À la COP27, l’envoyé spécial pour le climat des Etats-Unis, John Kerry, n'est pas arrivé les mains vides. Le 12 novembre, il a dévoilé le projet américain Phoenix de financement des études de faisabilité de conversion des centrales charbon des pays d'Europe centrale et orientale aux SMR, ces petits réacteurs nucléaires modulaires que les États-Unis sont les premiers à commercialiser... Alors que les trois seuls SMR construits dans le monde se trouvent en Russie et en Chine. John Kerry a également annoncé un projet pilote, Clean fuel from small modular reactors, de production d’hydrogène et d’ammoniac décarbonés en Ukraine, à l’aide du mini-réacteur modulaire (SMR) et d’une technologie d’électrolyse de pointe.
Lancée dans le cadre du programme américain First (Foundational infrastructure for responsible use of SMR technology), le projet est soutenu par un consortium multinational auquel participe, sans surprise, Nuscale Power, première entreprise américaine à commercialiser un SMR, mais aussi ses homologues américains dans la pile à combustible FuelCell Energy, et le producteur d’ammoniac Starfire Energy, ainsi que les japonais IHI et JGC et le sud-coréen Samsung C&T. Et ce, alors que de nombreux pays de l'Europe de l'Est sont tentés par le nouveau nucléaire nord-américain.
Des projets à travers les pays de l'Est
En mai, l’électricien roumain, Nuclearelectrica, annonçait le lancement d’un projet de SMR, RoPower, en partenariat avec Nuscale. Le 4 novembre, il faisait état de la construction d’une première centrale composée de 6 modules Nuscale en 2027-2028. L’Estonie a lancé en septembre un appel d’offres auprès des trois développeurs des SMR, Nuscale, GE Hitachi et Rolls-Royce SMR. Les Américains sont également sur les rangs pour développer des SMR et fournir les combustibles en Pologne, qui a aussi choisi l’américain Westinghouse pour construire sa première centrale nucléaire, avec une première paire de réacteurs AP1000, et signé un accord avec le sud-coréen KHNP pour une autre paire de réacteurs. Des mauvaises nouvelles pour EDF et son projet de SMR français Nuward, de deux fois 170 MW, développé avec TechnicAtome, le CEA et Naval Group, car il vise lui aussi le marché de la conversion des centrales électriques thermiques au charbon ou au fioul à l'international.
Nouvel outil de reconquête géopolitique des États-Unis, les SMR américains pourraient aussi fleurir en Asie et en Afrique. Le 19 novembre, en visite à Bangkok, la vice-présidente américaine Kamala Harris a annoncé vouloir construire des SMR en Thaïlande pour décarboner le pays. Le 27 octobre,lesÉtats-Unis et le Japon annoncent le partenariat Wewan (Winning an edge through cooperation in advanced nuclear) pour soutenir le déploiement de petits réacteurs modulaires et d'autres technologies de réacteurs avancés dans les pays partenaires afin d’aider les pays en développement à atteindre leurs objectifs en matière de sécurité énergétique et de climat. Un premier partenariat avait alors été annoncé avec le Ghana pour soutenir l'ambition de ce pays d'être le premier à déployer le SMR en Afrique. Reste désormais à attendre la riposte chinoise, qui ne devrait pas tarder.



