Analyse

A la COP27 de Charm el-Cheikh, l’échec est hélas à portée de main

La première semaine des négociations à Charm el-Cheikh n'incite guère à l’optimisme. Sur les financements pour aider les pays les plus affectés par le dérèglement climatique, l’égoïsme des pays riches prédomine, même si l’Europe s’engage à faire de nouveaux efforts. Et pour contenir la hausse globale des températures à 1,5°C, la partie est loin d'être gagnée.

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Les conséquences du réchauffement climatique à +1,1°C (en 2022) sont déjà catastrophiques.

A quatre jours de la fin de la COP27, qui se tient à Charm el-Cheikh en Egypte, «l’optimisme modéré ou prudent» de la délégation française est un aveu en forme d'euphémisme du fait que la première semaine de discussions ne semble pas avoir abouti à grand-chose, alors que le temps presse. La Chine et l’Arabie saoudite ont même laissé entendre qu’elles ne signeraient pas une déclaration finale qui fixerait pour objectif de contenir le réchauffement climatique à +1,5°C, et non celui de +2°C.

On devrait leur conseiller, ainsi qu’à tous les pays qui n’ont pas rehaussé leurs ambitions comme convenu en 2021 à Glasgow – une trentaine a répondu présent et seul le Mexique s’est ajouté à la liste depuis le début de la COP27 – de lire le rapport du Global Carbon Project paru vendredi 11 novembre. Il illustre le fait que non seulement les émissions mondiales de CO2 continuent à progresser, mais selon qu'à ce rythme, la hausse de 1,5°C sera atteinte dans neuf ans à peine. Une prévision qui fait froid dans le dos, au regard des catastrophes observées au cours des derniers mois avec une hausse de "seulement" 1,1°C. Dans ce contexte, on pouvait espérer une prise de conscience générale des gouvernants de ce monde. Ils ont encore quatre jours pour y parvenir...

Des mécanismes de solidarité insuffisants

En matière de solidarité entre pays, si la France se targue d’avoir mis 6 milliards d’euros sur les 100 milliards de dollars (environ 96 milliards d'euros) attendus pour aider les pays les plus pauvres et les plus touchés par le dérèglement climatique, le compte n’y est toujours pas. Il n'est que de 83,3 milliards de dollars (un peu plus de 80 milliards d'euros) actuellement. Le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique en charge des négociations sur le climat, assure toutefois qu’elle «reviendra jeudi 17 novembre pour faire bouger les lignes et arriver à un accord ambitieux». Et notamment sur l'adaptation au changement climatique. «La France met 2,2 milliards d'euros sur ce sujet, ce qui représente près de 10% des financements mondiaux, donc un effort considérable», insiste le cabinet de la ministre.

La France s’est également engagée à verser 20 millions d'euros en 2023 sur le dispositif de pertes et dommages qui a été discuté dans le cadre du G7, et appelé bouclier mondial. Cette initiative allemande vise notamment à déployer des dispositifs assurantiels vis-à-vis des pertes et dommages pour les pays vulnérables. L’Allemagne, le Canada, le Danemark, les Etats-Unis, la France et l’Irlande contribuent ensemble à hauteur de 210 millions d’euros à ce bouclier. Le Bangladesh, le Costa Rica, les Fidji, le Ghana, le Pakistan, les Philippines et le Sénégal feront partie des premiers pays à en bénéficier.

L’Europe a aussi annoncé, mardi 15 novembre, qu’elle allait revoir à la hausse la baisse des émissions de gaz à effet de serre, au-dessus de l’objectif du Green Deal et du paquet Fit for 55, qui prévoit une baisse de 55% d’ici à 2030. Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, a annoncé que cette baisse pourrait être supérieure à 57%. Mais pour le reste, les avancées sont insuffisantes. Si la France milite, comme l’Europe, pour sécuriser la fourchette basse de l’accord de Paris (+1,5°C), le consensus paraît bien lointain.

Pour y arriver, il faudrait déjà que le pic des émissions mondiales soit atteint avant 2025. «Il y aura certainement une question sur le pic d’émissions», estime la délégation française, qui rappelle que l’Europe a atteint ce pic en 1990, les Etats-Unis en 2005, tout comme le Japon et le Canada. «Mais beaucoup de pays ne l’ont pas fait. Le plus important d’entre eux, c’est la Chine. Le pays n’a pas fait d'annonce à la COP27», reconnaît-on côté français.Pour rappel, la Chine avait indiqué qu'elle atteindrait en 2030 son pic et la neutralité carbone trente ans plus tard, en 2060, ce qui paraît bien tardif.

Le G20 comme moyen de dynamiser la COP27?

Certaines initiatives sont toutefois saluées, comme celle des 20 milliards de dollars de financement des pays riches (Etats-Unis, France, Canada, Royaume-Uni,…) pour permettre à l’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde avec 276 millions d’habitants, de sortir de sa dépendance au charbon et d’arriver à la neutralité carbone dix ans plus tôt que prévu. Elle a été annoncée à l’occasion du G20, qui se tient les 15 et 16 novembre à Bali.

Le groupe des pays les moins avancés dénonce en revanche un manque de leadership en Egypte, et d’ambition sur le sujet de l'atténuation. Certains espèrent que le G20 va permettre de secouer le cocotier de la COP27 et arriver à un accord ambitieux sur les pertes et dommages qui sont pour la première fois à l’agenda, sur les financements pour les pays les plus vulnérables et sur les ambitions relevées pour ne pas dépasser +1,5°C, alors que les trajectoires actuelles nous feraient atteindre une hausse de près de 2,4°C.

Pour atteindre cet objectif, il faut réduire très vite la consommation des énergies fossiles. Les pays du Sud, par la voix de Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, demandent une taxation supérieure à 10% des compagnies exploitant les énergies fossiles pour le financement climatique. Une bataille loin d’être gagnée face à l’armée de lobbyistes déployée à Charm el-Cheikh par les majors du pétrole et du gaz, dont les bénéfices se comptent en centaines de milliards d’euros…

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