Après l’éviction de Luc Rémont d'EDF, l’espoir d’un nouveau départ pour les industriels sur le prix de l’électricité

Avec Luc Rémont aux commandes d’EDF, les négociations sur les contrats de long terme adossés au nucléaire pour une livraison d’électricité à partir de 2026 patinaient. Le départ du dirigeant annoncé vendredi 21 mars pourrait permettre aux industriels d’obtenir des avancées, sans qu’un revirement majeur soit espéré.

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Centrale nucleaire de Bugey
Le sort des contrats d'allocation de production nucléaire aura coûté cher à Luc Rémont.

Le déploiement difficile de la nouvelle politique commerciale d’EDF, pour un approvisionnement en électricité à partir de 2026 après la fin du mécanisme actuel de l’Arenh, a incontestablement altéré les relations entre l’énergéticien et son actionnaire, l’Etat, jusqu’à contribuer à l’éviction de son PDG Luc Rémont vendredi 21 mars. En particulier, la question des contrats de long terme adossés au parc nucléaire, un outil d’EDF visant à offrir aux industriels les plus consommateurs d’électricité de la visibilité et de l’énergie à un prix compétitif, a pesé dans la balance.

Depuis l’annonce du lancement prochain d’un mécanisme d’enchère pour accéder à ces contrats, qui s’accompagnait d’une date butoir fixée au 15 mai pour formaliser l’engagement de négociations bilatérales avec l’énergéticien, la foudre des industriels les plus sensibles au prix de l’électricité s'est abattue sur EDF. Les industriels électro-intensifs accusaient l’énergéticien de vouloir vendre son électricité aux plus offrants plutôt qu’à ceux en ayant le plus besoin, quand les organisations professionnelles France Chimie, Aluminium France et France Ciment s’inquiétaient de  l’impact d’une nouvelle hausse des prix de l’électricité sur leurs productions et l’emploi.

"C'est peut-être le début de quelque chose"

La charge des industriels a fragilisé encore un peu plus la position de Luc Rémont auprès de l’Etat actionnaire, parmi d’autres différends. «L’Etat n’avait pas envie de se mettre les industriels à dos», considère une source proche des tractations. Ces derniers  reçoivent la nouvelle du départ de Luc Rémont avec prudence, même si le changement de gouvernance offre une fenêtre d’opportunité pour faire bouger la politique commerciale contestée d’EDF.

«C’est peut-être le début de quelque chose, commente sobrement, auprès de L’Usine Nouvelle, Frank Roubanovitch, le président du CLEEE, une association de grands consommateurs d’électricité et de gaz comme la SNCF, La Poste, Veolia et Veolia. Nous allons nous rapprocher du gouvernement dès ce lundi [24 mars, ndlr] pour comprendre leurs intentions. Cela peut être un événement significatif mais le gouvernement peut aussi avoir remplacé un PDG par un autre PDG tout en demandant la même politique ou presque. Au fond, Luc Rémont jouait son rôle. Le gouvernement partage la responsabilité de la situation actuelle.»

Pas de raisons de remettre en cause l'accord de 2023 pour l'Uniden

Alors qu’EDF avait indiqué répondre, entre autres, à une demande des autorités européennes de concurrence en lançant son mécanisme d’enchère, Frank Roubanovitch estime que le gouvernement devrait entamer «une discussion franche avec Bruxelles» pour obtenir «un certain nombre d’adaptations des règles de concurrence» sur le prix de l’électricité. En février, le média Contexte rapportait que des clarifications étaient encore attendues par la Commission européenne pour valider le fonctionnement des CAPN.

Pour le moment, difficile d’anticiper un revirement majeur d’EDF par rapport à l’accord trouvé en novembre 2023 avec l’Etat actionnaire sur le futur cadre de régulation du prix de l’électricité. Repartir d’une feuille blanche prendrait du temps, or la fin de l’Arenh approche à grande vitesse. D’ailleurs, après avoir défendu bec et ongles un autre schéma de régulation fondé sur un contrat pour la différence (CFD), le CLEEE, par la voix de son président, ne semblait pas croire à un retour de cette option sur la table dans la foulée de l’annonce du départ de Luc Rémont. «La loi de finances pour 2025 contient déjà une autre partie de l’accord de 2023 avec le mécanisme de captation des revenus d’EDF tirés du nucléaire en cas de flambée du prix de l’électricité qui n’est pas assez protecteur, observe Frank Roubanovitch. Il faudrait que le gouvernement présente un nouveau projet de loi de finances pour le remplacer par un CFD et nous n’en sommes pas là.»

Pour Nicolas de Warren, le président de l’association d’industriels énergo-intensifs Uniden, «il n’y a pas de raisons pour que l’accord de 2023 soit remis en cause». Selon lui, les industriels concernés par les CAPN «sont disponibles pour reprendre le fil des négociations et les faire aboutir dans le cadre défini en novembre 2023». Envisagé par l’Elysée pour devenir le prochain PDG d’EDF, l’actuel directeur général de Framatome Bernard Fontana sera attendu au tournant. «Les accords arrachés au forceps et déséquilibrés ne tiennent pas dans le temps. Les gros consommateurs ont de la valeur pour EDF en raison de leurs volumes de consommation et de la prévisibilité qu’ils apportent. Il faut trouver un équilibre entre la durée des contrats, le degré d’exposition à l’aléa de production du parc nucléaire, le montant de l’avance à fournir et le prix prévu», prévient Nicolas de Warren. Pas une mince affaire pour le prochain patron d’EDF.

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