Le climat méditerranéen à Paris et andalou à Marseille... La France se prépare à vivre à +4°C en 2100

Le gouvernement dévoilera le nouveau plan d’adaptation au changement climatique l’été prochain, mais Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, a organisé une matinée de prises de paroles pour sensibiliser toute la société française.

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La france s'adappte aux +4°C
Dans le cadre prestigieux du Museum d'histoire naturelle, scientifiques, élus, chefs d'entreprises et Christophe Béchu ont débattu sur l'adaptation à +4°C.

Plus personne ne croit au +1,5°C et si ce n’est pas une raison pour baisser les bras dans la lutte pour le réchauffement climatique, il faut surtout se préparer à vivre avec une hausse des températures qui au rythme actuel aura augmenté en France de +4°C en 2100. Le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu a réuni, mardi 23 janvier 2024, dans le cadre prestigieux du Museum d’histoire naturelle, scientifiques, élus et chef d’entreprise sur le thème de «la France s’adapte – Vivre à +4°C» alors que le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC- 3) sera mis en consultation en février. «Nous sommes très au-dessus des +1,5°C, a rappelé le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Nous avons été le premier pays à nous doter d’une planification écologique.» Il a rappelé que cette année 2024  sera «celle de l’adaptation.» Et il avait évoqué récemment «la sortie du déni».

Des températures andalouses en 2100

«La trajectoire actuelle est entre +2,8 et +3,2°C si tous les pays respectent leurs engagements ce qui n’est pas gagné, rappelle Arthur Auboeuf, cofondateur de Team for the planet, holding qui investit dans la lutte contre le changement climatique. Or +3,2 °C est une moyenne sur la planète. Les continents se réchauffent plus vite que les océans.» Les projections en 2100 donnent les températures moyennes de Montpellier à Paris, et celle de Séville à Marseille. Les températures vont augmenter davantage en Europe. En France, elles ont déjà augmenté de +1,7°C et atteindront les +4°C. Moins cela semble impossible, comme l’explique Jean-Marc Jancovici, Président du Shift Project et associé chez Carbone 4 : « les +1,5°C sont morts à moins d’une guerre nucléaire ou d’une pandémie qui décime une grande partie de la population mondiale. Il faudrait une baisse des émissions mondiales de -8% par an […]». Le sénateur écologiste Ronan Dantec préfère voir la face positive en évoquant «les dynamiques politiques mondiales sont en train de stabiliser le climat», même si c’est à un niveau beaucoup trop élevé.

Moins d’eau, moins d’électricité

La glaciologue Heidi Sevestre rappelle, quant à elle, que «l’humain n’a jamais connu une planète sans glace. Or les glaciers permettent de stabiliser une partie du climat et forment d’importants châteaux d’eau. Dans les Pyrénées tous les glaciers sont en train de disparaître et 30 à 50% d’entre eux auront disparu en 2050 dans les Alpes. C’est moins d’eau pour produire de l’hydroélectricité et l’aéroport de Nice avec les pieds dans l’eau. Tout le monde doit comprendre ce qui se passe». L’adaptation c’est aussi prévoir et notamment sur les infrastructures de transport. Arthur Auboeuf évoque 50 % des infrastructures ferroviaires et 75% du réseau routier qui seront exposés à un risque fort.

Former à l’adaptation

Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut former la population à l’adaptation. Pour Benoit Leguet, directeur général de I’I4CE (Institut de l’économie pour le climat), «la bonne nouvelle est que les acteurs économiques mènent des actions pour l’adaptation, mais le plus souvent ils le font en réaction. Ils font de la maintenance. Il n’y a pas beaucoup d’anticipation.»  Heidi Sevestre, membre du Programme de surveillance et d’évaluation de l’Arctique rebondit sur l’éducation. «Il faut éduquer face aux fausses solutions comme la géo-ingénierie. La COP 28 était le championnat du monde de la géo-ingénierie financée par les gros lobbies des énergies fossiles.» Tout le monde demande le développement des connaissances et des compétences, «angle mort des gouvernements. Cela fait dix ans qu’on a besoin de 200 000 à 300 000 personnes en plus dans le bâtiment», rappelle Jean-Marc Jancovici.

50 mesures attendues à l’été

La patronne de Veolia, Estelle Brachlianoff a insisté sur les conséquences du dérèglement climatique qui touche l’eau et la nécessité de transformer les législations. «Il y a eu un avant et un après été 2022. Le gens se sont dits, même en France on peut manquer d’eau. D’où l’importance d’aller chercher l’expérience dans les pays qui ont connu cette situation avant nous. Dans atténuation, il n’y a pas juste à attendre les crises, il faut agir vite. Comment faire pour aller plus vite ? A ce stade ce n’est pas l’argent qui manque, on sait où en trouver. Il faut que les codes des marchés publics évoluent. Aujourd’hui, 99 % des contrats de gestion de l’eau sont payés sur les volumes», regrette la PDG de Veolia.

Christophe Béchu a conclu cette matinée en rappelant qu‘on ne peut pas «s’abriter derrière le fait que les autres n’en font pas assez comme pour le réchauffement climatique. […]Il faut qu'on arrête de penser que les problèmes du climat, c'est le problème de la COP et du bout du monde. C'est notre problème à tous. Tout de suite et pour les années qui viennent». Et devant la presse, il a précisé que «le plan a vocation pour déboucher sur 50 mesures concrètes. On va bouger les réglementations, les droits du travail les législations.» Il est attendu à l’été.

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