La formation à distance est en plein boum. Imposée par les confinements de 2020, « elle a réussi à lever les résistances de ceux qui lui étaient réfractaires », note Christophe Perilhou, du groupe Cegos. Selon le baromètre 2021 de l’Observatoire Cegos, 58% des entreprises ont déjà recouru, depuis 2017, à des formations réalisées à 100% en distance, contre 42% l’an dernier. Le mélange entre cours en ligne (classes virtuelles, webinaires, modules e-learning) et sessions en salle s’impose également. Cette forme « blended » a été utilisée par 48% des entreprises depuis 2017, en hausse de 10 points par rapport à l’année dernière.
Salariés et responsables RH sont d’accord sur ce point : le développement de la formation à distance va se poursuivre… « La crise a joué comme un accélérateur de tendance, poursuit le directeur learning et solutions. De plus, la formation à distance est nettement moins coûteuse pour l'employeur. Pour certains de nos clients, elle diminue le coût d’une formation de 15 à 30%. » Mais autant les clients ont pardonné des expériences approximatives en 2020, autant ils sont devenus exigeants aujourd’hui sur la « qualité formation » proposée à distance, donc sur la formation des formateurs à l’utilisation de nouveaux outils et pédagogies.
Un enjeu aux mains des directions métiers
Deuxième grande tendance de fond : de nouvelles thématiques de formation sont apparues. Reflétant les préoccupations des dix-huit derniers mois, elles s’installent dans le paysage : bien télétravailler, manager à distance – et de plus en plus, en hybride, « un vrai casse-tête », animer une réunion à distance, collaborer à distance.
Troisième bouleversement : « face à l’obsolescence des compétences, la formation est devenue un enjeu stratégique pour les entreprises », poursuit Christophe Perilhou. D’ailleurs, ce sont de plus en plus les directions « métiers » qui s’en occupent, et de moins en moins les responsables RH ou formation. Un organisme de formation comme Cegos a vu ses interlocuteurs changer… « Mais les directions métiers veulent former très vite, réclament des formations plus performantes, leurs exigences sont montantes », commente Christophe Perilhou.
Les DRH restent très demandeurs de soft skills, la capacité personnelle à s’organiser devenant une valeur qui monte, sans doute sous l’effet de l’accroissement de l’autonomie des salariés en partie en télétravail. Parmi les autres compétences à renforcer, les DRH continuent à placer en tête les compétences numériques (notamment l’usage des outils indispensables au travail à distance), mais leur attente sur les compétences managériales augmente de 12 points (citées par 34% des DRH, contre 22% l’an dernier) sous l'effet du télétravail massif.
Individualisation de la formation
Dernière tendance de fond, accélérée par la crise sanitaire, mais aussi par la réforme de la formation professionnelle et la création du compte personnel de formation (CPF) : les salariés sont de plus en plus prêts à prendre en main leur formation, qu’il s’agisse de se former hors du temps de travail (63% y sont prêts) ou à leurs propres frais (36%). Une révolution culturelle en France, qui a toujours été loin de ses voisins sur cette question.
Mais les salariés thésaurisent leur budget de formation CPF, afin de pouvoir s’offrir une formation plus ambitieuse. Les DRH se montrent encore frileux pour abonder les CPF, préférant aborder la question au cas par cas plutôt que de signer des accords d’entreprise sur le sujet. « Le processus d’abondement n’est toujours pas très fluide, mais nous n’avons aucun doute qu’il va se développer, parce que c’est du gagnant-gagnant pour l’employeur et le salarié », conclut Benoît Félix, président du groupe Cegos, où les CPF pèsent 6 à 7% du chiffre d’affaires en France.



