Safran confirme son intérêt pour un rachat d'Aubert & Duval, filiale d'Eramet

Safran confirme son intérêt pour un rachat d’Aubert & Duval. Eramet, qui a lancé une revue stratégique détaillée sur sa filiale alliages haute performance, avait confirmé en juin envisager "toutes les options".

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Le site Aubert et Duval des Ancizes.

Eramet avait confirmé, le 22 juin, avoir initié "une revue stratégique détaillée relative à sa filiale Aubert & Duval, dans laquelle toutes les options sont envisagées". Y compris, donc, celle de la cession. Ce 30 octobre, Safran confirme être intéressé par la filiale alliages haute performance d'Eramet. Philippe Petitcolin, directeur général de Safran, a déclaré ce 30 octobre qu'Aubert & Duval était un fournisseur critique pour le groupe aéronautique et que Safran regardait son avenir "avec intérêt". Airbus pourrait être impliqué dans la reprise, seon des informations de presse.

Des discussions entre les deux groupes auraient d'ailleurs été entamées fin 2019, puis relancées de nouveau en début d'année, selon nos informations. 

"Le très fort ralentissement du secteur aéronautique pèse significativement sur l’activité d’Aubert & Duval", reconnaît Eramet. "La baisse des cadences de production dans l’industrie aéronautique, notamment Airbus qui a annoncé un recul d’environ un tiers par rapport au niveau d’avant crise, devrait en effet impacter fortement et durablement l’activité d’A&D, dont les ventes aéronautiques représentent plus de 70% du chiffre d’affaires", précise le groupe dans un communiqué. "Les ventes ont été en recul d’environ 50% en avril et en mai. Selon les dernières estimations, le chiffre d’affaires d’A&D devrait être en baisse d’environ 20% en 2020 par rapport à 2019, ce qui pèsera sur ses performances et sa situation financière."

Pourtant, en présentant les résultats 2019 du groupe, Christel Bories affirmait encore que sa priorité était de "redresser la branche alliages haute performance avant d’envisager tout mouvement stratégique potentiel". La vente d’actifs dans cette branche composée d'Aubert & Duval et Erasteel n’était alors "pas une priorité". Eramet, qui est retombé dans le rouge en 2019 après deux ans de résultats positifs, s'est recentré, dernièrement, sur son coeur de métier qu'est l'extraction et le traitement du minerai (de manganèse, de nickel, de rutile, de zircon...). Il a notamment vendu son usine norvégienne de Tyssedal.

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"Des synergies", confirme FO

Aubert & Duval fabrique des aciers haute-performance et autres alliages spéciaux (aluminium, titane) destinés aux marchés de l’aéronautique, de l’énergie (hydrocarbures et nucléaire), de la Défense, de l’automobile et de l’outillage. Aux Ancizes, la tour d’atomisation des poudres permet notamment de fournir Snecma pour les réacteurs du Rafale. Chez Safran, les moteurs civils et militaires recourent à l’acier Aubert & Duval (comme le ML340 pour les arbres).

"Il y a des synergies possibles", reconnaît Philippe Fraysse, secrétaire fédéral FO métaux en charge du secteur aéronautique, espace et Défense, "puisqu’Aubert & Duval est presque le seul fournisseur d’aciers spéciaux haute performance de l’aéronautique et de la Défense. Philippe Petitcolin [directeur général du motoriste, ndlr] avait dit fin avril qu’il ne s’interdisait pas de racheter certains sous-traitants pour sécuriser sa chaîne d’approvisionnement."

Le syndicat ne voit pas d’un mauvais œil cette possible consolidation verticale de la filière aéronautique et Défense. "Mieux vaut Safran qu’un autre. La crise ne doit pas profiter aux prédateurs étrangers, qui viennent faire leurs courses dans les actifs stratégiques français, comme Photonis, Latécoère ou Snim."

Les défaillances du contrôle-qualité d’Aubert & Duval ont coûté cher

Le 8 décembre 2018, Eramet faisait état de non-conformités constatées dans le système de gestion de la qualité chez Aubert & Duval. Des dysfonctionnements – ou plutôt des arrangements avec les normes à atteindre - découverts lors d'une revue interne lancée à son arrivée par le nouveau directeur général de la branche alliages, Jérôme Fabre, qui concernait l'ensemble des sites d'Aubert & Duval et d'Erasteel.

EDF, Orano et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont mené des enquêtes sur les matériaux et pièces fournis par Aubert & Duval dans leurs installations. Ces investigations concluent à "l’application, au sein d’entités internes de l’entreprise Aubert et Duval, de consignes qui visaient à modifier des résultats afin de les rendre administrativement conformes aux exigences techniques attendues." L’ASN a "signalé ces pratiques pouvant s’apparenter à de la fraude au Procureur de la République en application de l’article 40 du code de procédure pénale".

L’Association réseau "Sortir du nucléaire" a, quant à elle, porté plainte fin août 2019 "contre Aubert et Duval, Electricité de France et contre X pour infractions au Code de l’environnement et au Code pénal". Fin 2019, Eramet affirmait n’avoir "connaissance d’aucun développement judiciaire suite à ces éléments".

L’ASN concluait en août 2019 que les irrégularités constatées ne rendaient pas les pièces inaptes à leur emploi. Néanmoins, la revue engagée par EDF sur la période 2011-2018 couvrait "plus de 4500 fiches d’anomalies internes" et "l’exactitude de plus de 700 données issues de laboratoires ou du service métallurgique".

Ces non-conformités coûtent bien plus cher qu’anticipé à Eramet et à sa filiale Aubert & Duval. En décembre 2018, le groupe chiffrait "au-dessus de 25 millions" l’impact financier de cet événement. La dépréciation de 200 millions d’euros passée sur Aubert & Duval au premier semestre 2018 en raison d’un net recul des ventes dans les secteurs de l’aéronautique et de l’énergie était finalement complétée, dans les résultats annuels 2018, par une provision de 65 millions d’euros.

En 2019, les taxes américaines sur l'acier importé, les retards de facturation d'Aubert & Duval et les problèmes logistiques dans la division alliages ont encore alourdi la facture, en immobilisant des stocks importants.

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