Technologie sans contact, ionisation de l’air, spray électrostatique, désinfectant chimique, lampe à ultraviolet, mais aussi traitement thermique, matériaux photocatalytiques, diffusion de peroxyde d’hydrogène gazeux… Dans les cabines d’avion, la guerre aux virus, bactéries et autres microbes indésirables est déclarée ! La préoccupation n’est pas nouvelle : le document fondateur de l’Organisation de l’aviation civile internationale, signé en 1945, impose déjà aux pays signataires de protéger les populations contre les maladies transmissibles.
Alors que la sécurité a focalisé l’attention ces dernières décennies, la pandémie actuelle remet l’enjeu sanitaire au cœur des préoccupations, à grand renfort de technologies. « La notion de cabine propre a pris de l’importance avec la crise liée au Covid-19 et promet de durer », assure Quentin Munier, le vice-président stratégie et innovation de Safran Seats. Depuis plus d’un an, le monde de la cabine est en ébullition.
Des PME aux géants de l’aéronautique, chacun y va de son offre en nouveaux produits pour séduire les compagnies aériennes. Certes, les avionneurs – Airbus, Boeing et Embraer – ont assuré dès la mi-2020 que la propagation des virus était quasiment nulle à bord, grâce à la présence dans les avions depuis les années 1990 de filtres Hepa de niveau hospitalier, mais aussi en raison des flux d’air et de son renouvellement complet toutes les deux à trois minutes.
Le sans-contact privilégié
Les solutions vont devoir coïncider avec les exigences d’exploitation des compagnies aériennes.
— Bruno Fargeon, responsable du programme Keep trust in air travel d’Airbus
Reste encore à éradiquer les agents pathogènes capables de se nicher durablement dans une cabine d’avion, une fois « déposés » par des passagers contaminés. Un enjeu clé pour regagner la confiance et favoriser une reprise massive des vols dans le monde. « Les solutions vont devoir coïncider avec les exigences d’exploitation des compagnies aériennes », résume Bruno Fargeon, le responsable du programme Keep trust in air travel d’Airbus.
C’est la raison pour laquelle certains doutent, par exemple, de l’utilisation du rayonnement ultraviolet, en particulier pour les avions effectuant plusieurs rotations par jour. De même, si le chauffage d’une cabine à plus de 50 °C assure la destruction des virus, la durée nécessaire à l’opération risque d’entraver l’exploitation… Parmi les voies privilégiées : les technologies sans contact, réduisant de facto les opérations de nettoyage.
La connectivité croissante du transport aérien permet notamment d’envisager de faire des smartphones de super-télécommandes pour piloter les sièges et leurs interfaces de divertissement. « Nous cherchons à adapter aux autres appareils les équipements sans contact des toilettes que nous avons développés pour l’A 350 », précise Nathan Kwok, le vice-président marketing de la branche cabines de Safran. Le groupe compte lancer une nouvelle offre en 2022.
Revêtements antibactériens
Les revêtements antibactériens et antiviraux, installés sur les matériaux dès la production ou appliqués en phase d’exploitation, constituent une autre piste très en vue car limitant la nécessité d’opérations manuelles. Des produits contenant des substances actives, à la durée d’efficacité plus ou moins longue, tels que des ions argent, du dioxyde de titane ou des polymères contenant des groupes ammonium quaternaire. « Ces éléments dégagent par l’oxydation naturelle des ions qui attaquent les virus et les bactéries avec une très faible diffusion », commente Bruno Fargeon.
Les meilleures solutions seront les plus simples, car les compagnies aériennes devront trouver le juste équilibre entre coût, facilité d’utilisation, efficacité et expérience des passagers.
— Nathan Kwok, vice-président marketing de la branche cabines de Safran
Pour tester l’efficacité de ces technologies, Airbus a placé un virus au comportement proche du Covid-19, mais inoffensif, dans une cabine d’avion. Après chaque test, les éprouvettes ont été récupérées pour y mesurer la présence ou non du virus. De quoi fournir aux compagnies aériennes les caractéristiques de chaque moyen de désinfection. « Les meilleures solutions seront les plus simples, car les compagnies aériennes devront trouver le juste équilibre entre coût, facilité d’utilisation, efficacité et expérience des passagers », résume Nathan Kwok.
Réaménager pour mieux désinfecter
Les aménagements visant à créer des barrières sanitaires seront sans doute plus simples à mettre en œuvre dans les rangées de première classe et classe affaires, qui ont plus d’espace disponible que celles de la classe économie. Les contraintes logistiques liées au nettoyage pourraient, dans les prochaines années, mener à une simplification de l’architecture des cabines.
« L’un des enjeux sera aussi de constituer un réseau d’échange d’informations à l’échelle mondiale, entre les acteurs du transport aérien et ceux de la santé », plaide Bruno Fargeon. Safran est d’ailleurs en lien étroit avec l’hôpital de Limoges (Haute-Vienne) pour la mise au point de produits de désinfection. Un exemple de rapprochement qui devrait faire florès.
Quand Airbus découpe la cabine en… 50 millions de cubes
Pas de doute pour Airbus : le risque de propagation d’un virus à bord d’un avion est quasiment nul. Pour arriver à ce résultat, dévoilé à la mi-2020, l’avionneur est passé par la case digitale. Il est parti de la maquette numérique d’un tronçon de cabine, comprenant l’architecture, la géométrie des sièges, la circulation d’air, mais aussi les dégagements de chaleur corporelle et le comportement de particules de salive émises par les passagers qui toussent et qui parlent. Cette portion équivalente à 5 rangées de sièges a été découpée en 50 millions de cubes.
Pour chacun d’eux, les calculs de trajectoire de particules ont été effectués mille fois par seconde, le tout pour modéliser une durée totale de cinq minutes. Une démarche assurée pour 150 cas de figure différents ! « Ce travail a représenté des jours entiers de calcul, sachant que cinq minutes de simulation nécessitent dix heures de calcul... », détaille Bruno Fargeon, le responsable du programme Keep trust in air travel d’Airbus. Résultat : le risque d’exposition pour deux passagers masqués et séparés de 30 cm équivaut à celui de deux personnes distantes de 2 mètres au sol.
Cinq solutions pour nettoyer l’avion
Le rayonnement ultraviolet
La capacité des rayons ultraviolets à détruire l’ADN et l’ARN des virus a été remise au goût du jour pour l’appliquer au secteur aérien. Boeing a par exemple mis au point un système portatif qui émet des UV-C, inoffensif pour l’homme et commercialisé par l’entreprise américaine Healthe. Honeywell a de son côté développé un robot à ultraviolets équipé de bras articulés. Air India a fait partie des premières compagnies aériennes à tester cette solution grandeur nature.
Le film adhésif avec microsphères céramiques

