Thomas Pesquet prend du galon. Mardi 16 mars, l’Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé que l’astronaute deviendrait commandant de bord de la Station spatiale internationale (ISS) durant une partie de sa deuxième mission dans l’espace. C’est la première fois qu’un Français occupe ce poste. Décollage prévu le 22 avril à bord de la capsule Crew Dragon de SpaceX.
Premier astronaute européen à bord du Crew Dragon
Autre particularité de la mission Alpha : Thomas Pesquet sera le premier astronaute européen à prendre place à bord du Crew Dragon. Ce modèle de vaisseau reste jeune dans le programme spatial américain. Son premier vol habité remonte à mai 2020 et il n’a transporté pour l’instant que deux équipages. Une jeune existence qui n’inquiète pas outre mesure l’ingénieur français.
“Je suis plutôt optimiste. Dans ce métier, si tu te concentres sur les choses qui peuvent mal se passer, tu as tendance à ne pas très bien dormir la nuit”, a confié Thomas Pesquet lors d’une visioconférence. “Le lanceur [Falcon 9] a un héritage quand même assez impressionnant. En ce moment, ils ont une cadence de tir quasiment hebdomadaire. Il y a un premier étage qui a été tiré neuf fois de suite !”, a-t-il ajouté.
“Dès que ça se passe mal, cela va être à nous de jouer”
Trois autres personnes partiront avec Thomas Pesquet : Akihiko Hoshide (Japon), Shane Kimbrough (États-Unis) et Megan McArthur (États-Unis). Les deux astronautes américains prendront place face aux écrans et contrôleront donc les commandes de la capsule. En tant que “mission specialists”, Thomas Pesquet et Akihiko Hoshide s’installeront sur les côtés.
Parmi les responsabilités des deux “missions specialists”, on retrouve la gestion des équipements d’urgence. “Dès que ça se passe mal, cela va être à nous de jouer. Si tout se passe bien, nous ne sommes a priori pas extrêmement impliqués dans la conduite du vol”, a admis Thomas Pesquet. “C’est un véhicule américain, c’est la NASA qui décide”, a glissé le pilote français qui s’est tout de même formé pour manier le vaisseau. “Évidemment, nous faisons tout en coordination avec l’équipage. Il n’y a pas de décision qui se prenne sans que les quatre soient impliqués”, a-t-il ajouté.
L'entraînement de Thomas Pesquet pour la mission Alpha en vidéo.
Le rôle du commandant dans l'ISS
Une fois arrivé dans l’ISS, Thomas Pesquet se retrouvera un peu plus au centre de l’action. En accord avec les agences spatiales du Canada, des États-Unis, du Japon et de la Russie, l’astronaute français a été désigné pour assurer le commandement de la station pendant une période d’environ un mois. “Il s’agit d’un grand honneur. C’est la troisième fois que l’ESA a un commandant sur la Station spatiale internationale”, a souligné le directeur général de l’ESA, Josef Aschbacher.
“Il y a beaucoup de choses qui se décident au centre de contrôle. Les gens qui travaillent au sol prennent beaucoup de décisions à l’avance. Mais s’il y a une voix dans l’équipage qui compte, c’est celle du commandant”, a décrit Thomas Pesquet qui sera donc l’interlocuteur de référence du centre de contrôle pendant cette période. “Quand ça va mal et quand il faut réagir vite, le commandant décide et assigne les tâches. Par exemple, si nous devions faire face à un départ de feu ou à une dépressurisation. [...] Évidemment tout le monde est compétent. Il n’y a pas besoin de dire aux gens quoi faire dans un équipage d’astronautes mais il y a quand même cette dernière couche de prise de décision qui revient au commandant de la station”, a-t-il détaillé.
Expériences scientifiques et sorties extravéhiculaires
La mission Alpha doit durer environ six mois. Pendant cette période, les astronautes mèneront une centaine d’expériences scientifiques liées à la micropesanteur. Entre les sciences de la vie et les matériaux innovants, l’équipage va travailler dans des domaines variés, dans l’espoir notamment de repousser les limites du voyage spatial. Quatre sorties extravéhiculaires sont également programmées, notamment pour remplacer les panneaux solaires de l’ISS. “Les panneaux solaires se dégradent un petit peu et la station grossit. Nous avons besoin d’un petit peu plus d’électricité”, a expliqué Thomas Pesquet en se présentant comme “l’électricien de l’ISS”.
Au-delà de ce voyage en orbite terrestre, l’Europe prépare activement des collaborations avec les États-Unis sur les futures missions lunaires, notamment sur le projet de station Gateway en orbite lunaire. “Nous avons négocié trois vols d’astronautes européens à bord de cette station, probablement à partir de 2025”, a indiqué Didier Schmitt, responsable du groupe stratégie et coordination du programme d’exploration humaine et robotique de l’ESA. “Nous commençons à négocier avec la NASA pour voir ce qu’il faudrait faire comme ‘troc’ pour avoir le premier Européen sur la Lune avant la fin de la décennie 2020”, a ajouté le responsable.



