Analyse

La COP27 débouche sur un accord a minima qui épargne les énergies fossiles

L’accord signé à Charm El-Cheikh en Egypte, où s'est tenue la COP27, ne répond pas à l’urgence climatique. Aucune avancée significative n’a été enregistrée sur les engagements des Etats et le recul des énergies fossiles. Seule bonne nouvelle: le fonds pour les pertes et les dommages en direction des pays vulnérables.

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Malgré un prolongement des discussions, la COP27 n'a pas permis d'aboutir à des décisions majeures pour lutter contre le dérèglement climatique.

La déception de la France, et de l’Europe, est palpable après l’accord signé dimanche 20 novembre, au petit matin, en guise de clôture de la COP27 de Charm El-Cheikh en Egypte. «Nous regrettons le manque d’ambition sur les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a déclaré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, depuis la ville égyptienne, peu après la signature de l’accord. C’est une opportunité manquée.» La représentante du gouvernement a également déploré le manque de résultats sur la sortie des énergies fossiles.

Laurence Tubiana, négociatrice pour la CO21 à Paris, a considéré de son côté que «l'influence de l'industrie des combustibles fossiles a été constatée dans tous les domaines. Le texte ne mentionne pas l'élimination progressive des combustibles fossiles et fait peu référence à la science et à l'objectif de 1,5°C. La présidence égyptienne a produit un texte qui protège clairement les pétro-États et les industries des combustibles fossiles. Cette tendance ne peut se poursuivre aux Émirats arabes unis l'année prochaine.»

L’enjeu principal des +1,5°C a certes été maintenu dans l’accord. Mais il ne s’agit que d’une référence à cet objectif, et non d'une reconnaissance. Il n’y a aucune piste ni moyen pour y arriver, et surtout pas par le biais d'une réduction du recours aux énergies fossiles. Or, «nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant. Et c'est une question à laquelle cette COP n'a pas répondu», a regretté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. ONG et politiques, tout comme le gouvernement français, ont dénoncé la forte présence des lobbyistes du pétrole et du gaz. Ils étaient plus de 600, soit 25% de plus que lors de la dernière COP26 à Glasgow.

Pas d'engagements plus contraignants des Etats

Ronan Dantec, sénateur et président de l’association Climate Chance, se veut plus optimiste. «La présence renforcée des lobbies est plutôt rassurante sur les enjeux à venir. C’est la preuve qu’ils sont inquiets». Pour lui, «les pays pétroliers ne veulent pas aller plus vite», mais«nous avons probablement atteint le pic de la demande. Elle commence à baisser.» Le bilan de cette COP27 est jugé comme contrasté, mais le président de cette organisation internationale, qui rassemble tous les acteurs non-étatiques, n’est pas de cet avis. Il considère que «nous sommes dans un monde qui bouge, pas assez vite certes, car il est aussi retardé par la guerre en Ukraine, mais les négociations à la COP27 ne sont qu’une part des négociations». «Je trouve qu’il y a des dynamiques d’actions, de vrais projets émanant des entreprises, des citoyens et des collectivités locales», insiste toutefois Ronan Dantec.

S’il considère qu’il faut continuer à fixer le cap d'une hausse contenue des températures à +1,5°C, il reconnaît pour autant que cet objectif ne sera pas atteint. «C’est un secret de Polichinelle. Actuellement, nous sommes sur la trajectoire de +2,5°C, ce qui veut dire +4°C en France, mais la cible est de stabiliser le réchauffement climatique au plus près de +2°C pour ensuite redescendre avec des émissions nettes négatives, notamment en renforçant les puits de carbone.»

Il manque aussi des engagements rehaussés des pays pour baisser leurs émissions. A Glasgow, les contributions avaient été insuffisantes. A Charm El Cheikh, les progrès ont été faibles. Seuls quelques pays – le Mexique, l’Australie, la Turquie et l’Union européenne – ont réévalué leurs engagements. Pour l’Europe, passer de -55 à -57% paraît dérisoire, mais la barre était déjà haute par rapport aux grands pays. La Chine, la Russie et les Etats-Unis se sont fait porter pâles sur ce sujet. Concernant par ailleurs les entreprises, l’ONU est bien décidée à lutter contre le greenwashing. Elles devront répondre aux nouvelles règles de neutralité carbone définies par les Nations unies. Antonio Guterres évoque ainsi une «tolérance zéro pour l’écoblanchissement».

Soutien aux pays les plus vulnérables

La principale avancée de ce sommet égyptien concerne le fonds pour les pertes et les dommages. «Un rêve de la COP26 l'année dernière, est en bonne voie pour commencer à fonctionner en 2023, se félicite Laurence Tubiana. Il reste encore beaucoup de travail à faire sur les détails. Mais le principe est en place, et c'est un changement d'état d'esprit significatif alors que nous faisons face à un monde dans lequel les impacts climatiques causent des pertes profondes.»

Il reste à savoir qui va financer ce fonds, et quels seront les mécanismes. Quand on sait que les 100 milliards de dollars par an prévus depuis la COP21 pour les pays les plus pauvres et les plus touchés par le dérèglement climatique, ne sont toujours pas atteints, il faut modérer l’enthousiasme sur la décision prise. «La question est surtout de savoir si la Chine va accepter de financer, demande Ronan Dantec. Nous étions dans une COP de lancement de négociations, sur le partage des efforts pour le financement des pertes et dommages. Et il ne faut pas oublier la taxation du carbone aux frontières que veut imposer l’Europe qui va revenir fortement sur la table.»

En effet, l’Union européenne et les Etats-Unis veulent que la Chine et les Etats pétroliers contribuent davantage. Ces derniers sont partisans du statu quo. Le président Emmanuel Macron a d’ailleurs proposé un sommet à Paris avant la COP28 prévue à Dubaï pour arriver à un nouveau pacte financier avec les pays vulnérables, essentiellement les pays du Sud. Si personne n’attend grand-chose d’une prochaine COP28 qui aura lieu dans un Etat pétrolier, l’espoir se trouve plutôt dans la COP30, qui pourrait avoir lieu au Brésil et plus particulièrement en Amazonie. Tout un symbole.

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