À quand un catalogue 100% électrique ? Renault ne s’est pas encore avancé sur la fin des moteurs thermiques. Mais la stratégie du constructeur automobile français se précise face aux futures normes CO2. Mercredi 30 juin, le groupe a dévoilé un objectif visant à atteindre en 2030 un mix de 90% de véhicules électriques en Europe pour la marque Renault. Avec une base industrielle dans le Nord de la France, l’entreprise compte relancer des modèles iconiques comme la R5 et la 4L.
Une « accélération historique »
Renault parle d’une « accélération historique » dans sa stratégie électrique. Après la présentation du plan « Renaulution » en janvier, on connaissait l'objectif de la marque au Losange pour 2025 : vendre 30% de véhicules électriques et 35% de véhicules « électrifiés » (c'est-à-dire hybrides) pour afficher « le mix le plus vert du marché européen ». L’entreprise a fixé un cap plus radical pour 2030 en réduisant la part des moteurs thermiques et hybrides à 10%. « L’objectif est de faire en sorte que nous soyons prêts pour envisager des scénarios extrêmes », a présenté Luca de Meo, directeur général du groupe Renault, en écho à un possible durcissement des règles de l'Union européenne sur les émissions CO2.
Cette annonce intervient deux jours après l’officialisation du partenariat avec Envision. Le groupe chinois va bâtir une gigafactory sur le site Renault de Douai (Nord) pour fournir en batteries le nouveau pôle électrique nordique du groupe baptisé Renault ElectriCity. « Ce système en circuit court soucieux des ressources contribue à nous protéger du manque de fiabilité de la chaîne d’approvisionnement mondiale », a souligné Luca de Meo.
Une R5 électrique made in France
Avant 2030, Renault souhaite lancer dix nouveaux modèles électriques, dont sept pour la marque éponyme. Certains d’entre eux sont déjà connus. À partir de 2022, Renault ElectriCity va assurer la production de la Mégane E-Tech Electric. L’entreprise a également confirmé le 30 juin que la nouvelle R5 serait made in Hauts-de-France « de la batterie au groupe motopropulseur en passant par l'assemblage ». Autre come-back attendu : celui de la 4L au format électrique avec pour nom de code « 4ever ». Le site de fabrication du modèle mythique n’a pas encore été précisé.
Renault planifie une montée en puissance de sa base industrielle française. L’usine de Cléon continuera d’assurer seule la fabrication des moteurs électriques. Sous la barre des 300 000 unités en 2020, sa capacité devrait augmenter à 500 000 moteurs par année d’ici à 2024. Dans l’écosystème ElectriCity, l’usine de Ruitz (Pas-de-Calais) va être reconvertie pour fabriquer des composants de voitures électriques. Les sites de Douai et de Maubeuge dans le Nord resteront dédiés à l’assemblage de différents modèles.
En aval de la chaîne, Renault poursuivra son projet Re-Factory à Flins (Yvelines) pour assurer le démantèlement et le recyclage des batteries. Le groupe s’est associé à Solvay et Veolia pour récupérer les matériaux stratégiques des batteries comme le cobalt, le nickel et le lithium. « Jusqu’à 80% des minéraux stratégiques recyclés dans nos batteries en fin de vie seront réinjectés dans de nouvelles batteries », a assuré Luca de Meo.
Bataille sur les coûts
Au-delà des capacités industrielles, Renault mène une bataille sur les coûts afin de sortir des voitures électriques accessibles. Le constructeur espère que la future R5 coûtera 33% de moins à la production que la fameuse Renault Zoé, la voiture 100% électrique la plus vendue en France en 2020.
Le groupe français va s’attaquer à un cap crucial : contribuer à faire passer le coût du pack batterie sous la barre des 100 dollars du kilowattheure (kWh) en 2025, alors qu’il évoluait à 170 dollars/kWh en 2019 pour la Zoé. En 2030, ce coût pourrait devenir inférieur à 80 dollars/kWh, soit une réduction de plus de 60%. Renault va chercher les économies avec une architecture de cellule standardisée. Celle-ci doit couvrir 100% des futurs lancements de véhicules électriques du groupe, sur l’ensemble des segments.
Batteries innovantes et solutions « vehicle-to-grid »
Les équipes R&D du groupe travaillent toujours sur l’arrivée de la technologie All Solid State Battery (ASSB). « La chimie ASSB est compatible avec des températures élevées ce qui permet, entre autres avantages, de se passer de système de refroidissement très performant », fait valoir Sophie Schmidtlin, directrice ingénierie avancée du groupe Renault.
Sur les terres de son nouveau partenaire Envision, le constructeur français souhaite également développer des solutions « vehicle-to-grid » (ou V2G), une technologie qui permet de renvoyer l’énergie d’une batterie de voiture électrique vers le réseau. « Une voiture connectée 8 heures par jour pourrait générer une valeur susceptible d’atteindre 400 euros par an grâce au V2G », estime Renault qui pourrait partager ces bénéfices avec ses clients. L’industriel espère aussi des réductions de coûts grâce le recyclage. Après leur première vie dans le véhicule, les batteries pourraient servir à des applications de stockage stationnaire.



