sur le comportement des fibres optiques exposées à de faibles doses ionisantes sur une longue durée dans l’espace. Ces informations pourront aider la recherche pour protéger les astronautes pour les futurs vols habités : à bord de l’ISS ces derniers reçoivent en moyenne une dose de radiation cent fois supérieure à celle relevée sur Terre, au niveau de la mer, pour même un laps de temps. La dosimétrie par fibre optique vise à devenir une technologie indispensable à la protection du matériel et des astronautes lors des voyages spatiaux vers la Lune ou Mars.
Télémaque, manipulation d’objets sans contact
Déplacer des objets sans les toucher est possible avec du son ! Du moins dans l’espace où la force d’une onde acoustique est environ un million de fois plus grande que celle des ondes optiques. Le projet Télémaque va tenter de manipuler des objets – des petites sphères en plastique ou en verre – grâce à un champ acoustique également appelé « pince acoustique ». Les applications de cette expérience pourraient servir dans le domaine de la santé, notamment pour l’expulsion de calculs rénaux ou la délivrance ciblée de médicaments dans l’organisme. Télémaque émane de l’Institut Jean Le Rond d’Alembert et des deux entreprises françaises, EREMS et COMAT.
MatISS, les surfaces intelligentes
Thomas Pesquet poursuivra des expériences déjà entamées lors de son premier voyage dans l’ISS (mission Proxima). MatISS est l'une d'elles et étudie les surfaces intelligentes pouvant stopper le développement de micro-organismes pathogènes. Pour le deuxième voyage de MatISS, cinq matériaux prometteurs ont été sélectionnés. Outre son impact sur la conception des véhicules spatiaux, cette expérience pourraient avoir des applications sur Terre avec le développement de surfaces antimicrobiennes (par exemple pour les boutons d’ascenseur, les poignées de porte mais aussi dans les bars, les transports publics et dans d’autres zones très fréquentées). MatISS est porté par le CEA.



