Etude

Renouvelables, déforestation... Bilan très mitigé pour Climate Chance sur les efforts de décarbonation dans le monde

L’observatoire de l’action non-étatique pour le climat de l'association Climate Chance traduit quelques progrès, malgré un recours massif aux énergies fossiles en 2021. Jeudi 9 mars 2023, elle est revenue sur son bilan sectoriel. 

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énergies renouvelables
Les énergies renouvelables sont en forte augmentation, mais les énergies fossiles continuent à progresser selon Climate Chance.

Le cinquième observatoire de Climate Chance laisse quelques lueurs d'espoir pour l’avenir de la planète et de l’humanité, même si les progrès sont timides. Depuis 2018, l’association internationale, qui regroupe les acteurs non-étatiques (collectivités locales, entreprises, ONG, syndicats, communauté scientifique, peuples autochtones…), publie son observatoire sur le bilan sectoriel au niveau mondial.

Publié en fin d’année 2022, cet observatoire a été analysé par l’équipe de Climate Chance lors d’un webinaire jeudi 9 mars, à laquelle assistait la presse internationale. « Nous avons lancé, il y a cinq ans, un observatoire qui est un peu l’observatoire Saint-Thomas du climat, a indiqué en préambule Ronan Dantec, sénateur (groupe écologiste – solidarité et territoires) de la Loire-Atlantique, président de l’association. Nous nous focalisons sur ce qui est réalisé sur le terrain. Notre action est d’objectiver le débat, de voir ce qui est fait et n’est pas fait. Car aujourd’hui ce qui est plus dangereux que le climato-scepticisme, c’est le climato-fatalisme. »

Les émissions de gaz à effet de serre ont repris de plus belle après l’intermède Covid-19, avec plus de 37 061 millions de tonnes équivalent CO2 générées en 2021. Un nouveau record dû pour l’essentiel au recours au charbon (40% de la croissance par rapport à 2019) et aux énergies fossiles plus généralement. Ce sont aussi les pays émergents qui ont le plus contribué à la hausse des émissions de gaz à effet de serre (Turquie avec +11,2%, Chine à +7,2%, Russie avec +4,6%…), alors que celles des pays de l’OCDE sont inférieures de 4,6% à celles de 2019. Peut-être un premier bon signe…

Pierre Friedlingstein, directeur de recherche CNRS, est revenu jeudi 9 mars sur le rapport 2022 du Global carbon project. « Le taux de réduction annuel des émissions jusqu’en 2040 doit être compris au niveau mondial entre 5 et 7 % pour rester sur une hausse des températures de +1,5 à +1,6°C, prévient le scientifique. En fait, cela correspond à une baisse équivalente à l’année Covid-19 pour tenir ces objectifs. » Et encore, la fonte du permafrost n’est pas encore bien intégrée…

1. Forte hausse des énergies renouvelables

Si la renaissance des énergies fossiles est inquiétante (+5,8%), surtout après l’inertie enregistrée dans ce domaine à la COP27, les énergies renouvelables enregistrent une forte accélération avec 260 GW de capacités installées en 2021, soit 81% des nouvelles capacités de production électrique. Les économies industrialisées sont reparties sur les trajectoires de transition énergétique. Toutefois, si la consommation de gaz stagne aux Etats-Unis et baisse au Japon, « il n’y a pas de transition claire sur cette énergie en Europe », regrette Antoine Gillod. Et si le charbon a enregistré une forte hausse (+5.7%), notamment en Inde et en Chine en raison des sécheresses qui ont réduit les capacités hydrauliques, « le déclin est indéniable, poursuit le directeur de l’observatoire Climate Chance. Il ne continue à croître que lorsqu’il reçoit des aides publiques comme en Inde et en Chine. Sans soutien financier, il n’est plus compétitif face aux énergies renouvelables. » Au total, dans le mix énergétique mondial, les énergies bas-carbone (nucléaire et ENR) ne représentent que 38%. 

En 2021, en Europe, les émissions du transport baissent là où l’électrification est avancée (Norvège et Suède). La moyenne d’émissions de CO2 des constructeurs automobiles en Europe est passée de 131g/km en 2020 à 115g/km en 2021, grâce aux ventes de véhicules électriques. Toutefois, ces derniers ne font toujours pas le poids face aux SUV, qui représentent 45,9% des ventes dans le monde. « Ils sont plus lourds que les autres véhicules, prennent davantage de place et, quand ils sont électriques, demandent des batteries plus imposantes, dénonce Antoine Gillod. Ils n’incitent pas à la sobriété énergétique. » Quant à la production d’hydrogène, vendue bien souvent comme la solution à la décarbonation du transport, il faut rappeler que seul 2% de l’hydrogène est bas-carbone.

2. Pas d’inversion de la tendance sur la déforestation

Le bilan est plus que mitigé sur la déforestation, avec un ralentissement des pertes de couvert forestier, mais sans inversion de la tendance. En 2021, 25 millions d’hectares ont été détruits (-2% par rapport à 2020), dont 3,75 millions d’hectares de forêts primaires (-11%). Si la déforestation a baissé de 25% en Indonésie et de 8% au Brésil, elle a augmenté de 1,6% en République du Congo.

Dans son rapport, Climate Chance évoque des nationalismes économiques et la concentration capitalistique des industries, notamment pour les métaux stratégiques. 77% des batteries lithium-ion sont produites en Chine. Les entreprises chinoises BYD (12,1%) et CATL (33,7%) dominent ce marché. La RDC extrait 70,9% du cobalt, la Chine 59% des terres rares et 67% du graphite, l’Australie, 52,3% du lithium. En Europe, 1 400 GWh d'usines de batteries sont en projet à travers 40 sites, tandis que 963 opérations de fusions-acquisitions ont eu lieu dans le secteur de l’énergie en 2021. Par ailleurs, 25 fournisseurs d’énergie ont disparu en France en 2021 et ils sont même 31 au Royaume-Uni.

3. Envol du marché carbone

L’inquiétude concerne les politiques d’atténuation insuffisantes, alors que le réchauffement climatique augmente les usages carbonés (climatiseurs, importations de GNL pour compenser le déficit de production hydroélectrique). Les conséquences du dérèglement climatique et des catastrophes naturelles ont engendré 112 milliards de pertes assurées en 2021. «Moins de 2% des publications académiques qui portent sur la mise en œuvre d’actions d’adaptation apportent des indicateurs de réduction des risques», peut-on lire dans le rapport.

Une bonne nouvelle, c’est le marché du carbone qui prend son envol. Les transactions de crédits carbone sur le marché volontaire ont été multipliés par quatre l’an passé avec 1,985 milliard de dollars de transactions. Mais le prix moyen est de 4 dollars la tonne. Les industries carbonées adaptent leur transition, bien souvent sous la pression juridique et actionnariale. Au total, 172 propositions environnementales ont été déposées par les actionnaires lors des assemblées générales des 3 000 plus grosses entreprises américaines en 2022. 21 des 30 plus grandes compagnies minières affichent un objectif net zéro et ont formulé un objectif sur le Scope 3. Reste à savoir s’il s’agit de greenwashing ou de véritables engagements.

Enfin, les villes s’engagent sur des objectifs ambitieux d’atténuation et d’adaptation. Elles sont 12 611 et représentent 1 milliard d’habitants. Et il existe 1 900 coopératives citoyennes d’énergie renouvelables en Europe. Si les Etats peinent à passer à la vitesse supérieure, le salut viendra peut-être des villes et des citoyens.

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