EDF veut construire le mini réacteur nucléaire français Nuward aussi en France

Avec TechnicAtome, Naval Group et le CEA, EDF mise sur un SMR ultra-compact pour remplacer les centrales à charbon, non plus seulement à l’export comme prévu initialement, mais aussi pour la France, a annoncé Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF le 5 mai.

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Nuward SMR
Nuward, une unité intégrée avec deux réacteurs de 170 MWe à eau pressurisée – la technologie du parc français –, est attendue pour 2035.

"Nous allons proposer que la prochaine PPE [programmation pluriannuelle de l'énergie, ndlr] prévoit la construction d'un premier SMR en France", a lancé Jean-Bernard Levy, le PDG d'EDF lors de l'assemblée générale des actionnaires du groupe le 5 mai. Un vrai changement de doctrine, auquel les récentes déclarations du président de l'Autorité de sûreté nucléaire ne sont sûrement pas étrangères. Le projet de petit réacteur nucléaire modulaire (SMR, pour Small Modualr Reactor) était initialement prévu uniquement pour remplacer les centrales électriques thermiques, notamment à charbon, à l'export. Mais ce SMR français pourrait donc aussi trouver sa place dans le nouveau nucléaire français en complément ou à la place des six paires d'EPR qu'EDF veut construire et dont il vient de déposer le dossier d'aide à la décision au gouvernement, a aussi annoncé Jean-Bernard Levy.

Nuward sera le SMR « le plus compact du marché », promet EDF. Reste à l’imposer sur le futur marché mondial des petits réacteurs modulaires, face à des Américains, Russes et Chinois qui misent gros depuis plus de dix ans. Les chances sont minces.

Misant tout sur l’EPR et freinés par l’implosion d’Areva, les Français ne se sont lancés dans la course aux SMR qu’en 2017. Pour rattraper le retard, EDF a choisi de jouer collectif, en s’associant avec TechnicAtome, Naval Group et le CEA, et de rester sur des technologies maîtrisées. Pas de sels fondus ou de neutrons rapides pour le SMR français. Pas non plus de réacteur de toute petite puissance, modulaire, qu’on associe en grappes en fonction des besoins.

Destinée uniquement à l’export, pour remplacer in situ des centrales électriques à charbon, Nuward sera une unité intégrée de 340 MWe, avec deux réacteurs de 170 MWe à eau pressurisée, la technologie du parc nucléaire français, et une seule salle de commande. « Une technologie éprouvée, avec peu d’inconnues, pour laquelle l’échelle de temps et le risque de ne pas aller jusqu’au bout sont maîtrisés », explique Benoît Desforges, le directeur développement et stratégie de TechnicAtome, qui fabrique les propulsions nucléaires des sous-marins et porte-avions de la Marine nationale.

L’innovation principale tiendra dans l’intégration du cœur du réacteur et du circuit primaire dans une cuve de 4 mètres de diamètre extérieur et 13,5 mètres de hauteur. « On a un rapport puissance sur volume sans comparaison, avec moins de matériaux embarqués et du génie civil simplifié », précise Benoît Desforges. L’enceinte de confinement sera métallique et immergée, avec des systèmes de refroidissement passifs, garantissant une autonomie de plusieurs jours en situation accidentelle.

Phase d’avant-projet

Une sûreté passive inconnue des Français, mais maîtrisée notamment par l’américain Westinghouse, avec lequel EDF est en discussion. L’îlot nucléaire sera semi-enterré pour le protéger des agressions extérieures. Enfin, Nuward utilisera le combustible civil standard des grands réacteurs, fourni par Orano et Framatome. Naval Group apporte au projet son savoir-faire en matière de production standardisée industrielle de composants critiques. EDF, qui pilote le programme, pourra accompagner les clients dans la mise en œuvre comme dans l’exploitation.

Il reste beaucoup à faire avant une commercialisation en 2035. Le projet entame juste la phase de deux ans d’avant-projet sommaire, qui va coûter 120 millions d’euros. EDF devra trouver d’autres alliés. « Il nous faut rapidement rattraper le retard et considérer toutes les options de partenariats envisageables », lui a demandé Emmanuel Macron, le président de la République, le 8 décembre 2020, à l’usine Framatome du Creusot (Saône-et-Loire). Pas question, pour la France, de risquer avec Nuward le même déshonneur industriel qu’avec l’EPR.

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