A quoi ressemble le projet de giga-usine de batteries initié par Verkor ?

Dans un marché appelé à exploser dans la décennie, Verkor, une jeune pousse industrielle spécialisée en microélectronique et en életrochimie, ambitionne de créer une "gigafactory" de batteries en Europe du Sud. Soutenu entre autres par Schneider Electric, ce projet serait le deuxième en France après celui porté par PSA et Total.

 

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Gigafaktory batterie électrique représentation artistique
Vue artistique de la future giga-usine dédiée aux batteries électriques.

Tous les experts de l'automobile s'accordent sur ce point, l'avenir de la voiture électrique est prometteur. Les chiffres en attestent. Alors même que le marché de l'automobile s'écroulait en France avec les mesures de confinement, le segment des voitures électriques, lui, surnageait. Au premier semestre, les ventes s'envolaient même de 34%, avec un pic de plus 231% pour le seul mois de juin, selon l'Avere.

Ce marché en or massif, Verkor, une jeune pousse industrielle grenobloise spécialisée dans les cellules de batteries électriques, ne souhaite pas le laisser filer. Avec le concours de Schneider Electric, la start-up de 10 employés fondée en juillet 2020 veut construire une gigafactory consacrée à la production de cellules (unité de base des batteries) à l'horizon 2023. Le projet est non sans rappeler celui porté par PSA et Saft, la filiale de Total spécialisée dans la conception de batteries, qui ambitionne de construire une usine similaire dans les Hauts-de-France d'ici 2022.

"Le marché des voitures électriques est à un tournant, juge le directeur de Verkor, Benoit Lemaignan. On arrive à un moment où la courbe s'accélère et l'utilisation de la mobilité électrique se matérialise. On s'est dit : le sourcing local est dans une position critique, le Covid a accéléré la prise de conscience de notre dépendance vis-à-vis de l'Asie, et pour l'instant, comme notre appareil de production est loin d'avoir le potentiel nécessaire, c'est le moment de lancer une initiative européenne."

Un investissement initial d'1,6 milliard d'euros

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Pour pouvoir sortir de terre, l'usine doit trouver des financements. "Le projet nécessitera un investissement initial d'1,6 milliard d'euros", indique Verkor dans un communiqué. Aux côtés de Schneider Electric, qui apportera son expertise en matière d'optimisation du processus de production, Verkor s'est associé au groupe IDEC et EIT InnoEnergy. Le premier, spécialisé dans la logistique industrielle, planchera sur les plans de la future usine et son emplacement. Le second, une société d'investissement dans les énergies renouvelables financée en partie par l'Union européenne, pour qui elle pilote le fameux projet d'alliance européenne pour les batteries, doit apporter des capitaux.

"Nous en sommes au stade du tour de table, précise Benoît Lemaignan, on va étudier des stratégies de financements réunissant un mix privé/public, plus de la dette privée, ajoutant sans plus de précisions, d'autres partenaires seront annoncés à l'automne".

Pour l'aider dans son projet, la jeune pousse grenobloise va également gonfler ses équipes. "Pour l'instant nous sommes 10 salariés, mais nous prévoyons de recruter 10 personnes supplémentaires d'ici la fin de l'année". Ses équipes, composées de spécialistes de la filière électrique, seront chargées de travailler sur les choix technologiques, les processus industriels et la recherche de fournisseurs et de financements.   

Une implantation en France ?

Si le choix de l'emplacement n'est pas arrêté, Verkor annonce chercher un terrain de 200 hectares. "Nous aimerions que l'usine soit implantée en France, mais notre approche est européenne, nous étudions d'autres possibilités, indique Benoit Lemaignan, nous souhaitons que notre usine soit colocalisée avec les fournisseurs et nous cherchons un endroit favorable à une desserte agile de nos clients."    

Une capacité initiale de 16 GWh

"La production de la première Gigafactory va débuter en 2023, avec une capacité initiale de batteries de 16 GWh allant jusqu’à 50 GWh en fonction de la dynamique future du marché", selon les promoteurs du projet. "Nous pensons que le marché va accélérer beaucoup plus vite que prévu, analyse Benoît Lemaignan. Selon nos estimations, d'ici 2025, les besoins européens seront de l'ordre de 300 à 400 GWh". "Nous couvrirons 3 à 5 % des besoins dans un premier temps, avant de monter en puissance. D'ici 2030, la demande sera de 1000 GWh en Europe, soit 20 usines de 50 GWh"."Il y a donc de la place pour tout le monde", ajoute le fondateur de Verkor, faisant référence à l'ACC (Automotive Cells Company), la coentreprise réunissant PSA et Total.

Travailler à l'amélioration des technologies existantes

A la différence du projet porté par la coentreprise ACC (Automotive Cells Company) de Total et PSA, qui vise à concevoir une future génération de batteries, Verkor "est dans une démarche capacitaire de production". La jeune pousse souhaite utiliser les technologies existantes en les améliorant. "Nous visons deux objectifs, une meilleur traçabilité des produits et une optimisation des processus de production", indique Benoît Lemaignan. "Nous allons travailler notamment sur des innovations dans le domaine du continuous mixing, ajoute-t-il, afin de diminuer les pertes en fond de cuve lors de l'impression des batteries, ou encore de l'analyse en temps réeldes composants". Les batteries seront testées en continu, ce qui permettra de gagner du temps et de réduire la consommation énergétique, car "à l'heure actuelle, on ne peut savoir si une batterie est défectueuse qu'à la fin du processus de production".  

Fournir l'Europe du Sud 

Avec sa future giga-usine, Verkor vise le marché sud-européen, avec un modèle assumé : la start-up Northvolt. Fondée 2016, la jeune pousse suédoise est à l'origine de la construction de deux usines en Suède et en Allemagne, grâce à l'appui de Volkswagen, qui a pris 20% du capital et s'est engagé sur des milliards d'euros de commandes. Car l'engagement des industriels du secteur est indispensable au succès du projet. "Nous sommes en discussions avec des grands groupes automobiles, lâche Benoît Lemaignan, sans en dire davantage.

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