Voici une profession dont le moral est au beau fixe. La fédération professionnelle du recyclage (Federec) a publié mardi 12 octobre les résultats des différentes filières en 2020, à l’occasion du salon Pollutec, qui renaît après une parenthèse malheureuse liée à la crise sanitaire. Pour une année 2020 marquée par deux confinements, la situation aurait pu être bien pire.
Sur le front de l’emploi, les effectifs ont très légèrement progressé (+0,7%) avec 31 000 personnes. « C’est grâce aux aides du gouvernement et au fait que l’exécutif ait reconnu le secteur comme activité essentielle », s’est félicité Manuel Burnand, directeur général de Federec. « Nous trions pour valoriser, donc nous avons besoin de nouvelles filières. Les 500 millions d’euros du plan de relance 2020 ont été une bonne nouvelle », a ajouté Francois Excoffier, président de Federec.
Investissements toujours importants
Sur les tonnages, la baisse d’activité a été limitée à -4,7%. Mais la décroissance est plus forte si on exclut le BTP (-6,8%). Le chiffre d’affaires de l’ensemble du secteur a reculé de 10,7%, à 7,6 milliards d’euros, et les investissements de 7%, même s’ils restent à un niveau élevé de 531 millions d’euros. 42% des dépenses concernent les machines de tri et 27% le matériel de collecte. Des chiffres qui démontrent que la profession continue à se moderniser.
41,5 millions de tonnes, sur les 72,5 millions de tonnes de déchets collectées, proviennent du BTP. Si les métaux sont recyclés à 90%, le bois à 41%, le plâtre est à la traîne (16%). D’où l’importance de la filière à responsabilité élargie des producteurs (REP) pour le BTP, notamment « pour lutter contre les décharges sauvages et mieux localiser l’amiante », remarque Manuel Burnand.
Inquiétudes pour les déchets métalliques
Par secteur, on note une forte baisse de la collecte dans les textiles (-18,1%), les métaux ferreux (-9%) et non-ferreux (-11,3%), alors qu’elle était limitée dans le verre (-4,2%) et les plastiques (-4%). En dehors des déchets du bâtiment, les métaux ferreux, le bois et les papiers cartons contribuent le plus aux tonnages collectés.
Sur les métaux non-ferreux, la baisse de -9% s’explique par la fermeture des sites pendant le premier confinement, période durant laquelle l’activité a reculé de 80%. Mais la fin d’année a été meilleure. Les cours des ferrailles remontent depuis décembre 2020 et ont doublé en 2021.
La profession craint cependant une éventuelle interdiction des exportations de déchets métalliques hors de l’Union européenne. « Les métaux ne sont pas des déchets. Commençons d’abord par relocaliser nos usines », insiste Marie-Pierre Mescam, présidente de Federec métal. La fédération craint une chute des prix des matières premières issues du recyclage en Europe avec une telle mesure.
Le verre plat décolle
Sur le verre, « la demande de calcin diminue régulièrement, essentiellement en raison de la baisse de la demande du secteur viticole, explique-t-on chez Federec. Il y a eu une baisse des exportations avec le Covid-19 et la concurrence du cubi carton s’est amplifiée. A l’inverse, la filière du verre plat de déconstruction décolle (+21%) ». Les volumes du secteur ont progressé de +4,2%.
La baisse observée dans le papier-carton (-6,4%) est essentiellement liée à la chute de la demande sur le papier (-20%), alors que le carton est resté quasiment stable (-0,5%) notamment grâce au développement du e-commerce. Pour 2021, les perspectives sont bien meilleures avec des stocks de carton au plus bas.
Explosion des prix de l’énergie
Les professionnels du recyclage espèrent que la crise actuelle dans l’énergie, avec une très forte augmentation des prix du pétrole et du gaz vont permettre à la filière des Combustibles solides de récupération (CSR) de trouver sa place.
« Les projets ne trouvent pas leur équilibre économique notamment avec le coût du gaz, regrette Jean-Pierre Luthringer, président de Valordec, une des douze filières de Federec. La production de CSR a progressé de 4%. Mais atteindre les objectifs de consommation de 2,5 millions de tonnes d’ici à 2025, alors que nous ne sommes qu’à 359 000 tonnes aujourd’hui, semble inatteignable. »
Participation à la filière VHU
Pour cette année, Federec pronostique déjà « une année record ». Dans un tel contexte, le monde du recyclage ne voudrait pas que de nouvelles règles entravent cette dynamique. « Nous sommes pour des REP financières qui ne réforment pas dangereusement notre secteur », prévient François Excoffier. Federec, qui participera à la future REP sur les véhicules hors d'usage (VHU), souhaite notamment qu’elle « se rapproche le plus possible de la REP existante », selon son président.
Et de rappeler la contribution de la filière à la lutte contre le réchauffement climatique. Selon Federec, ses activités ont permis d’éviter la production de 19,6 Mt CO2, soit 16% des émissions annuelles du transport, grâce à la production de matière vierge évitée. Les économies d’énergie réalisées correspondent à la production de 14 réacteurs nucléaires.



