Des milliers de candidatures attendues pour une poignée d’élus. L’Agence spatiale européenne (ESA) se met en quête de nouveaux astronautes. Mieux vaut ne pas laisser passer sa chance : le dernier recrutement similaire remonte à 2008. Soucieuse d’améliorer la diversité de ce corps d’élite, l’ESA souhaite devenir la première agence spatiale à embaucher des “parastronautes”.
Les responsables de l’ESA ont détaillé leurs critères pour sélectionner les futurs collègues de Thomas Pesquet. Nous vous dévoilons ces détails ci-dessous. Les candidatures sont ouvertes entre le 31 mars et le 28 mai 2021 sur le site web de l’ESA. Retrouvez la fiche pour le poste d'astronaute ici et celle pour le poste de parastronaute là (pages en anglais).
Pourquoi maintenant ?
“Le dernier recrutement a eu lieu il y a plus de dix ans. Le recrutement auparavant était encore plus lointain. Nous nous apercevons que les générations d’astronautes mûrissent et sont aussi intéressées de temps en temps par d’autres opportunités. Il y a donc un phénomène naturel de diminution du corps et il est très important de pouvoir transmettre les connaissances opérationnelles [...] d’aîné à junior”, a introduit lors d’une visioconférence Guillaume Weerts, responsable de la médecine spatiale au Centre des astronautes européens situé à Cologne (Allemagne).
Avec ces recrutements, l’ESA souhaite s’assurer une présence régulière à bord de la Station spatiale internationale (ISS). L’Europe prévoit un vol de six mois à peu près tous les 18 mois avec l’un de ses astronautes. “Tous les astronautes qui seront sélectionnés iront sur la station”, a assuré Didier Schmitt, responsable du groupe stratégie et coordination du programme d’exploration humaine et robotique de l’ESA. L’ESA a également négocié trois vols vers la future station Gateway qui orbitera autour de la Lune puisqu’elle fournit certains modules. “Dans l’avenir, il y aura cette possibilité de voler sur Gateway. Par contre les premiers vols seront ‘réservés’ aux astronautes actuels puisqu’il faut vraiment avoir une bonne formation”, a souligné Didier Schmitt.
Comment candidater ?
Quatre à six astronautes devraient être recrutés au terme de la sélection, en octobre 2022. Plusieurs critères de sélection ont été définis : tout d’abord être citoyen de l’un des 24 pays membres ou membres associés de l’ESA. Côté études : il faut pouvoir justifier d’un master (ou plus) en sciences naturelles (médecine, physique, biologie, océanographie…), en ingénierie, en mathématiques ou bien en informatique. Les pilotes d’essai expérimental diplômés peuvent également postuler. En revanche, les littéraires pur et dur devront garder les pieds sur Terre. “Des formations complémentaires, au-delà de la formation scientifique, sont un plus”, fait toutefois remarquer Guillaume Weerts.
Aucun âge minimum n’a été fixé mais trois ans d’expérience professionnelle sont attendus. La limite d’âge a été relevée à 50 ans pour cette nouvelle sélection. Les candidats devront parler couramment anglais (niveau CEFR C1) et d’autres langues connues représenteront un atout (niveau minimum CEFR B1-B2).
Au-delà du CV, l’ESA va bien évidemment se pencher sur la motivation des prétendants et sur leur capacité à garder le calme sous la pression. “Les astronautes sont soumis à rude épreuve aussi bien dans les efforts physiques que dans les opérations aériennes ou les simulations de microgravité. Le voyage spatial est associé à de nombreux risques et dangers”, rappelle Zineb Elomri, représentante des ressources humaines. Les explorateurs devront également s'accommoder d’horaires de travail irréguliers et de longues absences du domicile. Ces conditions sont compensées par un salaire s’élevant entre 5 000 et 10 000 euros par mois.
“Nous ne cherchons pas des surhommes”
Vous souffrez du syndrome de l’imposteur ? L’ESA tient à rassurer les éventuels intéressés malgré ses exigences. “Nous ne cherchons pas des surhommes ni des superfemmes. Nous cherchons des gens en bonne santé et qualifiés pour le poste. [...] Les critères ne sont pas drastiques. C’est un mythe. Même les critères médicaux sont les moins sélectifs de toutes les étapes de la sélection”, défend le responsable de la médecine spatiale.
Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle (Claudie Haigneré fut la première femme française à voyager dans l'espace. Crédit : Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle)
S’ils ont insisté sur la notion de diversité, les responsables n’ont évoqué aucun quota lié au genre ou à la nationalité. L’ESA va devoir faire des efforts de communication pour attirer plus de femmes. “La sélection du Centre national d’études spatiales (Cnes) dont je suis issue en 1985 comptait 10 % de candidatures féminines pour une astronaute dans un groupe de sept. La sélection de 2008 [de l’ESA], c’était 15,6 % de candidatures féminines”, décompte l’astronaute française Claudie Haigneré. Aujourd’hui, à travers le monde, on dénombre 64 femmes parmi les 575 astronautes.
Un projet inédit de “parastronautes”
Pour améliorer l’inclusion dans le secteur, l’ESA a dévoilé un projet inédit : recruter des “parastronautes”. L’agence souhaite conduire une étude de faisabilité visant à intégrer dans son corps d’astronautes une personne présentant un certain degré de handicap physique. “Il est important d’avoir quelqu’un avec qui dialoguer d’une façon très pratique, a indiqué Guillaume Weerts. Nous allons essayer, avec ces personnes, de voir quelles sont les adaptations qui peuvent être nécessaires, soit dans les procédures, soit même dans le matériel, dans les fusées…”
Un poste est donc ouvert dans le cadre de cette étude avec les mêmes qualifications demandées que pour le travail d’astronaute. Le poste s’adresse aux personnes présentant l’un de ces handicaps : les personnes de petite taille (inférieure à 130 centimètres), les personnes qui présentent une différence de longueur de jambe (membres manquants ou raccourcis), les personnes qui présentent une déficience des membres inférieurs en-dessous du genou (d’une ou de deux jambes).



