Analyse

EDF et GE officialisent leur discussion sur la cession du nucléaire de l'ex-Alstom à l'électricien français

Evoqué par Bruno Le Maire il y a un an, le rachat par EDF et d'autres acteurs français des activités nucléaires de General Electric, héritées du rachat d’Alstom énergies en 2014, se précise. Un dossier stratégique à plus d’un titre pour le gouvernement.

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Arabelle - réacteur Alstom
GE Steam Power (ex-Alstom) produit aussi des turbines Arabelle pour les projets nucléaires du russe Rosatom en Turquie, Bulgarie et Egypte.

EDF et GE ont confirmé mercredi 22 septembre avoir ouvert des négociations sur l'acquisition par le groupe français de GE Steam Power, qui regroupe les activités du groupe américain dans le nucléaire. Dans un commentaire laconique, General Electric « confirme avoir entamé des discussions préliminaires avec EDF concernant une transaction potentielle relative à une partie de son activité GE Steam Power. Aucun accord n’a été conclu et il n’y a aucune certitude sur les conclusions de ces discussions ». 

« Discussions préliminaires », « aucune certitude », toutes les précautions sémantiques sont prises pour souligner l'incertitude de l'aboutissement de l'opération. Il faut rappeler qu'EDF ne voulait pas y aller seul. Surtout après l’échec du plan de refonte Hercule en trois entités, qui devait permettre une (re)nationalisation de ses activités nucléaires.

L’Etat ne va pas pouvoir renouveler l’opération qui lui avait permis de faire acquérir par EDF 75% du capital de Framatome, après l’implosion d’Areva en 2015. L’électricien national envisageait plutôt le montage d’un consortium d’entreprises mené par Bpifrance, pour le rachat des activités nucléaires de l’américain General Electric (GE) héritées du rachat de la partie énergies d’Alstom en 2014.  A ce stade, Assystem, qui avait pris 5% de Framatome, "n'a pas été sollicité", a déclaré Stéphane Aubarbier, directeur général opérations d’Assystem à l'Usine Nouvelle mi septembre.

Eoliennes versus nucléaire

« Bruno Le Maire en avait clairement fait mention dans un article publié par l’Est Républicain», rappelait fin août François Trinquet, délégué CFDT de GE Steam Power. Et on avait eu confirmation que l’agence des participations de l’Etat travaillait sur le sujet, sachant que via la structure Geast, la France gardait depuis 2014 un contrôle sur la vente de ces activités hautement stratégiques.

De son côté, GE « a toujours indiqué qu'il n'y avait pas de tabou et que toutes ses activités pouvaient être à vendre », précisait la CFDT dans un communiqué. Et notamment les activités nucléaires qui « ne génèrent pas de forte rentabilité à des échéances à court terme, ce qui constitue l'ADN de General Electric », analyse le syndicat. En clair, GE préfère les retours sur investissement rapides des éoliennes au temps long du nucléaire.

Reprendre la maîtrise des turbines Arabelle

Baptisé GE Steam Power, l'entité qui pourrait changer de mains compte 9000 salariés dans le monde dont environ 2700 en France (un plan de départs concernant une centaine de personnes est en cours). C’est elle qui produit les turbines à vapeur Arabelle, les plus puissantes au monde, qui équipent les nouvelles centrales nucléaires construites par EDF, comme les deux EPR d’Hinkley point C au Royaume-Uni, mais aussi les projets menés par le russe Rosatom en Turquie, en Bulgarie ou en Egypte.

Un marché du temps long, mais hautement stratégique pour EDF, à qui l’Etat a demandé en 2015 d’être chef de file de la filière. Mais l’énergéticien est en plein milieu d’un plan de deux ans de reconquête de la confiance dans le nucléaire. Et il est toujours empêtré dans le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche). A priori, pas le moment de s’encombrer d’une filiale équipement supplémentaire. D'autant que le périmètre des activités qui seraient rachetées ne sera pas simple à définir, tant certaines activités sont imbriquées. si simple Pourquoi alors accélérer le rachat de GE Steam Power ? L’intérêt est politique, mais aussi technologique.

Montrer un soutien à la filière nucléaire

A défaut d’avoir réussi à négocier avec Bruxelles une refonte d’EDF et du système de vente de l’électricité nucléaire historiques (Arenh) - qui pénalise EDF lorsque les cours sont hauts, comme en ce moment - le gouvernement doit montrer son soutien à la filière nucléaire française et qu’il participe à une reconquête de sa souveraineté énergétique. Une souveraineté mise en cause par les anti-éoliens. Pour le président Emmanuel Macron, à la veille de briguer un second mandat, ce serait aussi un moyen de faire un peu oublier que c’est lui qui avait permis le rachat des activités nucléaires d’Alstom par GE en 2014.  

Accélérer sur les SMR

La troisième raison est plus technologique. Outre les turbines Arabelle, GE Steam Power recèle quelques savoir-faire et pépites technologiques très utiles à la transition énergétique. Comme la maîtrise de supraconducteurs utilisés dans ses alternateurs, et qui pourraient servir à alléger les nacelles des éoliennes en mer géantes, explique François Trinquet. Les ex-Alstom travaillent aussi sur les nouveaux projets de petits réacteurs nucléaires modulaires, ou SMR, français mais surtout américains, bien plus avancés. Un terrain sur lequel la France a enfin décidé de peser, au printemps 2020, à l’occasion du plan de relance.

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