Du 11 au 22 novembre 2024, se déroule la 29ème Conférence des parties (COP) à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. Un tel choix ne pouvait pas rester sans réaction. Mercredi 06 novembre, au Sénat, le sénateur écologiste Yannick Jadot a demandé à la ministre de la Transition écologique et à la délégation française de boycotter le rendez-vous dans le pays en raison de l’occupation du Haut-Karabagh.
«Quand un pays utilise une COP pour réprimer et pour vendre sa diplomatie pétrolière, votre responsabilité est de ne pas y participer. Nous vous demandons de boycotter, pour le climat pour les Arméniens et pour les droits humains.» Ce à quoi a répondu Agnès Pannier-Runacher : «Nous ne ferons pas la politique de la chaise vide, parce que c’est la politique de nos opposants. Ce serait laisser la place à ceux qui pourraient pousser un accord contre le climat, pour les énergies fossiles, contre l’Europe». Mais aucun dirigeant français ne participera au segment de haut niveau pour la première fois depuis l’Accord de Paris en 2015. Il s’agit du moment où les ministres des différents pays prononcent leurs discours. D’autre part, le président de la République ne participera pas non plus au sommet qui regroupe les chefs d’État et de gouvernement les 12 et 13 novembre.
L’Azerbaïdjan, un état pétrolier et autoritaire
«L’Azerbaïdjan n’a aucune expérience des négociations sur le climat, c’est un régime avec un bilan très mitigé sur les droits humains, regrette Mark Tuddenham, du Citepa, qui suit les COP depuis plus de deux décennies. Il existe une répression importante depuis plusieurs années contre les opposants et les journalistes. Des dizaines de personnes ont été emprisonnées.» Le climat qui entoure cet évènement ne sera sans doute pas très propice à des avancées importantes, «surtout que le sujet climatique baisse dans l’ordre des priorités avec les conflits et l’arrivée des gouvernements d’extrême droite opposés à toute avancée sur le sujet», poursuit Mark Tuddenham lors d’une rencontre avec quelques journalistes de l’Association des journalistes de l’environnement (AJE), le 30 octobre dernier.
Pourtant, la COP 29 doit parvenir à des accords pour avancer alors que les émissions de CO2 ont retrouvé en 2023 un niveau supérieur à celles d’avant Covid. La hausse des températures par rapport à l’ère préindustrielle devrait même atteindre +1,5°C, l’objectif de l’Accord de Paris qui parait dès lors inatteignable. Même la limite de +2°C semble hors d’atteinte, même si le pic des fossiles pourrait survenir avant 2030. Selon l’ONU, les politiques menées actuellement par les États nous conduit à +3,1°C et si les engagements sont réellement appliqués, la hausse serait tout de même de +2,6°C. D’où la nécessité de revoir les plans d’action climatiques des pays (NDC) à la hausse. Les nouveaux NDC devront être présentés lors de la COP 30 au Brésil en 2025. Selon l’Index Net Zero Economy du cabinet PwC, les États doivent baisser leurs émissions de gaz à effet de serre de 6,9% par an pour rester sous les +2°C…
Un financement qui doit être plus global
Les négociations pré-Cop sur les financements n’ont pas avancé. Un nouvel objectif doit être fixé et plus rapidement que celui des 100 milliards par an pour les pays en développement de 2009 qui n’a été atteint qu’en 2022. Il faudrait multiplier par dix l’objectif actuel, notamment pour l'adaptation au changement climatique. Pour cela, l’Europe et d’autres pays riches demandent que la Chine, deuxième puissance économique actuelle, et les pays du Golfe particulièrement aisés rejoignent le club des contributeurs. «La disparité des taux de décarbonation entre les pays développés et les pays en développement en 2023 met en évidence la nécessité d’un soutien financier plus important pour assurer une transition équitable», indique PwC, alors que les pays du G7 ont réduit leur intensité carbone de 5,3%, contre une stagnation des BRICS (+0,04). À la COP16 sur la biodiversité, le financement a bloqué les avancées.
Du côté du gouvernement Barnier, c’est une opération de communication qui est engagée à la veille du sommet de Bakou sur les efforts financiers entrepris à destination des pays en voie de développement. Ils s’élevaient à 7,2 milliards d’euros en 2023, dont 2,8 milliards dédiés à l’adaptation au changement climatique. Pour la troisième année consécutive, la France a dépassé l’objectif de 6 milliards d’euros par an sur la période 2021-2025 fixé par le président de la République en 2020.
Une date sur la sortie des fossiles totalement illusoire
Qu’est-ce qui pourrait avancer à Bakou ? L’article 6-2 de l’Accord de Paris pour échanger les crédits carbone n'est toujours pas appliqué. Il doit être supervisé par l’ONU, mais l’an dernier, il n’y avait pas eu de consensus pour un système qui pourrait favoriser le greenwashing. Pourtant, l'Union européenne a annoncé récemment investir 4,8 milliards d’euros issus des recettes générées par l’échange de quotas d’émission dans des projets innovants net-zéro. La sortie des énergies fossiles évoquée du bout des lèvres l’an passé à Dubaï, sans aucun objectif ni aucune date de sortie. Pas sûr que le contexte international privilégie des avancées sur ce sujet. La COP27, la COP28 et bientôt la COP29 ont été ou seront des demi-échecs voire de réels échecs. Faudra-t-il attendre 2025 et la COP30 au Brésil pour inverser la tendance. À moins d'une heureuse surprise !



