Les financements, l'enjeu au coeur de la 16e COP sur la biodiversité à Cali

Souvent présentée comme une COP de transition après l’accord de Kunming-Montréal en 2022, la COP 16 doit valider les engagements des Etats et, surtout, les financements.

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La COP 16 sur la biodiversité se déroule à Cali en Colombie à partir du 21 octobre.

Place à l'action. A Cali (Colombie), s'ouvre le 21 octobre la 16ème conférence des parties (COP 16) à la convention des Nations Unies sur la biodiversité. Après les avancées enregistrées lors de la précédente COP, qui se tenait à Montréal (Canada) sous présidence chinoise, il convient d’avancer sur sa mise en œuvre. Des chefs d'Etats sont attendus à ce sommet, qui dure jusqu'au 1er novembre. 

«Je me réjouis de l’intérêt pour la COP 16», admet Sébastien Treyer, directeur général de l’Iddri (l'Institut du développement durable et des relations internationales). De son côté, l’association Climate Chance, semble moins optimiste. «On a l’impression d’un peu de surplace après Montréal où les avancées étaient réelles, s’inquiète Ronan Dantec, sénateur (Ensemble sur nos territoires) et président de Climate Chance. C’est une COP qui s’annonce comme assez attentiste, et c’est la même chose pour la COP29 sur le climat à Bakou. On bute sur les financements. De plus, une part importante de la biodiversité est dans le Sud. Et certains pays, en Afrique notamment, insistent sur le fait qu’ils veulent d’abord exploiter leurs minerais, leur pétrole...»

23 pays ont une stratégie réelle pour la biodiversité

La précédente COP sur la biodiversité avait abouti à l’adoption du Cadre mondial pour la biodiversité (CMB) de Kunming-Montréal avec la volonté de protéger 30% de la planète et 30% des écosystèmes, mais aussi les population autochtones, et accroître le financement des pays en développement d’ici à 2030. «Certes, cela progresse sur un rythme insuffisant, mais le cadre est ambitieux, prévient Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Maintenant, il faut faire le point sur sa mise en œuvre. On observe une dynamique.»

31 pays ont décliné le cadre mondial en stratégie nationale, dont la France, le Canada, l’Espagne le Japon, l’Italie, la Chine, et quelques pays du sud comme la Malaisie, le Mexique et l’Indonésie. Comme pour le climat, les Etats-Unis n’ont pas ratifié la convention, préférant le rôle d'observateur. Une centaine pays ont fixé des cibles dans toute la stratégie et le calendrier des actions.

«La COP 16 doit analyser l’ambition des Etats à mettre en place les stratégies pour appliquer les accords sur la restauration de la biodiversité en prévision de la COP 17, qui sera très importante, avec un examen global, prévient Juliette Landry, chercheuse, spécialiste de la gouvernance internationale de la biodiversité à l’Iddri, qui rappelle également l’importance du sujet des ressources génétiques pour la recherche contre le cancer ou les cosmétiques, par exemple.

«Les pays en développement veulent un mécanisme pour redistribuer les revenus. Les négociations durent depuis six ans. De tous temps, les industriels du Nord se sont servis dans le sud pour les ressources, dénonce l’Iddri. Comment accompagner les chercheurs des pays en développement ?»

Les financements se font attendre

«Les pays s’approprient les objectifs. Chaque jour le compteur monte, c’est bien, mais cela reste insuffisant, tempère Sébastien Moncorps. Il reste six ans pour atteindre les objectifs et s’atteler à la mise en œuvre. Il faut arrêter au plus vite cette érosion de la biodiversité et ensuite enclencher la reconquête. Les mesures mis en œuvre ne vont pas avoir de résultats immédiats. Quelques progrès sont à noter depuis ce cadre mondial, comme l’adoption au mois d’août dernier du règlement européen sur la restauration de la nature, où il est stipulé la restauration de 30% des espaces en biodiversité d’ici à 2030. Actuellement, on est encore à 17,5% d’espaces protégées terrestres et 8,5% pour la mer.»

L’urgence est d'inverser la tendance, pour arrêter la disparition de la biodiversité. Et l’enjeu financier est essentiel. A la COP 15, les Etats se sont engagés sur un financement direct de 200 milliards de dollars par an. Le Paulson Institue estime à 712 milliards de dollars par an les besoins pour inverser le déclin de la biodiversité d’ici à 2030. L’argent est une nouvelle fois le nerf de la guerre. Ronan Dantec milite pour «des crédits carbone à haute valeur biodiversité, avec des cadres qui permettent de valider des financements».

En dehors des financements, reste à mobiliser la société civile et les entreprises. Dès l’an prochain, les grandes entreprises devront publier leurs impacts sur la disparition de la biodiversité et les actions qu’elles entendent mener pour corriger ces destructions. Et pour recréer de la biodiversité, la nature doit aussi être au centre des solutions. «Un des points où on va avancer, ce sont les solutions basées sur la nature, note Ronan Dantec. Il y a des choses qui avancent, et sont bien documentées, comme les mangroves contre les submersions. Ces solutions ont un impact sur l’adaptation au changement climatique et on enregistre de vrais progrès.»

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