Le moins que l’on puisse dire, c’est que le gouvernement place la barre très haut pour le nouveau PDG d’EDF, Luc Rémont. «Le gouvernement veut qu’EDF soit un leader mondial de la production, de la distribution et de la fourniture d’électricité décarbonée, dans le nucléaire, l’hydraulique et les renouvelables», a déclaré Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, vendredi 9 décembre lors d’un déplacement à la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime). Un objectif qui aujourd’hui semble très difficile à atteindre.
EDF avait déjà perdu sa place de premier électricien mondial en 2017, au profit d’un groupe chinois. Au niveau européen, en 2021, EDF ne pointait plus qu’à la troisième place, derrière le suédois Fortum et l’italien Enel. À cause d’un problème générique de fissures sur 16 des plus puissants réacteurs de son parc, EDF a aussi perdu sa place de premier exportateur d’électricité en 2022. Et l’électricien national peine à tenir son planning de remise en marche des réacteurs pour atteindre les 45 GW promis début 2023 (sur un potentiel de 61 GW). Même si, bonne nouvelle, deux réacteurs ont été reconnectés la nuit précédant la venue de Bruno Le Maire à Penly, portant à 40 le nombre de réacteurs connectés sur 56, et à 39 GW la puissance disponible.
Un premier EPR 2 demandé dès 2034
Si la priorité pour EDF reste de recommencer à produire massivement de l’électricité nucléaire - parce que c’est aussi le seul moyen de «restaurer les finances d’EDF» a rappelé Bruno Le Maire -, le ministre de l’Économie a aussi expliqué que pour devenir «un champion mondial de l’énergie», EDF doit réussir à mener à bien deux chantiers. Le premier consiste à «construire dans les délais les trois paires d’EPR 2», avec un premier mis en service en 2035. «Et si c’est en 2034, c’est encore mieux», a glissé Bruno Le Maire.
Le deuxième chantier de Luc Rémont sera de construire un premier SMR... en 2030 ! «C’est-à-dire demain», a reconnu le ministre, pour qui les petits réacteurs nucléaires modulaires représenteront «un avantage stratégique» que la France pourra vendre même à des pays comme l’Allemagne, qui ont fait le choix de sortir du nucléaire. Mais qui, Bruno Le Maire en est «persuadé», reviendront selon lui au nucléaire «lorsqu’il faudra choisir entre l’abandon d’un pan de leur industrie» et l’atome. «II n’y a pas de grand pays industriel sans nucléaire», a lourdement insisté le ministre. Et sans les SMR français, à qui Bruno Le Maire promet le même destin que le Rafale... Longtemps considéré comme impossible à vendre, et aujourd'hui un succès à l'export.
L’État, qui va reprendre 100% du capital d’EDF, soutiendra financièrement le projet, mais pas sans contrepartie. EDF doit déjà prouver qu’il peut finir les chantiers de Flamanville 3 et Hinkley Point en tenant «coût et délais». Bruno Le Maire attend aussi de Luc Rémont «des propositions sur la manière concrète de phaser et de prioriser les investissements du grand carénage, des énergies renouvelables, les EPR 2, le renforcement du réseau électrique». La feuille de route de Luc Rémont est aussi très attendue par les salariés du groupe. Si les organisations syndicales de Penly ont reçu l’assurance de Bruno Le Maire que le projet Hercule était «totalement abandonné» et que le nucléaire est la filière d’avenir prioritaire pour le gouvernement, ils ne sont pas encore rassurés sur l’intégrité du groupe.



