[Mobil'Idées] La route électrique, une solution pour décarboner les poids-lourds

Dans la chronique Mobil'Idées, nous passons en revue ce qui fait bouger les transports. Cette semaine, nous nous intéressons à la décarbonation du transport de marchandises et plus particulièrement à la route électrique.

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L'allemand Siemens participe au projet eWayBW, mais il a déjà mené d'autres pilote dans son pays.

La décarbonation du transport terrestre de marchandises ne passera pas par une, mais par des solutions. Si le train est le moyen de transport idéal dans la lutte contre le réchauffement climatique, sa part de marché est devenue trop famélique pour espérer dans une dizaine d’années voir la majorité des marchandises traverser l’Europe dans des trains. Surtout en France, où elle atteint 9 % (18 % en Europe) quand la route représente 89,1% et le fluvial 1,9%. La France et l’Europe ont lancé des plans pour doubler la part du ferroviaire à l’horizon 2030. Et comme Saint-Thomas, nous ne croirons que ce que nous verrons, car nous avons été particulièrement échaudés par les différents plans de relance au cours des dernières décennies qui n’ont abouti à rien…

Les solutions alternatives au tout-camion existent. Autoroutes ferroviaires, transport combiné, développement du fluvial,… mais il est illusoire de croire que le poids lourd sera un jour réduit à la portion congrue. Sa part peut baisser mais il restera dans les dix ou vingt prochaines années le moyen de transport dominant.

Une technologie dérivée du ferroviaire

Alors la solution pour voir le transport de fret tendre vers la neutralité carbone passe par une révolution sur la motorisation des poids-lourds. Les batteries sont la solution pour les livraisons urbaines, les moyennes distances parcourues par des véhicules aux capacités limitées. Pour un 40 tonnes qui effectue des longues distances et notamment du transport international, les constructeurs travaillent sur l’hydrogène. Encore faudrait-il qu’il soit vert.

Une autre option réside dans la technologie du ferroviaire adaptée aux autoroutes et routes à plusieurs voies. Il s’agit de la route électrique qui ne demande aucune transformation de la chaussée, sauf à choisir une technologie par induction aujourd’hui présente sur certains tramways. L’autre choix consiste à équiper les camions de caténaires et d’équiper une voie de câbles électriques. Le camion qui roule sur cette voie dédiée peut se recharger en continu ou quand ses batteries sont à plat.

Une troisième expérimentation en Allemagne

Le gouvernement français s’y intéresse sérieusement, mais c’est en Suède qu’un tronçon pilote a été équipé en 2019 et en Allemagne que la technologie avance. Deux expérimentations ont déjà vu le jour et une troisième démarrera dans les prochaines semaines dans le Bade-Wurtemberg (RFA) sur un tronçon de 3,4 kilomètres. Le projet pilote eWayBW  concernera cinq camions hybrides Scania à propulsion électrique qui se connecteront à une ligne aérienne. Mais ils ne seront pas obligés de rouler à la queue leu leu. Ils pourront abaisser les caténaires et changer de voie. Ce projet a été développé par Powerlines Allemagne, filiale d’Ineo (Engie) et Siemens.

Si les expérimentations sont nécessaire, pour développer la route électrique héritée du ferroviaire, "il faudra unifier les technologies en Europe", prévient Augustin Bareau, directeur du développement de Powerlines Group. Car l’objectif est bien d’équiper les grands corridors européens. En  France par exemple, relier les ports aux grandes métropoles, comme Le Havre à l’Île-de-France, aurait du sens. Alors que l’Allemagne et la Suède se sont fixé des ambitions élevées à l’horizon 2030, la France n’a pas encore lancé de pilote. Espérons qu’elle n’aura pas encore un train de retard…

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