Enquête

Ballons militaires, fret, télécommunications... Les dirigeables veulent s'imposer comme des solutions crédibles

Furtifs, silencieux, persistants, peu émetteurs de CO2… Ballons et dirigeables tentent de trouver un second souffle, dans le civil et la défense. Mais ils doivent encore faire la preuve de leur pertinence.

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Le LCA60T de Flying Whales, long de 200 m et d’une capacité de 60 tonnes, vise un premier vol en 2026.

D'ici un à deux ans, le Balman devrait faire irruption dans le ciel. Malgré ses 25 mètres de diamètre, impossible de l’apercevoir : ce ballon gonflé à l’hélium évoluera dans la stratosphère, entre 16 et 25 km d’altitude, pour des missions militaires. Derrière cet engin, qui a retenu l’attention du ministère des Armées et d’Airbus, le toulousain Hemeria, créé en 2019 et issu du fabricant électronique Nexeya. «Il y a deux ans, l’épisode du ballon espion chinois a fait prendre conscience de l’intérêt de ce type d’équipement, souligne Nicolas Multan, son directeur général. Depuis, on constate une accélération des marques d’intérêt.» Le Balman promet des résolutions d’images similaires à celles fournies par les meilleurs satellites militaires en orbite basse. Alimenté par des panneaux solaires, il peut rester des mois sur une position quasi stable.

Passéistes, les porteurs de projets de ballons ? Et si c’était le contraire ? Les acteurs cherchant à remettre ballons et dirigeables au goût du jour se multiplient, pour servir notamment les marchés civils et militaires de la surveillance, mais aussi du transport de pièces et des télécommunications. Hemeria donc, mais aussi Flying Whales et Hylight en France, HAV au Royaume-Uni, LTA aux États-Unis, sans oublier Kelluu en Finlande et Cloudline en Afrique du Sud… Certes, la mauvaise image de ces engins leur colle à la peau : la série d’accidents des années 1920 et 1930, dont celui du Hindeburg, a brisé leur élan. Leur usage est resté confidentiel. Mais ces drôles d’appareils reprennent de la hauteur, à l’image du Pathfinder 1 de LTA, la société de Sergey Brin (cofondateur de Google), qui a effectué un bref premier vol en 2024.

La décarbonation comme moteur

«Le regain d’intérêt militaire explique la majorité des projets lancés au début du XXe siècle, estime Vincent Guibout, le PDG de Flying Whales. Quant aux projets plus récents, ils doivent leur apparition à la décarbonation.» Ne nécessitant que peu d’infrastructures, quasi silencieux, peu gourmands en carburant, difficiles à détecter, capables de rester en vol presque stationnaire… Les ballons de nouvelle génération se posent en moyens complémentaires aux aéronefs existants. Malgré les doutes de certains sur leurs atouts, pointant du doigt retards et abandons de projets, les promoteurs de ballons ne se dégonflent pas.

C’est le cas de Stratobus, porté non par un nouvel acteur, mais par Thales Alenia Space. Après un creux lors de la pandémie, ce dirigeable dual, capable de transporter de 250 à 450 kg, a retrouvé de l’air. Yannick Combet, le chef du projet, l’assure : «L’engouement pour notre appareil est tel que nous entrevoyons la possibilité d’une saturation de notre ligne d’assemblage, à moyen et long terme.» Implanté à Istres (Bouches-du-Rhône), le site pourrait livrer 40 dirigeables par an. L’entreprise met en avant son savoir-faire éprouvé pour mettre au point ce dirigeable stratosphérique de pointe. Elle prévoit un démonstrateur à échelle 1 d’ici à la fin de la décennie, ouvrant la voie à sa commercialisation.

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De l’écotourisme à l’inspection d’infrastructures

Parmi les autres projets les plus avancés du moment : l’Airlander 10, développé par le britannique Hybrid Air Vehicles (HAV). «Il pourra transporter 10 tonnes de fret ou plus de 100 passagers, soutient Hannah Cunningham, la responsable marketing de l’appareil. Il servira au transport régional, à l’écotourisme, mais aussi aux télécommunications et à la surveillance.» L’entreprise, qui s’est rapprochée de Dassault Systèmes, Collins Aerospace et BAE Systems, assure avoir levé près de 170 millions d’euros pour son dirigeable de 91 mètres de longueur qui sera fabriqué à Doncaster, dans le Yorkshire du Sud, à raison de 12 exemplaires par mois. Elle table sur une entrée en service en 2029, affiche près de 2 milliards d’euros de précommandes et envisage une version capable de transporter 50 tonnes.

Le tout aussi ambitieux projet de Flying Whales, lancé en 2012, n’a pas été épargné par les difficultés, en particulier les contraintes environnementales pour sa future usine, censée voir le jour à Laruscade (Gironde), en 2026. «Un développement aéronautique, c’est long. Celui-ci suit son cours de manière normale», affirme Vincent Guibout. L’imposant LCA60T – 200 mètres de longueur – affiche une capacité d’emport de 60 tonnes. Un premier vol du dirigeable est envisagé en 2026 avec une mise en service d’ici à la fin de la décennie. La société a sécurisé plus de la moitié du financement de son programme, estimé à environ 500 millions d’euros. Plus modeste mais prometteur, les 4 millions d’euros levés par la start-up HyLight, depuis sa création en 2022. Plus modeste, son dirigeable HighLighter – de 10 mètres de longueur – est destiné à inspecter les infrastructures au sol, en lieu et place des hélicoptères. Installée à Brétigny-sur-Orge (Essonne), la jeune pousse a séduit Enedis et NaTran (ex-GRTgaz). 

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3743 - Juin 2025

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