«On est parti du constat que 13% du gaspillage alimentaire provient du pain tandis que de l’autre côté, 16% des Français ne mangent pas à leur faim selon une étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de Vie)», explique Jonas Caillet, étudiant en dernière année des Arts et Métiers. Entouré de 30 étudiants ingénieurs des Arts et Métiers ParisTech - École Nationale Supérieure d'Arts et Métiers de Cluny, il a imaginé le dispositif Flourbox qui transforme le pain industriel impropre à la vente. L'objectif est de le mettre à disposition des personnes rencontrant des difficultés pour s’alimenter. «Chaque jour, 3 % de la production sont jetés pour défaut de forme ou de poids», complète l’étudiant. Pour une boulangerie industrielle, cela peut représenter jusqu’à deux tonnes par jour et 400 kilos pour une boulangerie semi-industrielle.
Concrètement, réunis au sein de l’association le Blé du cœur, les étudiants ont construit une micro-usine conteneurisée connectée et autonome. «On place la baguette à l’entrée, il est ensuite tranché, séché, broyé en deux étapes, ensaché automatiquement et contrôlé. Un convoyeur assure le transport entre les étapes», détaille Jonas Caillet. Le conteneur revalorise environ 300 kilos par heure et produit une alternative solidaire à la farine avec une granulométrie qui se situe entre la farine et la chapelure. «Le conteneur assure le relevé en temps réel de la température et de l’humidité pour adapter la production en fonction de ces paramètres.» Le produit final se destine à se substituer à la farine classique.
L’association donne la moitié de cette farine à la banque alimentaire. «Une tonne de farine de pain équivaut à 8 000 portions de 200 grammes de pâtes soit autant de repas», explique Jonas Caillet. L’autre moitié se destine à la vente via la grande distribution. «Les produits de la vente servent à financer le projet et à assurer la maintenance.» Les étudiants espèrent déployer le conteneur début 2026 et portent l’ambition de créer l’agence française de revalorisation des invendus de pain afin de piloter une filière nationale autofinancée grâce à la revente à prix solidaire de la moitié de production de farine.
Un soutien industriel indispensable
L’industriel agro-alimentaire Poulaillon, 110 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1100 salariés répartis sur quatre sites et 55 succursales, a accepté d’expérimenter Flourbox dans son usine de Saint-Vit (Doubs) qui produit 10 tonnes de pain industriel chaque jour. «Nous savons gérer les invendus de nos magasins mais sur notre site industriel, chaque jour nous avons 350 kilos de produit non conforme. Nous donnons ponctuellement ces délaissés aux éleveurs qui le demandent et le reste par à la méthanisation», souligne Magali Poulaillon, directrice générale déléguée du groupe Poulaillon.
Cette démarche coûte 18 euros par bac de 660 litres à l’industrielle. «A terme, nous pourrons traiter 100% des déchets pour en faire une préparation qui peut être utilisée en cuisine pour faire des cakes, des cookies, des crêpes ou en chapelure» complète l’industrielle. Attirée d’abord par la solution qui répond «au casse-tête du traitement des déchets», Magali Poulaillon a également été séduite par la motivation des étudiants auxquels elle a voulu donner un coup de pouce ainsi que par la possibilité de réduire son bilan carbone en traitant les déchets et par la dimension sociale de Flourbox. «Ce projet a un coût, demande un peu de temps à nos équipes, notamment sur le packaging, mais il est évident qu’il y a d’importants débouchés possibles chez d’autres industriels.» La directrice générale déléguée envisage d’ailleurs d’installer le conteneur dans sa version définitive sur son site de Wittelsheim (Haut-Rhin) qui produit 30 tonnes de pain industriel par jour.



