Maintenir la confiance du grand public vis-à-vis du transport aérien, alors même que les avions ont constitué l’un des principaux vecteurs du coronavirus dans le monde. C’est l’un des enjeux auxquels est confronté Airbus, qui n’espère rien tant que voir le plus vite possible les passagers remonter à bord des avions pour relancer l’activité des compagnies aériennes. "L’avion donne l’impression d’être un tube métallique fermé constituant le pire endroit pour se faire contaminer, mais c’est le contraire", soutien Jean-Brice Dumont, directeur de l’ingénierie du groupe, par ailleurs à la tête du projet interne mis en place récemment visant à définir des mesures sanitaires au sein du transport aérien.
Les avionneurs, qui avaient jusque-là l’habitude de mettre en avant la sécurité aérienne, doivent désormais afficher leur activisme en matière sanitaire. D’autant que les interrogations liées à la propagation du Covid-19 par les systèmes de climatisation dans les lieux confinés se sont multipliées ces derniers jours. Airbus veut le faire savoir : le groupe n’a pas attendu la propagation du coronavirus pour se préoccuper de la qualité de l’air au sein de ses cabines d’avions, problématique que l’épidémie de SRAS avait déjà mise en lumière au début des années 2000.

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De nouvelles mesures à mettre en oeuvre
"L’air est renouvelé en permanence à 30 % et recyclé à 70 %, chiffre Jean-Brice Dumont. Cet air recyclé passe par des filtres de type hospitalier (au standard HEPA), équivalent aux masques FFP2 et FFP3, capables d’absorber les virus et les bactéries. Ces filtres sont utilisés en milieu hospitalier, dans les salles blanches notamment, et piègent les virus comme le Covid-19 à 99,97 %." En outre, l’air est entièrement renouvelé toutes les 2 à 3 minutes en moyenne suivant le type d’appareils, soit entre 20 et 30 fois par heure, assure-t-on chez l’avionneur.
Au-delà des équipements chargés de la qualité de l'air au sein des appareils, l’avionneur européen s’attèle à trouver des mesures sanitaires compatibles avec les contraintes quotidiennes des compagnies aériennes. En interne, pas moins de 800 idées ont émergé. "Nous sommes en discussions directes avec de nombreuses compagnies aériennes pour leur donner des préconisations en matière sanitaire", souligne Jean-Brice Dumont. Et l‘expert d’évoquer l’utilisation de nettoyants rémanents dans la cabine efficaces plusieurs jours durant, la multiplication des opérations de nettoyage en particulier au niveau du cockpit, la mise à disposition de gel hydro-alcoolique avant de monter à bord et la prise de température de chaque passager, sans oublier le port du masque obligatoire.
Une batterie de solutions qui, en définitive, implique les avionneurs et les compagnies aériennes, mais également les aéroports et les autorités de régulation. La détection de passagers malades au niveau de l’aéroport pourrait par exemple se généraliser.
"Schématiquement, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) est en train de définir des recommandations en matière sanitaire, ensuite relayées en Europe, par exemple, par la Commission européenne et l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA)", résume Jean-Brice Dumont. Un mécanisme qui doit permettre à l’échelle mondiale de s’assurer que chaque compagnie aérienne propose un bon niveau de sécurité sanitaire.
Un nouveau champ d'innovation
Reste que ces mesures, en cours de définition, vont devoir passer l’épreuve du terrain. Comment garder un masque pendant un vol de 10 heures ? Faut-il décaler les heures de repas suivant les rangs des passagers, nettoyer les tablettes après chaque service ? Autre interrogation : le modèle économique des low cost, basé en partie sur une fréquence élevée de vols chaque jour, est-il compatible avec des opérations de nettoyage systématiques ? Auront-elles à utiliser des appareils émettant des UV-C pour détruire rapidement la présence éventuelle de virus à bord ? "Il va falloir mettre en place de nouvelles mesures, mais il ne faut pas virer à la psychose", tempère Jean-Brice Dumont, qui mise aussi sur la créativité des opérateurs et estime au passage que la suppression de sièges semble en revanche peu réaliste voire inefficace.
L’épidémie actuelle, et le risque annoncé par certains experts de la multiplication à l’avenir de ce type de phénomène, pourrait amener à des changements de design pour les avions dans les années à venir. "Il est certain que le design des futurs programmes aéronautiques prendra encore davantage en compte la question sanitaire, appuie Jean-Brice Dumont. La crise actuelle est en cela une bonne leçon. Je pense par exemple à l’utilisation possible de matériaux anti microbiens et virucides." Alors que les acteurs de l’aménagement de la cabine n’avaient ces derniers temps d’yeux que pour la connectivité à bord, l’enjeu sanitaire pourrait devenir l’une de leurs priorités.



