Pollutec, qui se déroule cette année du 12 au 15 octobre, a retrouvé son public à Eurexpo Lyon, où se tient le salon tous les deux ans, hors pandémie. "2000 exposants sont présents, à peine moins qu’en 2018 où ils étaient 2200, se réjouissait Alexis de Gérard, directeur du salon lors de l’inauguration mardi 12 octobre. Cette 29e édition, avec pour invité d’honneur la Tunisie, compte 500 nouveaux exposants par rapport à la précédente édition." Une foule masquée mais nombreuse se pressait dès le premier jour dans les allées pour découvrir les stands.
Ils étaient encore quelques-uns à écouter les présentations des 20 nominés aux Pollutec Innovation Awards 2021, parmi les 180 candidatures reçues par ce concours d’éco-innovation. Un jury de 35 personnes a noté les 20 candidats pour n’en retenir que trois, plus un prix spécial du jury.
Weeecycling, du cuivre recyclé haute pureté
"Avec la raréfaction, les conflits et l’impact environnemental, nous nous sommes intéressés au cuivre, raconte Serge Kimbel, PDG de Weeecycling, une jeune PME normande de 45 personnes créée en 2019 par l’équipe dirigeante de Morphosis, le spécialiste de la collecte et du démantèlement des déchets d'équipements électroniques et électriques (DEEE). Les émissions mondiales de CO2 pour l’extraction minière des métaux atteignent 2% du total, soit presque autant que le transport aérien. Il existe déjà des solutions pour recycler le cuivre, mais elles sont incomplètes et nécessitent de passer par des affineurs. Là, nous extrayons la bonne molécule et l’impact environnemental est faible." La technologie de recyclage fait appel à l’électrochimie et se caractérise par une très faible consommation de produits chimiques, qui sont régénérés dans le process de fabrication. Les métaux ainsi obtenus présentent une haute pureté (99,99% de cuivre équivalent vierge) et sont ainsi utilisables dans les domaines de l’électrique et de l’électronique. Ils peuvent être réinjectés directement dans les process de production. Désormais, Weeecycling compte s’attaquer aux métaux rares, comme l’iridium.
Cycl-Add recycle les plastiques exotiques
Autre lauréat, Cycl-Add propose une solution de recyclage des déchets plastiques et industriels. "Trop de déchets plastiques ne sont pas recyclés. Dans le monde, la demande atteint 380 millions de tonnes, mais seules 35 millions de tonnes sont recyclées, rappelle Hervé Guerry, président de cette jeune entreprise rhône-alpine. Nous avons inventé une nouvelle chimie faite à partir des déchets pour traiter des plastiques trop souillés et abîmés pour être recyclés, mais aussi des déchets industriels comme les toners, du polyuréthanne et les peintures." Cette chimie fluidifie les films pour les rendre injectables, augmente la résistance mécanique d’un plastique, et peut lui apporter des propriétés anti-UV ou antistatique. Les nouvelles matières sont recyclables et leurs propriétés leur permettent d'afficher de hautes performances. Hervé Guerry a cité quelques exemples de réalisations, comme des plateformes produites à partir de déchets plastiques pour la maintenance de la ligne TGV Bordeaux-Paris capables de supporter une charge de 50 tonnes et des fixations de ski en résine issue du recyclage de maillots de bain, bas et tee-shirts en polyamide et élasthanne.
Circular Materials récupère les métaux lourds dans l’eau
La start-up italienne Circular Materials s’est attaquée à la récupération des métaux lourds dans l’eau. A la suite du cycle de traitement des eaux usées industrielles, elles sont souvent abandonnées dans des décharges sous forme de boues, en partie par manque de solution de séparation. Cette petite entreprise transalpine propose aux spécialistes du traitement des eaux usées une solution pour réduire à zéro les traces de métaux lourds sans aucun solvant ni produit chimique agressif. En sortie, elle génère uniquement de l’eau dé-métallisée et des poudres métalliques pures prêtes à être recyclées en matières premières secondaires.
Ce procédé prochainement breveté utilise la technologie de synthèse hydrothermale continue (technique de cristallisation de substances à partir de solutions aqueuses à haute température à des pressions de vapeur élevées) et exploite les propriétés thermo-physiques particulières de l’eau supercritique à une température supérieure à 374°C et une pression supérieure à 221 bar. Les eaux usées contenant des métaux dissous rencontrent un flux d’eau chauffée de manière supercritique dans un mélangeur breveté. Circular Materials souhaite prochainement étendre sa technologie aux procédés hydro-métallurgiques pour le recyclage des batteries.
Sakowin Green Energy, l’hydrogène bas carbone compétitif à base de gaz
Autre pépite française, Sakowin Green Energy a obtenu le Prix spécial du jury pour son hydrogène bas carbone, revendiqué comme vert mais plutôt turquoise selon le nuancier de référence. "Nous produisons un hydrogène vert à un coût compétitif (1,5 euro/kg) sans émission de CO2 à la demande et sur site, affirme Gérard Gatt, son président. La voie du méthane est plus efficace pour obtenir une énergie bon marché avec une technologie semblable au vaporeformage sans émission." Cette technologie (industriellement inexploitée) est basée sur la décomposition et la transformation totale de la molécule CH4 (méthane). Il s’agit de la plasmalyse du méthane par plasma basse énergie, qui donne de l’hydrogène gazeux et du carbone solide (utile à la production de plastiques, de batteries…), en utilisant en moyenne dix fois moins d’électricité qu’un électrolyseur pour 1 kg d’hydrogène produit, selon les explications de Sakowin. Cette technologie, qui devrait être commercialisée en 2025, s’installe directement sur le site de consommation, sans nécessiter de stockage.
Les lauréats de 2020, qui avaient été récompensés à distance, ont eux aussi reçu leurs trophées sur scène, avec retard.



