Est-il déjà trop tard pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C au tournant du siècle ? Alors que la COP 27 s’achève, plus de 1000 scientifiques ont tiré la sonnette d'alarme : l’objectif, fixé par l’accord de Paris signé en 2015, n’était déjà plus atteignable. Et même si les Etats accélèrent leurs efforts pour limiter leurs émissions, ils risquent de buter sur un autre obstacle : la pénurie de cuivre.
Même s’il est moins médiatisé que le lithium, le cobalt ou le nickel, le métal rouge est appelé à jouer un rôle clef dans la transition écologique : en moyenne, un véhicule électrique embarque trois fois plus de cuivre qu’une voiture thermique. Il faut encore des tonnes astronomiques de cuivre pour raccorder les éoliennes en mer et les parcs solaires aux réseaux électriques et consolider les infrastructures énergétiques.
Selon le cabinet Wood Mackenzie, la demande de cuivre pour l’éolien en mer devrait être multipliée par 13 d’ici à 2040. Pour respecter la trajectoire de hausse de 1,5 °C des températures, il faudrait extraire 9,7 millions de tonnes de cuivre supplémentaires par an d'ici dix ans. Actuellement, la demande mondiale tourne autour de 28 millions de tonnes annuelles. Un niveau jugé « improbable » à atteindre en l’état. « Pour atteindre la cible de zéro émission nette en 2050, l’industrie minière devra délivrer de nouveaux projets de mines à une fréquence et des besoins de financements jamais atteints auparavant », pointe le cabinet. La menace de pénurie est déjà prise au sérieux par les industriels. Nexans a déjà révisé sa stratégie en conséquence.
23 milliards de dollars d'investissements annuels nécessaires
Les groupes miniers vont devoir rehausser de façon considérable leurs investissements. Wood Mackenzie évalue à près de 23 milliards de dollars annuels les investissements nécessaires au cours des 30 années à venir. C’est 64% de plus que la moyenne des 30 dernières années. Pas complètement insurmontable : de 2012 à 2016, les investissements mondiaux dans le cuivre avaient brièvement atteint cette barre, tractée par l’énorme demande chinoise.
Pas sûr, toutefois, que cela suffise. Il faut en général dix ans avant le premier coup de pioche. Mais le processus devient de plus en plus compliqué. Les projets de nouvelles mines de cuivre font face à des difficultés politiques, sociales, et surtout environnementales croissantes pour se faire accepter par les populations locales. Les conflits d’usage autour de l’eau, dans les zones arides en Amérique latine, mais aussi en Australie, freinent l’expansion des exploitations minières.
Des investissements seront aussi bien sûr nécessaires dans la collecte et le recyclage du cuivre, rappelle Wood MacKenzie, qui estime que la part du cuivre recyclé pourrait passer de 33 % à 45 % des besoins mondiaux. La substitution par d’autres métaux pourra aussi réduire la pression, mais pas pour tous les usages. Les tensions entre l’offre et la demande devraient de toute façon tirer les prix vers le haut. A la Bourse des métaux de Londres, le cours du cuivre est retombé en dessous de 8 500 dollars. Mais il devrait dépasser 11 000 dollars la tonne au cours des cinq années à venir selon le cabinet spécialisé dans les matières premières. Même si le monde révise à la baisse ses ambitions climatiques, avec une hausse de 2,2°C des températures, l’approvisionnement en cuivre devrait rester « difficile », pointe Wood MacKenzie.



