Dans les ports américains, c’est la cohue en ce moment. Car les États-Unis n’ont jamais autant stocké. Les géants du commerce, comme Walmart ou les constructeurs automobiles, ont multiplié les commandes ces derniers mois pour contourner les tarifs douaniers tant qu’il en était encore temps. Résultat : des ports saturés, des parkings débordants de véhicules, et des containers entassés partout où c’est possible.
Des ports comme celui de Los Angeles ou de New York ont vu leur trafic grimper de plus de 10% en quelques jours. Les Américains ont aussi acheté en masse sur les plateformes chinoises de fast-fashion que nous connaissons tous avant l’entrée formelle d’ici quelques jours de toutes les surtaxes sur les petits colis. Selon le média américain Bloomberg, les commandes augmentent de 38 % pour Shein et même de 60 % pour Temu sur les 11 premiers jours d’avril. On n’avait pas vu un tel chaos logistique depuis le Covid.
Cela provoque des effets domino. Un grand cabinet d’avocats parisien, qui devait renouveler ses ordinateurs cet automne, a vu sa commande bloquée : priorité donnée aux clients américains. Outre-Atlantique, les importateurs ont vidé les usines asiatiques. Résultat selon le cabinet spécialiste de la consommation IDC, aux États-Unis, la hausse frôle les 13 % par rapport à l'année dernière. Je vous donne un autre exemple : le fabricant de machines d’embouteillage Zalkin, qui compte Coca-Cola et Pepsi parmi ses clients, a constitué deux mois de stock de pièces dans sa filiale américaine.
Personne ne peut dire quand les choses vont se débloquer. Une phrase de Donald Trump peut débloquer le problème ou au contraire, créer des bouchons monstres. On navigue à vue. Après le Covid et la guerre en Ukraine, voici un nouveau choc mondial : la guerre commerciale, froide mais bien réelle. Une guerre aux contours mouvants mais aux objectifs clairs : forcer les entreprises à produire aux États-Unis. Certains y songent. L’Oréal par exemple a annoncé vouloir renforcer sa production aux Etats-Unis. Audi pourrait aussi s’implanter sur place. Quant à l’Union Européenne, elle va être obligée d'agir pour ne pas être le déversoir des productions chinoises.
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