[Vaccin Covid-19] Pourquoi l'accord passé par Sanofi pour fournir le Royaume-Uni devrait être une bonne nouvelle pour la France

Les groupes pharmaceutiques Sanofi et GSK ont annoncé avoir conclu un accord avec le Royaume-Uni en vue de lui fournir 60 millions de doses de leur potentiel futur vaccin contre le Covid-19. Il repose sur la technologie de protéine recombinante développée par Sanofi et sur un adjuvant à usage pandémique de GSK et serait fabriqué dans leurs sites de production européens. En attendant des accords qui ne devraient pas tarder avec la France et l'Union Européenne...

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Fabrication de vaccins Sanofi Marcy l'Etoile
La fabrication de vaccins sur le site de Sanofi de Marcy l'Etoile, près de Lyon.

Leur alliance exceptionnelle porte ses fruits. Traditionnellement concurrents, les groupes pharmaceutiques français Sanofi et anglais GSK, tous deux des géants dans le secteur des vaccins, mènent ensemble un projet de développement de vaccin contre le Covid-19. Il repose sur la technologie de protéine recombinante "que Sanofi a employée pour produire un vaccin contre la grippe et sur la technologie éprouvée de production d’adjuvants à usage pandémique mise au point par GSK", rappellent-ils dans un communiqué commun le 29 juillet.

Ce projet vient d’être sélectionné par le gouvernement britannique, auquel ils fourniront 60 millions de doses, sous réserve de la signature d’un contrat définitif. Les entreprises s’engagent "à un prix abordable", qu’elles refusent de dévoiler, "et à le mettre à la disposition de tous".

Fabriqué entre la France, l'Italie et l'Allemagne

Cette commande "conforte les investissements substantiels que nous avons consentis pour accélérer le développement et augmenter notre capacité de production de ce vaccin", se réjouit Roger Connor, Président de GSK Vaccines. Où sera-t-il donc produit ? "Nous allons tirer parti de notre fabrication en Europe (France, Italie, Allemagne...)", indique Sanofi, interrogé par L’Usine Nouvelle. En première ligne devrait ainsi figurer le site de Marcy l’Etoile (Rhône), la plus grande usine de vaccins au monde pour Sanofi, où les équipes participent d’ores et déjà activement au développement de ce vaccin.

Sanofi pourra s'appuyer sur son solide dispositif industriel dans les vaccins, avec trois usines dédiées en France (Neuville-sur-Saône et Marcy-l’Etoile dans le Rhône ainsi que Val-de-Reuil, dans l’Eure), trois en Asie, et six sur le continent américain... Pour fabriquer ce futur vaccin, "nous avons des capacités de production mondiales : européennes pour les Européens, américaines pour les Américains avec des sites de production aux États-Unis, qui fabriquent actuellement nos vaccins recombinants contre la grippe", voire même japonaises avec un futur contrat qui pourrait être confié à un sous-traitant local, nous confie-t-on chez Sanofi. Oubliée, donc, la polémique suscitée par le patron de Sanofi en mai, qui avertissait contre le risque que le vaccin soit fourni en premier aux Américains si les Européens ne se réveillaient pas à temps…

Un retard sur la concurrence désormais assumé

Sanofi dirige actuellement le développement clinique et les procédures d’enregistrement du vaccin. Il prévoit de débuter une étude de tests de phase I/II en septembre, suivie d’une étude de phase III (sur un nombre important de malades) d’ici à la fin de 2020. "Si les données sont positives, son approbation réglementaire pourrait être obtenue dès le premier semestre de 2021", espère-t-il. Parallèlement, Sanofi et GSK augmentent leurs capacités de production de l’antigène et de l’adjuvant pour pouvoir assurer la fabrication de jusqu’à un milliard de doses par an.

Mais alors que ses concurrents multiplient quasi quotidiennement les annonces concernant l’avancée de leurs travaux contre le Covid-19, dont certains projets de vaccins entament déjà l'ultime phase III, l’industriel français, dont les projets sont moins avancés, assure ne pas vouloir jouer la montre. "Nous n'avons pas l'intention d'être les premiers à mettre le produit sur le marché, mais nous proposons une option intéressante, avec une forte probabilité de succès, un excellent profil de produit par rapport à d'autres plateformes qui ne sont pas bien établies aujourd'hui et une forte capacité à augmenter la production, estime Sanofi auprès de L’Usine Nouvelle. Nos données de la phase III viendront probablement plus tard que les autres. Et nous comprimons les délais pour commencer la fabrication en parallèle et avoir les premières doses disponibles avant la fin des essais de la phase III."

Chez Sanofi comme pour les Britanniques : multiplier les partenaires

Le gouvernement britannique reste également prudent. "Nos scientifiques et chercheurs sont engagés dans une course pour trouver un vaccin sûr et efficace à une vitesse et à une échelle jamais vues auparavant. Si ces progrès sont vraiment remarquables, il n'en reste pas moins qu'il n'y a aucune garantie", rappelle le secrétaire d'État aux Affaires, à l'Énergie et à la Stratégie industrielle britannique, Alok Sharma, cité dans le communiqué de presse. Afin de diversifier son risque, le Royaume-Uni a ainsi déjà sécurisé trois autres accords, auprès du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca, du français Valneva et de l’allemand BioNTech associé au géant américain Pfizer. Le pays a ainsi sécurisé au total 250 millions de doses.

De son côté, Sanofi espère bien que l’accord avec le Royaume-Uni sera rapidement suivi par d’autres de plus grande ampleur. Avec GSK, il mène ainsi des "discussions actives" avec l'Union européenne pour un accord visant à fournir 300 millions de doses, "avec la France et l’Italie dans l’équipe de négociation, et d’autres gouvernements pour garantir l'accès mondial à un vaccin contre le Covid-19".

Leur projet a déjà été sélectionné aussi par la Barda, bras armé scientifique du gouvernement américain, à l'instar de plusieurs autres. Alors que la polémique sur le prix auquel doit être distribué à travers le monde - à prix coûtants ou non ? - un potentiel vaccin contre le Covid-19 fait rage, "les deux partenaires prévoient également de mettre une portion significative de leur production totale à la disposition de l’initiative mondiale « Access to COVID 19 Tools (ACT) Accelerator », une collaboration internationale de chefs de gouvernement et de dirigeants d’organisations internationales de santé, d’entreprises et d’organismes caritatifs. Sanofi discute actuellement avec cette dernière pour "comprendre quels sont les besoins".

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