Faut-il encore croire à un réchauffement climatique limité à +1,5°C ou même à +2°C ? Non seulement, les chances de le contenir à ce niveau sont de plus en plus minces, mais la limite pourrait être atteinte beaucoup plus vite que prévu, si tous les pays du monde ne prennent pas des décisions drastiques pour aller au plus vite vers la neutralité carbone. La COP27 qui se déroule actuellement à Charm el-Cheikh nous donnera une tendance sur la prise de conscience de nos gouvernants, mais aussi des compagnies pétrolières si promptes à faire du greenwashing et bien représentées en Egypte pour faire du lobbying. Selon les ONG, leurs émissaires n’ont jamais été aussi nombreux et le contingent le plus représenté vient des Emirats arabes unis qui organiseront… la COP28.
Le rapport 2022 sur les émissions de CO2 produit par le Global Carbon Project et son équipe internationale d’une centaine de scientifiques – et financé par la Fondation BNP Paribas - a rendu son verdict. Les émissions mondiales de CO2 devraient atteindre 40,6 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2) en 2022 avec une hausse de 1% par rapport à 2021 et tout près du record de 2019 qui était de 40,9 milliards de GtCO2. Et ce malgré la crise sanitaire qui avait provoqué une très forte baisse en 2020 (-5,2%).
Les températures en hausse de +2°C dès 2056
A ce rythme, prédit le rapport, il y a une forte probabilité (au moins 50 %) que les +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900) soient atteints dans neuf ans. Nous avons déjà consommé 2495 milliards de GtCO2 et il n’en reste plus que 380 milliards. Pour rester en deçà de +1,7°C, il resterait 18 ans et pour ne pas dépasser +2°C, 34 ans. «La hausse des émissions en 2022 est liée à une forte augmentation de l’utilisation du pétrole, notamment avec le rebond de l’aviation internationale, analyse Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement. La hausse des émissions de CO2 du pétrole atteint +2,2%, contre +1% pour le charbon et +0,2% pour le gaz, alors que celles du ciment baissent de 1,7%, essentiellement en raison de la crise immobilière en Chine. »
Si l’on regarde l’analyse pays par pays, on constate que la plus forte hausse provient de l’Inde (+6%), alors que les émissions de CO2 poursuivent leur progression aux Etats-Unis (+1,5%), et qu’elles sont en baisse dans l’Union européenne (-0,8%) et en Chine (-0,9%), un situation dans ce pays liée aux confinements et au ralentissement économique. Dans l’ensemble des autres pays la croissance est en moyenne de +1,7%.
Baisser les émissions de CO2 de 1,4 GtCO2 chaque année
Les 40,6 milliards de tonnes de CO2 sont essentiellement d’origine fossile (36,6 GtCO2), alors que les émissions liées au changement d’usage des terres (comme la déforestation) devraient atteindre 3,9 GtCO2 en 2022. C’est un véritable danger, car comme le rappelle le Global Carbon Project, « les écosystèmes terrestres et les océans, qui absorbent et stockent le carbone, continuent d'absorber environ la moitié des émissions de CO2. Toutefois, le changement climatique a réduit l'absorption de CO2 par les puits océaniques et terrestres d'environ 4 % et 17 %, respectivement, au cours de la décennie 2012-2021. »
En fait pour atteindre l’objectif d’une majorité de pays du «zéro émission» en 2050, il faudrait que les émissions de CO2 baissent de 1,4 GtCO2 chaque année, soit «un chiffre comparable à la baisse observée des émissions en 2020 en raison des confinements du Covid-19».
Si des progrès ont été enregistrés au cours de la dernière décennie avec une hausse moyenne annuelle de +0,5% contre +3% durant la décennie précédente, il faudra changer de braquet. « Atteindre les objectifs ne sera possible qu’en réduisant drastiquement notre consommation énergétique », plaide Philippe Ciais. Quand on sait que la Chine produit aux trois-quarts son électricité avec du charbon, la bataille n’est pas gagnée.
Le Covid-19 permet à la France de tenir ses objecitfs
Plus près de chez nous, l’Union européenne est « sur la bonne trajectoire avec le Green deal et ses objectifs de baisse des émissions de 55%, assure Jean-Pierre Chang, directeur adjoint du Citepa, organisme engagé dans la transition écologique qui assure également le comptage des émissions de CO2 pour le ministère de la Transition écologique. En France, nous sommes sur la bonne dynamique pour atteindre la neutralité carbone en 2050 grâce à la crise sanitaire. Nous avons respecté les objectifs de la SNBC (stratégie nationale bas carbone) pour les années 2019-2021, mais grâce au Covid-19. D’ici à 2030, il faudrait maintenant atteindre une baisse annuelle de -3 à -4%.» Or le Citeba indique que pour le premier trimestre 2022, la baisse est restée mesurée à -0,6%.
Si le résidentiel et le tertiaire apparaissent comme les bons élèves (-13%), c’est essentiellement lié au climat. L’industrie manufacturière a vu ses émissions reculer de 5% à l’inverse des transports (+7%) et de l’industrie de l’énergie (+8%). Et les scientifiques s’inquiètent des conséquences du réchauffement climatique en France quand les Français encore peu équipés vont se ruer sur les climatisations. Aux Etats-Unis, la hausse des émissions est liée à une forte consommation des énergies fossiles, mais aussi aux fortes chaleurs qui ont engendré une sur-utilisation des climatiseurs.



