Pour le fret routier, tout reste à faire dans le vaste chantier de la transition électrique. Daimler Truck, Volkswagen via sa filiale Traton et Volvo Group vont conjuguer leurs forces pour affronter ce défi. Lundi 5 juillet, les trois constructeurs ont annoncé qu’ils investiraient 500 millions d’euros pour créer un réseau de bornes de recharge pour poids lourds.
Installer en cinq ans 1 700 bornes de recharge
L’accord non-contraignant va donner naissance à une coentreprise, détenue à parts égales par les trois parties: Traton (la filiale de Volkswagen dédiée aux véhicules utilitaires), Daimler Truck et Volvo Group. La coentreprise débutera ses activités en 2022 sous sa propre identité avec un siège installé à Amsterdam (Pays-Bas).
Une fois la coentreprise établie, les trois constructeurs comptent installer en cinq ans 1 700 bornes de recharge à haute performance compatibles avec toutes les marques de véhicules (même celles qui ne font pas partie de la coentreprise). Alimentées par des énergies vertes, les stations seront positionnées stratégiquement à proximité d’autoroutes, de sites logistiques ou de recharge à destination (hôtels, restaurants, centres commerciaux…).
"Le nombre de bornes de recharge a vocation à être augmenté de manière significative avec le temps en recherchant des partenaires supplémentaires ainsi que des financements publics", glissent les trois entreprises. Pour l’instant, l’alliance ne semble pas dépasser le strict périmètre des infrastructures de recharge. Traton, Daimler Truck et Volvo Group "restent des concurrents dans tous les autres domaines", prennent-ils le soin de préciser.
Un cruel manque de stations pour les camions électriques
Les trois constructeurs espèrent donner un coup d’accélérateur au développement des camions électriques. En 2019, le diesel continuait de dominer à 97,8% les motorisations des camions de l’Union européenne (UE), pour seulement 0,04% de camions 100% électriques ou hybrides rechargeables. Le réseau de bornes de recharge est tout aussi anecdotique. Selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), l’UE ne compte pas plus de 10 stations disponibles pour les puissances inférieures à 350 kW. Au-delà de 350 kW, il n’existerait aucune borne dans le réseau public ou dans les lieux de recharge à destination.
Alors que le secteur du transport routier s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050 en Europe, l’ACEA a appelé les États membres de l’UE à bâtir un vrai réseau de stations. Selon l’organisation, il faudrait 15 000 bornes sur le Vieux Continent d’ici à 2025 et 50 000 à l’horizon 2030 pour assurer la transition électrique des camions.
Le problème de la recharge se pose d’autant plus pour ces véhicules qu’une très grande majorité d’entre eux s’éloignent à plus de 200 kilomètres de leur base. Les poids lourds nécessitent par ailleurs des bornes plus puissantes que celles utilisées par les véhicules particuliers. Selon Transport & Environment (T&E), les camions ne représentent que 2% des véhicules circulant dans l’UE mais ils comptent pour 22% dans les émissions de CO2 du transport routier. "Cette part augmentera au fur et à mesure que le parc automobile deviendra électrique - à moins que les camions électriques ne bénéficient d'un soutien adéquat", avertissait en 2020 T&E.



