Pendant sa campagne, le candidat Macron avait promis de « libérer et protéger », un programme proche de la flexisécurité à la danoise, qui offre plus de liberté aux entreprises et aux individus tout en instaurant des garde-fous. La première moitié de son mandat a sans conteste été consacrée à « libérer ». Les petites phrases ensuite regrettées – le « pognon de dingue » consacré aux minima sociaux « alors que les gens restent pauvres », « traverser la rue » pour trouver un emploi – dévoilaient sa vision d’un individu à qui il faut apporter un cadre libérateur, afin qu’il saisisse sa chance.
Symboliquement, la loi de septembre 2018 réformant la formation invoque « la liberté de choisir son avenir professionnel ». Le compte personnel de formation passe à la main du salarié, qui dispose de 500 euros par an pour se former librement. L’apprentissage est encouragé, ses contraintes réglementaires assouplies, et le nombre de jeunes choisissant cette voie a augmenté de 125 % en cinq ans ! Le plan d’investissement dans les compétences a consacré plus de 13 milliards d’euros à la formation des jeunes décrocheurs et des demandeurs d’emploi. Un bilan montre qu’il n’a pas tout à fait atteint sa cible, les chômeurs formés n’étant pas les moins qualifiés. Emmanuel Macron offre quelques protections en plus aux indépendants, s’attaque aux inégalités entre les femmes et les hommes, réforme l’ENA pour rompre avec les déterminismes.
Échec sur les retraites
Mais il ne réussit pas à mener son importante réforme des retraites, dont il défendait l’objectif de « justice ». Elle devait permettre à un euro cotisé de rapporter la même chose à un retraité, quel que soit son statut professionnel. Technique, s’attaquant aux régimes spéciaux, créant de nouvelles injustices, elle s’est heurtée à une forte opposition et a sombré avec la crise du Covid.
Le Président veut que le travail paie. Dès 2018, il supprime les cotisations maladie et chômage des salariés, remplacées par une hausse de la CSG. Les actifs y gagnent en pouvoir d’achat, les retraités y perdent. Il revoit les barèmes de l’impôt sur le revenu, supprime progressivement la taxe d’habitation, instaure le reste à charge zéro en santé et relève certains minima sociaux. Pour calmer la fronde des Gilets jaunes, il annonce le 10 décembre 2018 une revalorisation et un élargissement de la prime d’activité, dont le nombre de bénéficiaires augmentera de 35 %, et la défiscalisation des heures supplémentaires. Sur le quinquennat, le pouvoir d’achat est en hausse pour toutes les catégories de revenus. Si les très riches ont beaucoup bénéficié des réformes du capital, les actifs des classes moyennes ont profité de toutes les mesures, les plus pauvres des revalorisations. Mais pas dans les mêmes proportions.
Les vicissitudes de la réforme de l’assurance-chômage résument bien le quinquennat. En 2019, il s’agit d’encourager le travail, dans une économie où les entreprises n’arrivent pas à recruter. L’accès à l’indemnisation est rendu plus difficile, le montant de l’allocation moins attractif. En contrepartie, les employeurs qui abusent des contrats de travail très courts seront sanctionnés. Selon l’Unédic, la réforme devrait se traduire par une baisse de 17 % de l’allocation-chômage pour 1,15 million de personnes. Décalée à cause du Covid-19, elle est désormais appliquée aux demandeurs d’emploi, et le sera à partir du 1er juillet pour les entreprises.

Vous lisez un article du numéro 3703 de L'Usine Nouvelle - Février 2022



