Huit données clés du plan Excell de sauvetage de la filière nucléaire d’EDF

Le 15 octobre, EDF présentait le premier point d’étape de son plan Excell de deux ans et 100 millions d’euros, de reconquête de la confiance dans la filière nucléaire française annoncée le 13 décembre 2019.

Réservé aux abonnés
Hinkley Point C dalle de béton juin 2020
EDF a déjà réduire par 2 les reprises sur la chantier EPR d'Hinkley Point C au Royaume-Uni comparé à celui de Flamanville 3 au même stade de la construction.

"Nous avons mangé notre pain blanc", a reconnu Alain Tranzer, le nouveau délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires d’EDF, à l’occasion, le 15 octobre, d’un premier point d’étape du plan Excell de reconquête de la confiance dans la filière nucléaire.

Nommé le 14 février dernier pour piloter ce délicat plan de deux ans et 100 millions d’euros, lancé en décembre 2019 par Jean-Bernard Levy, cet ancien de PSA n’a pris ses fonctions que le 29 avril. Il a depuis mis les bouchées doubles pour définir les objectifs chiffrés et les chantiers à ouvrir. Reste à passer à l’exécution.

146 contributeurs opérationnels

Lancé par EDF, à la suite d’un rapport sur le désastre de Flamanville 3, commandé par Jean-Bernard Levy à Jean-Martin Folz, le plan Excell doit viser toute la filière. Un audit a été mené auprès de 1900 personnes pour identifier les problèmes. Mais sur les 146 contributeurs opérationnels au projet, seuls 23 sont extérieurs et membres du Gifen (Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire). Parmi les 123 autres, 10 travaillent chez Framatome, filiale à 75,5 % d’EDF,  9 sont chez EDF Energy, la filiale du groupe au Royaume-Uni, 55 sont ingénieurs du programme nouveau nucléaires (EPR2), 35 travaillent à la maintenance et l'exploitation du parc et 14 dans des fonctions support.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

25 engagements

Alain Tranzer a ajouté un cinquième axe, celui de la standardisation, aux quatre premiers fixés au lancement du plan : production et construction, gouvernance, relations fournisseurs et compétences. Pour chacun d’eux il a défini des engagements, qui seront autant de KPI de suivi de l’avancement et du succès du plan. 

Pour la gouvernance, par exemple, deux engagements pour mi-2021 sont d’avoir un contrôle des grands projets fonctionnel, et un jalonnement robuste - avec démarrage possible qu’une fois un niveau de 100 % de robustesse atteint - en place sur l’ensemble des projets de nouveau nucléaire. Ce process, inspiré des grands projets de Naval group dans les sous-marins ou d’Airbus pour l’A380, aurait déjà permis à EDF de diviser par deux les reprises, comparé à Flamanville 3, sur le projet de Hinkley Point C à la même époque d’avancement. 1 000 managers EDF ont déjà été formés à ce management de projet. Il faut maintenant former leurs interlocuteurs dans la filière.

Diviser les problèmes par dix

Apprendre à toute la filière à faire bien du premier coup pour diviser par dix, a minima, les reprises études et fabrications de la première paire d'EPR2 comparé à ce qui s’est produit à Flamanville 3, est un des principaux objectifs du plan Excell : Alain Tranzer, ne donne, bien sûr par le nombre de problèmes et malfaçon rencontrés, mais le rapport de Jean-Martin Folz, ex PDG de PSA, sur les dérapages de la construction de l’EPR de Flamanville (Manche), est assez éloquent sur le sujet.

Pour y parvenir, à mi-2021, un système d’habilitation des soudeurs nucléaire devra être déployé sur les nouveaux contrats du parc et sur les projets neufs. Un guide de supervision des contrôles par les industriels devra être produit. Les non-conformités devront être traitées de façon accélérée au plus près du terrain. 100 % des fournisseurs de rang 1 du futur EPR2 seront qualifiés en amont des appels d’offres.

Réduire de 30% les coûts des EPR

SI Alain Tranzer a ajouté la standardisation comme axe de travail, c’est pour tenir un autre des objectifs phares du plan, la réduction de 30 % des coûts de construction des EPR. Il s’agira de tenir -30 % comparé à Hinkley Point C pour l’EPR de Sizewell C, dont le financement reste en négociations avec le gouvernement britannique. Pour les éventuels futurs 6 EPR2 français, il s’agira aussi de réaliser -30 % comparé à "un coût nominal de Flamanville 3", précise Jean-Bernard Levy, réévalué par rapport au devis initial du projet, mais dont EDF continue à taire le montant. Pour y parvenir, le Catalogue D’usage Obligatoire (CADO) sera étendu à 10 familles de matériels contre trois aujourd’hui. De 13 309 références de robinets il s’agira par exemple de descendre à environ 300 ! En matière de construction, une architecture modulaire sera définie pour quatre systèmes et 28, puis 46 processus seront standardisés. Pour tirer parti du retour d’expérience d’Hinkley point C, les maquettes numériques 3D de la paire d’EPR incluront les retours exhaustifs de la construction génie civil et des fournisseurs d’équipements.

100 dialogues compétitifs

Interrogés, les fournisseurs d’EDF ont massivement pointé l’absence d’interlocuteurs uniques et des contrats flous. La relation fournisseurs est donc un autre des axes clé de la réussite du plan Excell. EDF s’engage ainsi  à ne plus uniquement retenir les mieux disant, mais à établir des dialogues compétitifs sur plus de 100 contrats, qui prévoiront des incitations à la "superformance", mais aussi des pénalités claires. Un binôme métier achats sera mis en place pour les contrats de plus de 100 millions d’euros afin d’assurer un suivi de bout en bout. Pour s’assurer du "0 défaut de fabrication" chez 20 fournisseurs stratégiques, un directeur qualité et manufacturing fournisseurs va être recruté.

21000 recrutements

Si le travail sur l’axe compétences a commencé bien avant l’arrivé d’Alain Tranzer, dès le lancement du plan Excell, voire avant, il reste encore beaucoup à faire. La filière doit en effet recruter 21 000 collaborateurs entre 2019 et 2022 dont 9 000 sur des métiers en tension, avec un gros point noir sur la soudure. Si les Anglais ont pris les devants pour leur chantier d’Hinkley Point C, en ouvrant un centre de formation à Bidgewater pour former 700 soudeurs en quatre ans, il faudra attendre mi-2021 pour voir s’ouvrir son pendant français à Cherbourg (Manche) et l’arrivée de la première promotion. Le centre devrait former une centaine de personnes par an. Pour mémoire, Flamanville 3, c’était 132 km de tuyauteries sur l’îlot nucléaire et 316 000 soudures.

200 experts réquisitionnés

Pour attirer les compétences dans le nucléaire, le plan prévoit aussi la création d’une encyclopédie en ligne, type Wikipedia, mais avec des articles écrits par 200 experts d’EDF et de Framatome, qui devront y consacrer un jour par semaine. Une université des métiers du nucléaire, qui doit centraliser toutes les formations, est aussi prévue.

Un fonds de 100 millions d'euros

Pour financer ce volet compétences, un fonds de 100 millions d‘euros va être créé. Il sera alimenté à 50 % par EDF et 50 % par l’État, via le plan de relance, qui prévoit une enveloppe de 472 millions d’euros au soutien de la filière nucléaire, dont plus de la moitié dans le cadre du programme des investissements d’avenir.

Abonnés
Le baromètre de l’énergie
Prix de l’électricité et du gaz, production nucléaire, éolienne et hydraulique… Notre point hebdo sur l’énergie en France.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.