C’est un des défis des petits réacteurs nucléaires (SMR). Pour jouer leur rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique en produisant électricité et chaleur bas carbone au plus près des besoins industriels et urbains, ces nouvelles installations nucléaires doivent être construites et installées en moyennes ou grandes séries dès 2030-2035. «Une condition de succès, c’est la possibilité de standardiser les régulations et de fabriquer en série», explique Julien Collet, directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Mais cette standardisation ne peut se faire au niveau national : même si les besoins apparents dans l’industrie et les grands centres urbains apparaissent importants, impossible pour les concepteurs de SMR de ne pas viser un déploiement international. Et même si EDF envisage d’installer un premier exemplaire de son SMR Nuward (2x170 MW) en France – avec un début de construction demandé par le gouvernement en 2030 – le principal marché visé reste le remplacement des centrales électriques thermiques, à charbon notamment, en Europe. Des pays comme la République tchèque, la Finlande, la Suède ou la Pologne seraient intéressés.
Problème, il n’existe pas de certification internationale pour les réacteurs nucléaires. Chaque autorité de sûreté nationale a ses propres exigences – même si des travaux conjoints ont été menés au niveau international pour les réacteurs de troisième génération de type EPR. Les collaborations de standardisation entre régulateurs restent limitées. Or les SMR, avec leur promesse de sûreté passive, impliquent de définir de nouveaux critères pour les autorités européennes. Pour l’heure, seul le réacteur américain AP1000 de Westinghouse, dont deux exemplaires sont en fonctionnement en Chine et aux États-Unis, intègre ces technologies, qui ne requièrent par de systèmes extérieurs de refroidissement à eau, explique l’ASN.
Partage d'exigences entre régulateurs
Pour tenir les délais, trois régulateurs de sûreté nucléaire (l’ASN en France, le STUK en Finlande et le SÚJB en République tchèque et leur organisation de soutien technique, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour la France et le SÚRO pour la République tchèque) ont mené une nouvelle expérience de juin 2022 à juin 2023. Ils ont réalisé un examen précoce conjoint du SMR Nuward à eau légère. Il ne s’agissait pas, à ce stade, de valider à trois les options de sûreté de Nuward, qu'EDF n'a communiqué à l’ASN qu’en juillet 2023. Ce premier examen visait à identifier, sur un cas concret, les avantages en matière de sûreté des petits réacteurs modulaires ainsi que les questions qu’ils peuvent soulever.
Six sujets ont été explorés : les objectifs généraux de sécurité, les scénarios en cas d’incident et d’accident, l'utilisation de systèmes de refroidissement passifs, le plan de développement des modèles numériques pour simuler les phénomènes dans les réacteurs, l'intégration de deux réacteurs dans une même installation et l'approche de l'étude probabiliste de sûreté (EPS) «à la demande des autorités finlandaise et des tchèque», précise Julien Collet, la France ayant davantage une approche déterministe.

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Le travail a été intense, note Nuward, la nouvelle filiale d’EDF dédiée au projet, dans sa note de compte rendu. Mais cela valait le coup. Outre de mieux appréhender les attentes des autres régulateurs, EDF se félicite du bon timing de la revue conjointe, réalisée assez tard pour que projet soit assez avancé et «suffisamment tôt pour permettre aux informations de guider les choix de conception détaillés à venir». Des modifications du projet, notamment sur des questions de gestion de pertes d’alimentation, ont même pu être intégrées.
Adaptation amont du design
Cette première revue conjointe a aussi permis aux trois autorités de sûreté de comparer leurs différentes exigences, pratiques et expériences et d’identifier des opportunités d’évolution des réglementations. «Pour le concepteur lui-même, cela permet de proposer un design compatible avec le plus grand nombre. Et pour nous, régulateurs, il est instructif de confronter les différences de pratique», observe Julien Collet. Mais pas de certification unique européenne en vue pour l’instant. Nuward va devoir obtenir les autorisations de chacune des autorités de sûreté nationale où il veut implanter son SMR. «L'examen précoce conjoint n'avait pas pour but de remplacer un futur examen d'autorisation de l'une des autorités de régulation participantes, prévient l’ASN dans une note. Les résultats de l'examen réalisé par les différents régulateurs sont informatifs et non contraignants pour toute activité ou évaluation future en matière d'autorisation.»
En revanche, le travail collaboratif sur Nuward va se poursuivre et «être étendu à trois autres autorités de sureté en Suède, Pologne et Pays-Bas, annonce Julien Collet. Le programme de travail va aussi approfondir certains des thèmes et en ouvrir de nouveaux.» En revanche, pas question, à ce stade, de l’étendre aux autres projets de SMR de 4e génération de type Newcleo, Naarea ou Jimmy, même si les travaux sur la sûreté passive pourront, à terme, leur servir. «Une des conditions pour que cette revue conjointe fonctionne est que les régulateurs puissent accéder aux documents. Pour Nuward, EDF a approché des clients potentiels avec lesquels il y a des accords de confidentialités, et qui se sont approchés des régulateurs», explique le directeur adjoint de l’ASN. Les start-up du nucléaire n’en sont, elles, pas encore à ce stade.



