Verkor lève 100 millions d’euros pour installer à Grenoble son usine pilote de production de batteries

Verkor précise son projet de gigafactory de batteries. Avec une levée de 100 millions d’euros, l’entreprise souhaite installer un centre d’innovation et une ligne pilote à Grenoble.

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Verkor centre d'innovation
Le centre de R&D de Verkor devrait être opérationnel fin 2022.

Les projets de Verkor se précisent. La jeune entreprise qui ambitionne de construire une usine de production de batteries en France, a annoncé mardi 6 juillet une levée de fonds de 100 millions d’euros, séduisant au passage de nouveaux partenaires industriels. La société a profité de l’occasion pour dévoiler le lieu de sa future ligne pilote de cellules de batteries. Le site sera implanté à Grenoble (Isère) au sein d’un centre d’innovation.

Renault parmi les nouveaux partenaires

Fondé en juillet 2020, Verkor pilote l’un des trois projets d’usine de batteries en France. Avec une quarantaine de salariés, l’entreprise évolue à côté de mastodontes. Benoit Lemaignan, PDG de la société, a parlé d’un projet "modeste mais ambitieux" lors de la cérémonie en présence des nouveaux investisseurs. Les deux autres chantiers sont menés par Renault en partenariat avec Envision et par ACC, la coentreprise de Stellantis et de Saft. Le 28 juin, Renault et Envision ont d’ailleurs dévoilé les détails de leur gigafactory de Douai (Nord).

À la même occasion, Renault avait annoncé qu’il montait au capital de Verkor à hauteur de 20%. Le constructeur automobile fait partie des nouveaux partenaires de la start-up, aux côtés d’Arkema, du fonds de capital-risque EQT Ventures, du Fonds de modernisation écologique des transports et de Tokai Cobex, une entreprise spécialisée dans les produits en graphite synthétique qui entrent dans la fabrication des batteries lithium-ion. Du côté des investisseurs "historiques", on retrouve entre autres Capgemini, Schneider Electric et EIT InnoEnergy, l’institution chargée de piloter le volet industriel de l'alliance européenne des batteries.

Verkor fait également partie des derniers lauréats du Comité d'orientation pour la recherche automobile et mobilité (Coram) piloté par le gouvernement. "Avec cette levée de fonds, nous construisons un écosystème de la batterie en France et en Europe", a déclaré Agnès Pannier-Runacher. La ministre déléguée en charge de l’Industrie a rappelé au passage que la batterie représentait 30 à 40% de la valeur ajoutée d'une voiture électrique.

Capacité de production de 100 à 150 MWh

Les 100 millions d’euros permettront surtout de financer la création du Verkor Innovation Centre (VIC), "où les cellules et modules de batterie innovants seront conçus pour atteindre les objectifs de neutralité carbone de l'Europe". Verkor a choisi d'installer le VIC à Grenoble, où son siège est également situé. Opérationnel fin 2022, le centre de R&D devrait disposer d’une capacité de production de 100 à 150 mégawattheures (MWh) en plus d’installations dédiées aux tests, au prototypage de modules ou encore à la formation d’ingénieurs et de techniciens.

"Ce sera vraiment une ligne industrielle. Nous ne pouvons pas être dans un pur laboratoire. Nous avons besoin de produire, de vendre et d'être confronté au client par rapport aux exigences en termes de qualité", insiste le PDG de Verkor. La production de cette ligne pilote n'est pas encore destinée à l'automobile. Le dirigeant évoque plutôt des usages dans le domaine du stockage stationnaire et des petites mobilités.

Verkor veut jouer la carte de l'excellence

Il faudra bien plus que 100 millions d’euros à Verkor pour accomplir ses projets. La start-up estime à 1,6 milliard d’euros, l’investissement nécessaire pour créer une gigafactory de 16 gigawattheures (GWh) avec 1 200 emplois. L’entreprise souhaite atteindre cette capacité en 2024, mais évoque un objectif de 50 GWh à l’horizon 2030. Renault a l'intention de capter une bonne partie de cette production. La gigafactory Verkor, dont l'implantation exacte reste à définir, doit fournir 10 GWh au groupe au Losange à partir de 2026, puis 20 GWh d’ici à 2030.

Avec un positionnement haut de gamme, Verkor précise que ses batteries à haute performance s’adapteront aux voitures de segments C et supérieurs de la gamme Renault. Les batteries devraient également équiper les voitures sportives de la marque Alpine, que le groupe Renault souhaite électrifier à 100%. Dans ce secteur compétitif, Verkor fonde sa stratégie sur la réduction des coûts et des émissions carbone. L’entreprise espère réduire de 75% les émissions carbone du process de fabrication de batteries en comparaison des techniques actuelles. “Il y a une vraie carte à jouer sur l’excellence manufacturing", estime Christophe Mille, cofondateur et directeur technique de Verkor.

Un ancrage en Europe

“Nous avons des talents qui viennent du monde entier, fait valoir Christophe Mille qui a lui-même travaillé chez Tesla. Nous avons une bonne idée de comment cela se passe chez les fabricants de batterie historiques. Nous savons comment améliorer et optimiser la production des batteries. Les taux de rebuts sont assez importants, ce qui coûte très cher.” Sur ce point, le VIC permettra d’expérimenter une technologie de recyclage automatisé des rebus en les réinjectant en temps réel dans le circuit de production. Cette méthode permet aussi de maximiser l’utilisation des matières premières. Un point crucial alors que l’Europe dépend encore de l’Asie sur ces ressources.

"C’est là où il faut construire des partenariats stratégiques", pointe Christophe Mille, en mentionnant l’arrivée de Tokai Cobex parmi les investisseurs de Verkor. "C’est un producteur de graphite avec des procédés qui sont beaucoup plus vertueux qu’en Chine. Ce type de partenariats nous intéresse pour réduire notre bilan carbone", poursuit-il.

Verkor défend son voeu d'inscrire sa production en Europe. "Ce ne sera pas 100% européen. Il y a des matériaux et des machines que nous n'avons pas mais nous allons tirer vers nous cette chaîne de valeur", projette Benoit Lemaignan. Le PDG de Verkor a profité de la cérémonie pour interpeller la ministre déléguée en charge de l'Industrie sur la nécessité de sécuriser la supply chain des batteries. "Il y a un intérêt à chasser en meute au niveau européen plutôt que d'être isolé pour avoir une taille critique. Nous allons remplacer le pétrole par les matériaux pour batteries", conclut le dirigeant.

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