Comment investir 30 milliards d’euros efficacement pour faire émerger les filières industrielles d’avenir, et réindustrialiser la France de 2030? Depuis le début de l’été, l’Elysée phosphore sur les contours de son plan d’investissement. Sa finalisation, prévue pour le début du mois de septembre, a été reportée d’un mois, faute de parvenir à des arbitrages.
Pas si facile de cibler les bonnes priorités. Intervenant à une conférence organisée par le think tank La Fabrique de l'industrie mardi 7 septembre, l’économiste Xavier Ragot, directeur de l’OFCE n’est pas vraiment étonné. Pour lui, « le débat sur le plan d’investissement montre qu’on a un peu de progrès à faire pour définir ce que doit être un Etat pilote ». L’Etat ne manque pourtant de structures de réflexion et de gouvernance. A chaque grand retour de la politique industrielle, il a créé une strate supplémentaire.
A Bercy, la Direction générale des entreprises est chargée d’organiser de façon opérationnelle l’intervention de l’Etat. Ces dernières années, se sont rajoutés le Secrétariat général à l’investissement, visant à piloter le plan d’investissement d’avenir, puis le Conseil national de l’innovation. De façon plus transverse, l’Etat s’appuie aussi sur le Haut-commissariat au Plan pour sa réflexion stratégique.
Trop d'acteurs en charge de la politique industrielle

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« Beaucoup d’acteurs réfléchissent à des bouts de politique industrielle, mais aucun n’intègre tout. Il faut de la planification», regrette Xavier Ragot, jugeant la gouvernance trop fragmentée. « Il manque une phase d’intégration à plus haut niveau pour faire émerger de grands projets », ajoute-t-il. La crise sanitaire a remis sur le devant de la scène la nécessité d’intervention de l’Etat, pour organiser les chaînes d’approvisionnement, renforcer la résilience de son économie.
La compétition technologique avec la Chine et les Etats-Unis rend aussi indispensable le soutien de l’Etat pour jouer à armes égales. Mais « la politique industrielle à venir ne sera pas la simple continuité des plans de relance », anticipe Xavier Ragot. La France ne pourra pas longtemps aligner des déficits publics massifs, comme en 2020 et 2021. Pour réindustrialiser, il va donc falloir glisser de la mise en place d’outils massifs à des interventions plus chirurgicales.
Renforcer les corps techniques
Comment être efficace? « Il ne s’agit pas de multiplier les instruments de pilotage », considère Louis Gallois, le vice-président du think tank La Fabrique de l’industrie, qui a publié une étude sur le retour de l'Etat pilote. « Mais la reconquête industrielle va prendre du temps. Il faut créer les conditions d’une politique industrielle qui vise la cohérence et la persévérance », assure l'ancien industriel, pour qui le modèle est la Corée du Sud.
Il plaide pour un grand ministère de l’Industrie, de plein exercice, et élargi à l’énergie et à la recherche technologique, « qui pèse au sein du gouvernement ». Au-dessus, l’ancien président d’Airbus défend la création d’un Conseil du plan, sur le modèle du Conseil de défense actuel, pour situer et arbitrer les enjeux industriels au niveau de l’Elysée. A l’inverse, certaines instances comme le Secrétariat général à l’investissement rejoindraient le giron du grand ministère de l’Industrie.
Autre condition pour Xavier Ragot de ce changement de paradigme de politique industrielle: l’Etat va devoir renforcer ses corps techniques, d’ingénieurs des mines ou des ponts, pour renforcer son expertise, alors que ces dernières années, les effectifs de la DGE ont eu tendance à fondre.« Nous n’avons plus besoin d’énarques, mais de techniciens. L’ère des généralistes est terminée », confirmait le ministre des Finances, Bruno Le Maire, il y a peu. Faute de mieux, « le plan d’investissement devra se donner une gouvernance souple » pour Xavier Ragot. En attendant que ses pistes inspirent le gouvernement.



