Renault rapproche ses fournisseurs. Le constructeur automobile va faire de la place sur son site historique de Douai (Nord) pour accueillir une gigafactory d’AESC, filiale du groupe chinois Envision. Officialisé lundi 28 juin en présence du président de la République, ce partenariat doit permettre d’approvisionner le nouveau pôle électrique de Renault dans la région avec un investissement estimé à plus de 3 milliards d’euros. L’entreprise française a également annoncé un protocole d’accord pour monter au capital de Verkor, une start-up qui travaille sur un autre projet d’usine de batterie en France.
Première usine d’Envision dans l’Union européenne
Le partenariat AESC-Renault fait partie des projets phares annoncés dans le cadre de la quatrième édition du sommet Choose France. Renault compte dépenser 1,5 milliard d’euros dans le chantier tandis qu’AESC doit apporter 2 milliards d’euros. De son côté, l’Etat doit soutenir l’initiative à hauteur de 200 millions d’euros. Au lendemain de résultats électoraux difficiles pour la majorité présidentielle, l’exemple d’Envision permet à Emmanuel Macron de défendre l’attractivité de la France. D’autant plus qu’il s’agit de la toute première usine d’Envision dans l’Union européenne. Si le spécialiste des technologies vertes dispose déjà d’une base industrielle à Sunderland (Royaume-Uni), le Brexit l’a motivé à chercher une nouvelle implantation en Europe continentale.
Renault a envisagé d’autres partenaires. Notamment LG Chem, comme l’a sous-entendu le président de la République. « Les missions qui ont été faites en Corée avec certains de vos concurrents […] ont montré la difficulté d’aller dans un tel projet. Vous, vous avez une vision, vous avez une parole et vous avez le sens de l’action », a salué Emmanuel Macron en s’adressant au patron d’Envision. Le président a plus tard nuancé son propos sur LG Chem : « Ca reste un très bon partenaire, il faut continuer à travailler avec ».

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« Ils nous donnent des batteries à un prix très compétitif », a fait valoir le directeur général de Renault Luca De Meo au sujet d’Envision AESC. Autre argument en faveur d‘AESC : le renforcement de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Nissan détient toujours 20 % de la société. « C’est un peu de la famille », a fait valoir le président français, entouré par les vestes grises des salariés de Renault.
L’usine de Douai compactée
Les travaux de la gigafactory débuteront à l’automne. Renault va détruire plusieurs bâtiments pour permettre à Envision de construire une usine de 140 hectares. Cette surface représente environ 40 % de la surface actuelle du site du constructeur automobile français, qui présentait des problèmes de surcapacité. « Nous avons travaillé depuis huit mois pour pouvoir redimensionner l’outil industriel. Nous avons compacté le site de Douai, nous avons fermé des bâtiments progressivement pour pouvoir rentrer dans le cœur du process et pouvoir libérer de la surface », décrit Luciano Biondo, qui va piloter le pôle Renault ElectriCity.
Outre le site de Douai, cet écosystème va intégrer l’usine de Maubeuge (Nord) et celle de Ruitz (Pas-de-Calais). « Nous allons convertir l’usine de Ruitz qui faisait des composants pour les voitures thermiques en usine de composants de voitures électriques », a complété Luciano Biondo. A terme, Renault espère que le projet générera 700 emplois supplémentaires dans les Hauts-de-France. Un nombre auquel il faut ajouter 2500 emplois chez Envision AESC à horizon 2030.
Une production « en flux tendus »
Côté production, Envision AESC espère atteindre une capacité de 9 GWh dès 2024 puis 24 GWh d’ici à 2030. « Nous allons être en flux tendus entre l’usine de batteries et l’usine d’assemblage de voitures », souligne Luciano Biondo. Les batteries permettront d’équiper des modèles électriques de Renault comme la citadine R5.
Toutefois, l’accord entre Renault et Envision AESC ne semble pas exclusif. La position de la gigafactory assure d’ailleurs au groupe chinois un bel accès au reste de l’Europe avec la proximité du port de Dunkerque (Nord). L’ambitieux groupe chinois n’écarte pas d’éventuelles extensions. « Pourquoi pas ? C’est un marché en plein essor », glisse à L’Usine Nouvelle Lei Zhang, fondateur et directeur général d'Envision Group. Le dirigeant n’a pas précisé si Envision discutait avec d’autres constructeurs français. « Nous entretenons de bonnes relations avec d’autres fabricants à travers le monde », a-t-il simplement indiqué.
Renault "locomotive de la filière"
Au-delà du partenariat avec Envision, Renault manifeste le souhaite de s’ancrer dans la future filière française des batteries. Le constructeur automobile semblait avoir tourné le dos à l’autre gros projet de gigafactory française, mené par Stellantis et Saft à Douvrin (Pas-de-Calais). « Les discussions se poursuivent avec ACC pour éventuellement compléter cet écosystème à partir de 2027 », assure Renault.
Un peu plus concrètement, le constructeur automobile a conclu un partenariat avec la start-up Verkor, qui mène le troisième projet d’usine de batteries en France. Le directeur général de Renault, Luca De Meo, espère ainsi faire de Renault « une locomotive de toute la filière ». « Nous avons vraiment envie de rejouer ce rôle de leaderhsip et de tirer tout le système vers la nouvelle chaîne de valeur », a-t-il ajouté en évoquant le rôle du groupe dans la relance de la France après la Seconde Guerre mondiale ou après la crise pétrolière de 1973. « Si nous voulons produire des voitures durablement dans le pays, cela veut dire avoir les composants de la voiture électrique le plus près des usines pour pouvoir travailler avec nos partenaires et aller chercher des économies sur la chaîne de valeur », a renchéri Luciano Biondo.
Si ces projets dépendent toujours de composants et de matières premières asiatiques, les acteurs espèrent dans un avenir plus lointain que les gigafactories amèneront d'autres fournisseurs dans la région. Le président de la République a aussi mentionné le sort des fonderies françaises. « Il y a beaucoup de vos collègues qui souffrent dans les fonderies parce qu’il y a eu une baisse de volume, a déclaré Emmanuel Macron. Nous devons garder une filière de fonderie française. Là aussi, nous allons réinvestir, nous allons reformer et sur les sites qui ont été le plus durement touché on va accompagner des transitions. »



