Pourquoi le sous-traitant aéronautique Lauak a accepté de se faire racheter par un groupe indien

Le sous-traitant aéronautique Lauak va céder 51% de son capital à un conglomérat indien, Wipro. Alors que l’opération devrait être effective en octobre, son dirigeant la justifie par les turbulences qu’il voit poindre à l’horizon dans le secteur. Et promet près de 300 embauches en France d’ici quatre ans.

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Lauak France
L'entreprise indienne Wipro vient faire ses emplettes dans l'aéronautique française.

Le ciel est dégagé, mais promet de s’assombrir. Alors autant se protéger dès maintenant pour éviter le pire. C’est la stratégie adoptée par le directeur général de Lauak, Mikel Charriton, sous-traitant aéronautique œuvrant pour les plus grands noms du secteur, tels qu’Airbus, Dassault, Safran et Bombardier. Ce fournisseur basque a officialisé, au cœur du salon du Bourget, jeudi 19 juin, des négociations exclusives menées avec le groupe indien Wipro en vue d’une prise de participation de son capital à hauteur de 51%. Pour ses 50 ans, elle se fait croquer par une société étrangère. Mais son patron, fils du fondateur, est convaincu d’assurer ainsi la pérennité de l’entreprise familiale.

«Nous avons démarré nos réflexions début 2024 pour faire entrer un industriel au sein de notre capital, détaille Mikel Charritton. Et Wipro s’est manifesté en juin de la même année.» Pour le dirigeant de Lauak, sous-traitant basé à Hasparren (Pyrénées-Atlantiques), il était hors de question de laisser entrer un fonds d’investissement, à la vision trop court-termiste. Et très peu d’industriels ont frappé à sa porte pour reprendre sa société, spécialisée en tôlerie, chaudronnerie et usinage. Le courant passe rapidement avec Wipro, basé à Bangalore, un conglomérat avant tout positionné dans les services informatiques, mais aussi le médical, l’industrie et les engins de chantiers. Et qui souffle cette année ses 80 bougies. «Le closing de l’opération est prévu entre fin septembre et début octobre», précise Mikel Charritton.

Lauak anticipe des turbulences

Pourquoi une telle démarche de la part de Lauak, qui bénéficie pourtant à plein de la croissance de l’un des rares secteurs industriels porteurs en France ? Ces dix dernières années, son chiffre d’affaires est passé de 100 à 200 millions d’euros et ses effectifs ont bondi de 970 à 1900 salariés (dont plus de 600 en France). «On est grisé par les montées en cadences actuelles, d’autant que la chaîne de fournisseurs est sous-capacitaire, reconnaît Mikel Charritton. Le secteur va continuer de bien se porter jusqu’en 2028-2029, période qui correspondra alors à un plateau de production.» Si Airbus prévoit d’atteindre notamment un rythme de 75 A320 par mois courant 2027, rien n’indique à ce stade que la cadence pourra grimper encore plus haut ensuite.

En outre, le patron de Lauak redoute l’irruption massive de nouveaux entrants, induisant une redoutable guerre des prix à venir. Une offensive justement menée en bonne partie par des acteurs basés en Inde, dont le gouvernement incite à investir massivement dans l’aéronautique. Y compris en France. Dès 2017, la PME indienne Aequs Aeropace mettait la main sur Sira. Plus imposant, Mahindra Aerospace lorgne aujourd’hui un autre sous-traitant français, Figeac Aéro. L’indien Motherson a pour sa part racheté AD Industries, basé dans les Pyrénées-Atlantiques. Wipro, pour qui l’aéronautique ne représente pour l’heure qu’un chiffre d’affaires d’environ 110 millions de dollars, contre plus de 13 milliards de dollars au global, se jette à son tour dans la mêlée.

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La nécessité de prendre du poids

Une concurrence internationale de plus en plus vive qui poussera dans ses retranchements des sous-traitants déjà bien bousculés par la crise Covid. «Nous avons aujourd’hui un niveau d’endettement qui ne nous permet pas de mener à bien notre stratégie, qui comprend notamment la création d’un service innovation et des acquisitions», confie Mikel Charritton. Une situation financière exacerbée par la pandémie, qui a asséché les trésoreries des petits fournisseurs. «Nous devons rembourser nos prêts garantis par l’Etat en quatre ans, c’est très court, soutient le dirigeant. Donc on tire un peu la langue. On peut les rembourser, mais pas faire autre chose.» L’arrivée de Wipro va permettre d’accélérer le rythme de remboursement de ces prêts, qui représentait un montant total de 50 millions d’euros.

Objectif pour le patron de Lauak : atteindre une taille critique et être en mesure d’affronter les vents contraires qui se profilent. Si la société a procédé à 8 acquisitions ces 15 dernières années et possède 10 sites (en France, au Portugal, au Canada, au Mexique et en Inde), elle reste un petit Poucet. Epaulé par Wipro, les ambitions affichées sont prometteuses. A savoir : un chiffre d’affaires d’au moins 300 millions de dollars en 2029 et un effectif de 2500 personnes.

De quoi, selon le dirigeant de Lauak, rassurer les inquiétudes qui ont germé en interne. «Wipro va nous aider à prendre du poids, soutient le patron. Nous allons embaucher sur tous nos sites.» Et d’assurer que son entreprise procèdera d’ici quatre ans à 200 ou 300 embauches. Passé cette échéance, qu’adviendra-t-il ? «J'ai une obligation d'accompagnement de quatre ans, poursuit le dirigeant. Au bout de ces quatre ans tous les scénarios sont ouverts.» Cession ou non des 49% des parts restantes du capital, maintien du patron à la tête de la société à plus longue échéance… Le dirigeant de Lauak est en tout cas convaincu d’avoir mis à l’abri le bien familial.

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