Au milieu des pins, à Saint-Perdon dans les Landes, se cache l’unité de traitement de Cyclergie Marsan, qui appartient au Sitcom, le syndicat mixte qui gère la collecte et le traitement des déchets des 81 communes du Marsan et ses 88 000 habitants. Ce site, exploité depuis sa création en 1995 par Dalkia Wastenergy, filiale à 100 % de Dalkia (groupe EDF), réceptionne, traite et valorise chaque année quelque 22 500 tonnes d’ordures ménagères et de déchets.
Dans la zone de déchargement, un opérateur écarte les plus gros déchets qui n’ont rien de ménager. Des roues de voiture, des bonbonnes de gaz vides, du verre… Le reste « alimente un tube [une installation de tri mécano biologique – TMB] pour une phase de pré-fermentation qui dure trois à cinq jours, explique Gauthier Spagnoli, le directeur d’exploitation du site. Les morceaux de verre et autres éléments qui ne devraient pas être là sont séparés, pour ne garder que la matière organique biodégradée en compost ».
Le tri passe par plusieurs phases : crible, ventilation, séparateurs densimétriques, électroaimants… Les déchets organiques entrent ensuite en phase de maturation et de fermentation, pour produire un compost normé qui intéresse les agriculteurs. Au total, ce sont 8 000 tonnes de compost qui, après avoir quitté les énormes tubes serpentant entre les bâtiments, finissent leur fermentation dans un vaste hangar pendant trois jours à 55 °C. « Ce sont les bactéries qui chauffent. »
Valorisation énergétique

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Mais que faire des 8 000 autres tonnes de déchets non fermentescibles et catégorisés en refus de tri ? L’objectif de Dalkia Wastenergy est de développer la filière des combustibles solides de récupération (CSR), utilisés dans les cimenteries comme combustible de substitution aux énergies fossiles, en partenariat avec le groupe Pena. Mais pour produire du CSR, il faut des déchets relativement secs, or ceux qui sortent du TMB sont trop humides. Alors que seules 2 000 tonnes étaient destinées à l’usage des CSR, il a fallu mettre en place un système de ventilation innovant pour valoriser les 6 000 tonnes restantes de ces refus.
Ici, c’est Cogen’Air, la solution thermovoltaïque développée par Base – une société implantée à Pessac (Gironde) qui conçoit des séchoirs –, qui a été choisie. Depuis février 2021, le toit d’un nouveau bâtiment a été recouvert de 126 panneaux photovoltaïques qui produisent à la fois de l’air chaud et de l’énergie pour faire fonctionner d’énormes ventilateurs. Ces derniers sèchent ces déchets pour abaisser le taux d’humidité, de 25 à 35 % selon les saisons à 18 % pour répondre aux exigences des cimenteries. La puissance thermique est de 744 W et la puissance électrique de 300 Wc.
Pascal Guittet Les 126 panneaux alimentent en électricité d’énormes ventilateurs qui vont sécher les déchets (photo : Pascal Guittet).
« Avec Dalkia, c’est la première application pour les CSR, confie Céline de Ambroggi, la directrice du pôle ingénierie de Base. Les panneaux solaires ont un taux de rendement supérieur à 60 %, alors que les panneaux habituels ne dépassent pas 15 %. Ils sont refroidis, ce qui augmente leur rendement électrique. » Le séchoir est équipé d’un système de régulation intelligente et d’une commande à distance. Aspiré au faîtage du bâtiment, l’air passe sous la centrale thermovoltaïque, où il se réchauffe de 5 à 15 °C selon l’ensoleillement. En hiver, les panneaux fournissent 30 % de l’énergie nécessaire et 50 % en été.
La France en retard dans la production de CSR
Si Cogen’Air permet d’éviter l’enfouissement des déchets, il réduit également le poids des refus. Après séchage, ces 6 000 tonnes ont perdu 820 tonnes, diminuant d’autant les besoins en transport pour les acheminer chez Pena, qui se charge de leur transformation finale en CSR. Dans les prochaines semaines, Dalkia espère intégrer les petits plastiques des déchets ménagers, pour accroître la quantité de déchets valorisés en CSR de 2 000 à 3 000 tonnes.
Ce ne sera pas de trop, sachant que la France est en retard dans la production de CSR. « Cette filière a du mal à émerger. Or, au regard de la loi sur la transition énergétique de 2015, il faudra diviser par deux l’enfouissement en 2025 par rapport à 2010, rappelle Olivier Menu, le directeur commercial et du développement chez Dalkia Wastenergy. Qui mieux que les collectivités locales peut avancer sur ce sujet ? »



