La France ne tire pas autant de valeur qu’elle le pourrait du recyclage des grands métaux. Pour les industriels, c'est l’une des conclusions à retenir du bilan annuel de l’Ademe sur le recyclage en France, publié mercredi 13 mars et enrichi, pour l'occasion, d’un rapport spécial portant sur le potentiel des gisements d’acier, d’aluminium et de cuivre dans l’Hexagone.
«Ce sont des filières qui sont cruciales, à la fois pour accompagner la transition écologique et énergétique de la France mais aussi pour continuer à fabriquer les produits de grande consommation», a justifié Hélène Bortoli Puig, cheffe du service écoconception et recyclage à l’Ademe lors d’une conférence de presse. Le recyclage permet de diminuer la pression minière et d’améliorer l’empreinte carbone des métaux, alors que les besoins de cuivre, d’aluminium et de ferraille en France vont augmenter d’ici 2030 anticipe l’Ademe. Des constats éloquents lorsque l'on sait que la France est un exportateur net de métaux usagés, et en 2019, a envoyé à l’étranger l’équivalent de 45% de l’acier, 47% de l’aluminium et 100% du cuivre qu’elle a collecté !
La décarbonation d’acier dope les besoins en ferraille
«La demande en matières premières de recyclage des filières métallurgiques françaises est nettement inférieure à l'offre disponible», expliquent les experts de l’Ademe. Ce n'est pas qu'une question de capacités : en France comme à l’étranger, les mélanges de métaux en fin de vie sont peu uniformes et contiennent des impuretés qui conduisent souvent à les réutiliser dans des applications moins exigeantes qu'initialement. «La majorité des métaux issus des produits en fin de vie sont recyclés (donc collectés, préparés et réincorportés dans un nouveau cycle de production), le recyclage des grands métaux n’est néanmoins pas optimal et les technologies actuelles conduisent souvent au recyclage en boucle ouverte, qui dégrade la matières première car on la réutilise dans un usage moins noble que ce qu’il était au départ», détaille Hélène Bortoli Puig qui note que de nouvelles technologies et pratiques de tri peuvent changer la donne.
Derrière ce constat commun, chaque matériau a sa propre histoire. Du côté de l’acier par exemple, la demande globale devrait rester stable. Par contre, «le besoin en ferraille va croître avec la décarbonation des haut-fourneaux qui vont vers des technologies de fours à arc électrique», pointe l’experte de l’Ademe. Alors que les premiers utilisent du minerai de fer avec du charbon et ne peuvent incorporer qu’un taux réduit d’acier en fin de vie (autour de 15% aujourd’hui et jusqu’à 25% en théorie), les seconds peuvent utiliser du fer dit “préréduit” et surtout davantage de ferraille ! Or, si la collecte atteint 90%, «l’incorporation est en baisse, limitée par la disponibilité en matières premières de recyclage avec peu d’impureté et la baisse de la disponibilité en chutes neuves», résume Hélène Bortoli Puig.

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Sur les 9500 tonnes de ferraille issues de pièces en fin de vie (qui peuvent contenir du cuivre, du plomb, de la peinture...) disponibles, seuls 4500 ont été incorporées en France, note l’Ademe qui pointe que la France exporte beaucoup (7100 tonnes en 2021) et importe très peu de déchets d’acier par rapport à ses voisins européens. Une dynamique qu'il faudrait inverser, ce qui suppose aussi de mettre en place de nouvelles installations de stockage des déchets non dangereux (tels les résidus de broyage), aujourd'hui saturées.
L’aluminium, dont la demande augmente, fait face à des enjeux similaires. Une partie du gisement, composé notamment de chutes de production ou de cannettes, est déjà bien recyclé pour produire à qualité égale (même si les canettes françaises, par exemple, sont en général trop mal triées, au point que les recycleurs font venir des ballots de canettes d’autres pays). Mais d’autres déchets, ceux collectés de manière moins homogène et qui comportent le plus d’impuretés, sont réutilisés en fonderie ou exportés pour produire des pièces à plus faible valeur ajoutée. Là encore, la France exporte bien plus de déchets d’aluminium (560 000 tonnes) qu’elle n’en importe (220 000 tonnes). Selon l’Ademe, au moins 260 000 tonnes d’aluminium supplémentaires pourraient être recyclés en France !
Zero usine d’affinage de cuivre en France
«Dans l’automobile nous fonctionnons aujourd’hui en boucle ouverte : nous produisons de l’aluminium pour carrosseries puis, au bout de 15 ans on se retrouve avec un véhicule hors d’usage dont la filière de recyclage sait extraire l’essentiel de l’aluminium, mais ce dernier est décyclé et sert à refaire autre chose, comme des blocs moteurs et d’autres produits moulés, ou il faut bien le dire, est exporté vers l’Asie», témoigne Olivier Rebuffet, en charge de la R&D pour l’automobile chez le producteur de produits semi-finis en aluminium Constellium. Une situation insatisfaisante alors «l’aluminium recyclé émet 20 fois moins de CO2 que l’aluminium primaire». Pour changer la donne, plusieurs projets émergent à l’instar de l’initiative “Close the Loop”, lancée il y a peu par Constellium (aux côtés de Galloo, MTB et Indra) pour recycler l’aluminium des carrosseries automobiles via une ségrégation en amont et de meilleurs technologies de tri.
Le cuivre, enfin, fait face à une situation particulière. Parmi les trois métaux étudiés, c’est le seul qui peut, en théorie, être purifié des impuretés qu'il contient lors du recyclage. Une opération nommée affinage. Mais aucun industriel en France ne dispose de ce type de capacités (deux petits projets, portés par Sanou Koura et WeeeCycling, sont en cours de développement pour les déchets électriques et électroniques) et seuls quelques recycleurs sont positionnés sur la fonderie (qui utilise des déchets avec un faible taux d’impuretés, tels les chutes de production). Un manque criant alors que le métal rouge forme le squelette de nos infrastructures électriques et que les besoins augmentent. La France est un très gros exportateur de cuivre usagé avec plus de 340 000 tonnes en 2021 note l’Ademe qui écrit que «l’industrie [du recyclage du cuivre est] distancée par ses voisins et par certains pays en développement (Chine, Inde, etc.)».
De là à pousser pour l’établissement de nouvelles usines d’affinage ? «Un groupe de travail sur le cuivre a été mis en place dans le cadre de l’Ofremi pour regarder tous les équipements, notamment d’affinage qui existent autour de la France», répond Olga Kergaravat, coordinatrice scientifique et technique à l’Ademe et spécialiste des métaux. Elle pointe que des usines du type, très onéreuses, sont déjà en place en Allemagne (Aurubis), en Belgique (Umicore) ou en Espagne (Atlantic Copper). Avant toute décision, «il faut donc une reflexion très approfondie sur les gisements qui sont disponibles et pas uniquement en se focalisant sur la France mais aussi sur l’Europe», préconise-t-elle.
En règle générale l’Ademe pointe néanmoins que les gisements de déchets métalliques devraient être conservés en France pour être recyclés au sein de nouveaux produits. Une décision qui aiderait à baisser l’empreinte carbone tout en améliorant la sécurité d'approvisionnement en métaux de l'industrie tricolore, mais qui doit être encouragée. Par exemple par des mécanismes de soutien à l’émergence de nouvelles technologies de tri ou par l'établissement d'un label "contenu recyclé".



