Transformer les feuilles tombées des arbres en feuilles de papier-carton, c’est le défi relevé par la start-up industrielle Releaf paper. «Beaucoup ont essayé, ils se sont tous cassés les dents », assure Bertrand Chevalier, directeur des opérations. Installée aux Mureaux (Yvelines), l’entreprise est à l’origine d’une innovation de rupture rendue possible par Valentyn Frechka, l’un de ses deux co-fondateurs. «C’est le seul à avoir trouvé la bonne alternative pour obtenir un ratio de transformation intéressant et la bonne qualité de fibres», affirme Bertrand Chevalier. Aujourd’hui âgé de 24 ans, le jeune entrepreneur est arrivé d’Ukraine en 2022 juste après le début du conflit avec la Russie. Son projet s’est concrétisé dans l’hexagone quelques mois plus tard. À l’origine, un brevet déposé en 2018, et une aide européenne de 2,5 millions d’euros obtenue dans le cadre du programme EIC accelarator dédié aux projets innovant.
Uber Eats, L’Oréal, BNP Paribas… pionniers du papier carton en feuilles d’arbre
Sur le site de 2000 m², une petite dizaine de personnes, transforment des feuilles ramassées dans les villes alentours. Après différentes étapes, il en résultera des grains de semoule qui serviront d’ingrédient à la formulation papetière. Avec une légère teinte dans la masse rappelant la couleur du kraft, le produit, sert aussi bien à la fabrication de cartons ondulés, pour faire des emballages, que des feuilles pour l’écriture, l’impression…. Parmi les clients, la plateforme Uber Eats propose depuis un an, des sacs en Paper Releaf aux restaurants. Le produit a également servi à L’Oréal pour des emballages envoyés en Ukraine. La division Banque Privée de BNP Paribas a utilisé le papier l’an dernier pour imprimer son rapport annuel RSE. « Notre stratégie est de vendre des produits finis aux grands industriels en nous appuyant sur nos sous-traitants papetiers», explique le directeur qui n’exclut pas de saisir certaines opportunités commerciales comme, par exemple, vendre ses pellets aux grands acteurs de la papeterie.
Actuellement en phase pré-industrielle, la ligne pilote possède une capacité de 3000 tonnes par an. Une première usine est envisagée pour 2027. Deux levées de fonds sont prévues dans les prochains mois. L’une de 500000 euros, l’autre d’un montant entre 5 et 10 millions euros. «Le futur site sera dimensionné pour une capacité de 20000 tonnes annuelles», projette le directeur des opérations. La ressource ne risque pas de manquer. En un an, ce sont environ 1,5 million de tonnes de feuilles mortes qui transitent par les déchetteries françaises, dont 90% pour faire du compost et 10% pour l’incinération. Avec sa solution, Releaf paper propose une troisième voie de valorisation et deux principaux bénéfices à ses clients. «La production de «fibres alternatives» permet de réduire la pression sur la ressource bois, et de réduire l’empreinte carbone des produits», indique Bertrand Chevalier. «En analyse globale de cycle de vie d’un produit papier on sera entre 20 et 50% de réduction de l’empreinte carbone».
Le défis de l’humidité
Si les fibres de bagasse de canne à sucre et de chanvre sont déjà utilisées pour des applications similaires, l’utilisation de fibres naturelles issue de déchets verts est une première mondiale, assure Bertrand Chevalier. C’est avec un process thermomécanique - sans additif - que les équipes de Releaf paper ont concrétisé l’idée. Triées, lavées, séchées, les feuilles sont ensuite, découpées, hachées, défibrillées jusqu’à atteindre la granulométrie correspondante aux besoins des sous-traitants et clients papetiers. «La gestion de l’humidité est le principal défi», explique Bertrand Chevalier. Si le taux est trop sec, j’ai de la poudre, s’il est trop humide, j’obtiens des fragments trop grands. L’étape est très complexe, car il varie en permanence selon les arrivages». Si le prochain site intègrera une pré-usine dédiée spécifiquement au stockage, stockage qui permettra de conserver les feuilles pendant les 12 mois suivant la collecte d’automne, c’est aussi un second process qui verra le jour.
Limitée à certaines applications à cause de la composition de ses granulés (40% de cellulose, 40% d’hémicellulose et 20% de lignine en moyenne), les granulés de Releaf paper sont amenés à se diversifier. Le second process, intégrera une troisième étape, chimique cette fois qui permettra la production d’un semi-produit composé entièrement de cellulose pure. Une matière qui permettra à l’entreprise de proposer des produits à plus haute valeur ajoutée comme, par exemple, des papiers de haute-qualité, des texturants pour l’agroalimentaire ou encore des liants pour des excipients pharamaceutiques. En cas de succès, le nombre d’usines pourrait bien se multiplier.