© Adhetec
Adhetec a mis au point un film adhésif antibactérien et antiviral pour tablettes. « Les microsphères céramiques qu’il renferme génèrent par catalyse des hydroxydes qui détruisent les enveloppes des agents pathogènes », explique Alexis Gabillon, le PDG de la PME de Tarbes (Hautes-Pyrénées). La solution, à longue durée de vie, a déjà été adoptée par Corsair et a reçu des marques d’intérêt de la part d’autres compagnies.
Les équipements barrières de protection

@ Safran
Dès le début de la pandémie, les offres d’équipements offrant la possibilité d’assurer un effet barrière entre les passagers se sont multipliées. Safran, via les ex-activités de Zodiac, a notamment proposé des ailettes déployables au niveau de la tête des sièges. Le groupe a également mis au point des cloisons de séparation amovibles entre les passagers.
Le sans-contact tous azimuts

@ Collins Aerospace
Moins de contact signifie moins de risque de dépôt d’agents pathogènes. D’où l’engouement pour toutes les technologies sans contact à bord. Si les équipementiers souhaitent permettre aux passagers de piloter leur environnement avec leur smartphone, les toilettes concentrent aussi toutes les attentions. En témoignent Collins Aerospace et son concept de toilettes avec chasse d’eau anti-éclaboussures, porte, robinet, poubelle et distributeur de savon sans contact.
Les revêtements actifs

@ American Airlines
Le revêtement de la start-up Nanoksi Finland, à base de dioxyde de titane, a été remarqué par plusieurs géants de l’aéronautique. Ce nanomatériau peut être pulvérisé et détruit les virus et les bactéries par photocatalyse. Associé au spécialiste des adhésifs 3M, Safran compte mettre sur le marché des produits actifs avec une durée d’efficacité de six à douze mois, d’abord pour les thermoplastiques, puis pour les tissus et les cuirs. D’ici à quinze mois, le groupe espère proposer des matériaux efficaces pendant... dix ans.



