Dans la course à la voiture zéro émission, l’hydrogène semble avoir perdu la bataille face au véhicule électrique tout batterie. En Europe du moins. Mais l’hydrogène n’a pas dit son dernier mot pour les véhicules utilitaires, le transport lourd et le maritime. Il s’impose aussi comme alternative crédible au groupe électrogène diesel dans l’industrie, les hôpitaux, sur les chantiers et les événements extérieurs. Des marchés qui intéressent bigrement Toyota comme débouché pour sa technologie de pile à combustible embarqué de sa Mirai, la première berline hydrogène, commercialisée dès 2014.
Pour aller vite dans ce secteur en plein boom, notamment en Europe, Toyota a décidé d’ouvrir sa technologie en multipliant les partenariats. Et c’est ainsi qu’en février 2020, le catamaran laboratoire Energy Observer embarquait une pile à combustible de Mirai quelque peu modifiée, pour tester sa résistance aux conditions marines extrêmes. Le navire devait traverser l’Atlantique, puis le Pacifique pour rejoindre Tokyo à l’été, accostant lors des Jeux olympiques.
Profiter de l'engouement pour l'hydrogène
La crise du Covid-19 a modifié la route du bateau zéro émission développé par le capitaine malouin Victorien Erussard. Mais la pile à combustible de Toyota a, elle, fait ses preuves à bord. Subséquemment, le bureau d’étude Energy Observer Developments (EODev), né en 2019 à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour industrialiser les technologies testées à bord du bateau, a décidé d’utiliser la technologie de Toyota dans ses premiers produits, un groupe électro-hydrogène zéro émission prévu pour une utilisation hors réseau et un prolongateur d’autonomie pour bateau électrique. Toyota devenait donc fournisseur d’EODev.

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Toyota a testé la résistance de sa pile à hydrogène de Mirai à bord de l'Energy Observer en 2020.
Mais le groupe japonais ne veut pas se contenter d’un rôle de fournisseur. En décembre 2020, Toyota Motor Europe (TEM) a annoncé la création d’une entité dédiée à la pile à combustible à Bruxelles pour diffuser le plus largement sa technologie en Europe… Le 2 avril, il a annoncé entrer au capital d’EODev. Il y rejoint, à part égale, le groupe Accor et Thélem Assurance, les partenaires historiques d’Energy Observer, mais aussi un industriel, le groupe Monnoyeur dont la filiale Eneria va assurer l’industrialisation sur son site de Montlhéry (Essonne), le déploiement et la gestion du service après-vente des groupes électro-hydrogène d’EODev.
Contrôler l'utilisation de sa pile à combustible
La PME boucle ainsi la levée de fonds de 20 millions d’euros, annoncée en septembre 2020. En entrant au capital, Toyota acquiert "une expertise sur la marinisation" dans une PME qui peut "développer des produits plus rapidement que ne peut le faire un grand groupe", explique Jérémie Lagarrigue, le directeur général d’EODev. Surtout, en tant qu’actionnaire, Toyota Motor Europe "participe à la décision sur le développement de l’entreprise, les marchés et les produits à développer", précise le dirigeant qui indique que les piles à combustible de Toyota pour l'Europe sont assemblées sur le site du centre technique de Toyota de Zaventem, en Belgique.
La concurrence est déjà rude sur ces nouveaux créneaux. Pour faire la différence, EODEv met en avant "des garanties pièces et main d’œuvre dix fois plus importante que la concurrence" grâce à sa technologie testée dans des conditions extrêmes et ses partenariats avec Toyota et Monnoyer. EODEv s’engage sur "15 000 heures de fonctionnement" pour un coût "30 ou 40 % plus cher qu’une solution diesel", ajoute Jérémie Lagarrigue.
Reconvertir les salariés du diesel
Côté industrialisation, "elle se fera en trois étapes", explique le dirigeant de la PME. L’assemblage de la chaîne de production du prolongateur d’autonomie est en cours chez Eneria pour la sortie de la première pré-série en juin 2021, avec une livraison des premiers clients en juillet, assure le DG de la PME. Parmi eux, il y a Chloé Zaied, la dirigeante d’Hynova, qui a créé le premier yacht à hydrogène au monde aux chantiers de la Ciotat. "Après une montée en cadence de septembre à novembre", la chaîne de montage sera optimisée entre décembre 2021 et mars 2022 pour atteindre une cadence de 200 unités par an, qui pourrait être augmentée jusqu’à 800 par an. Beauté de l’opération, la trentaine de salariés d’Eneria qui vont assurer cette production fabriquaient auparavant des pièces de moteur diesel. Avec les 28 salariés d’EOdev, les embauches à venir (5 d’ici à fin 2021) et le réseau d'installateurs en cours de formation, la PME devrait faire travailler une centaine de personnes début 2022.



