Ce n’est plus un secret. En élargissant l’accès au télétravail, la pandémie de Covid-19 incite les grands groupes, et plus généralement les entreprises, à repenser leur stratégie immobilière. Cette réflexion aboutit parfois à une mise en place du flex office, avec des bureaux partagés et non plus individuels. Selon une étude du fabricant de mobilier de bureau Steelcase, menée à l’automne 2021 dans 11 pays et auprès de 4 986 travailleurs, 10% des employés ont perdu leur poste attitré depuis la pandémie (8% en France, sur un échantillon d’environ 500 personnes) et même 15%, dans les grandes entreprises de plus de 10 000 salariés. Dans ce contexte, l’étude de Steelcase fait figure d’avertissement. Car les travailleurs semblent encore largement chérir leur bureau personnel.
Moins de télétravail pour avoir son bureau
Empiler ses dossiers et lectures dans un coin, exposer un souvenir de déplacement – voire de vacances – dans un autre ou encore laisser son mug à peine propre de la veille à côté de son clavier… Autant de pratiques que tous les travailleurs ne semblent pas prêts à abandonner. Selon l’étude, 55% des individus préfèrent avoir un poste attribué quitte à travailler deux jours ou moins à distance par semaine, plutôt qu’avoir la possibilité de télétravailler jusqu’à trois jours sans avoir de bureau attribué (45%). En France, ils sont même 62% à pencher pour la première option, contre 38% pour la seconde. Sur les 11 pays étudiés, seuls les travailleurs australiens, canadiens et britanniques préfèrent le télétravail au poste attitré.
« Le sentiment d’appartenir à l’entreprise grâce à un espace à soi que l’on peut personnaliser à loisir est plus important que ne l’imaginent beaucoup de dirigeants », tranche l’étude. De quoi inviter à la prudence quant à une stratégie de flex office pensée uniquement avec un objectif de réduction des coûts immobiliers. « Si l’environnement de travail manque d’espaces privatifs favorisant la concentration, d’espaces d’équipes ou d’endroits où déposer ses effets personnels, les individus risquent de se sentir perdus. Ces employés "nomades" auront du mal à se sentir en phase avec leur entreprise », avertit encore Steelcase.
Des entreprises s'emparent du sujet
Cette alerte semble déjà avoir bien été prise en compte dans certaines entreprises. « Plutôt qu’un flex office impersonnel, nous avons mis en place des espaces de travail plus conviviaux et plus connectés pour nos collaborateurs lorsqu’ils viennent dans nos locaux », expliquait il y a peu à L'Usine Nouvelle Éric Lechelard, le DRH de la filiale française du fournisseur de solutions de communication et cloud Alcatel-Lucent Enterprise. Selon l’étude, les systèmes de réservation peuvent aussi limiter les effets pervers du flex office.
Au-delà du bureau attribué, les entreprises doivent surtout garder en tête le besoin d’espaces privatifs de leurs salariés, notamment en raison de l’explosion des visioconférences. L’étude montre qu’après les espaces de collaboration hybride, ce sont des enclaves individuelles pour les réunions hybrides, l’intimité et des espaces de travail fermés ou semi-fermés que recherchent les travailleurs à l’échelle mondiale. Un constat qui vaut également pour la France.



