Si l’ONU et les co-organisateurs - Costaricains et Français – se félicitent d'une mobilisation sans précédent pour les océans à l'issue du sommet de Nice, les quelques avancées enregistrées demandent à être confirmées, notamment le 23 septembre prochain à New York. 175 États membres des Nations Unies, 64 Chefs d’État et de gouvernement, 28 responsables d’organisations onusiennes, intergouvernementales et internationales, 115 ministres, et 12 000 délégués, représentant plus de 90% des zones économiques exclusives mondiales et près de 85% du volume des ressources étaient présents à Nice entre le 2 et 13 juin (à partir du 9 juin pour le sommet de l’UNOC-3). Il manquait à l’appel les Etats-Unis de Donald Trump…
Le Traité sur la haute mer bientôt ratifié
Commençons par les bonnes nouvelles. Le Traité sur la haute mer (BBNJ, Biodiversity beyond national juridiction) est en bonne voie. 50 Etats ont déjà déposé leur instrument de ratification et 17 autres pays s’apprêtent à le faire. «Nice n’est pas l’endroit pour signer, ce sera à l’assemblée générale de l’ONU à New York, le 23 septembre, où il y aura au moins 70 pays pour ratifier le traité, a rappelé Olivier Poivre d’Arvor, envoyé spécial du Président de la République pour la Conférence Océan des Nations Unies. Cette protection doit devenir la règle, alors qu’elle était l’exception et les l’exploitation des grands fonds marins doit rester l’exception avec une exploitation durable.» Le président de la République, Emmanuel Macron, a promis que le Traité entrerait en vigueur le 1er janvier 2026.
Le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et des ONG comme Greenpeace ont salué «la mobilisation en vue de la ratification du traité sur la haute mer». Ils se sont également réjouis du travail réalisé en vue de la négociation finale du traité sur la pollution plastique «avec 95 pays demandant un objectif mondial de réduction de la production et de la consommation, ainsi que celle en faveur du moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, actuellement soutenu par 37 pays». Ces Etats demandent l’exploration des écosystèmes abyssaux avant d’envisager une exploitation des ressources, mais il faudrait une mobilisation bien plus conséquente pour empêcher les apprentis sorciers soutenus par le président américain de causer de graves dommages pour la biodiversité. D’où l’importance du sommet One ocean science congress qui a réuni en amont de l’UNOC 2000 scientifiques.
Progrès insuffisants sur les Aires marines protégées
Le bilan est par ailleurs mitigé pour l’objectif de Kunming-Montréal (COP 15 de la biodiversité) de protéger 30% des terres et des mers d’ici à 2030. Aucune mention des énergies fossiles n’a été entendue et les Aires marines protégées (AMP) ont peu progressé. «11% de zones maritimes protégées c’est insuffisant mais ce sont tout de même de gros progrès, contestait Olivier Poivre d’Arvor, lors d’une conférence de presse, vendredi 13 juin, à Nice. Gagner 2,6 points depuis le début du sommet c’est déjà beaucoup et j’espère qu’on atteindra l’objectif de 30% en 2030. Mais il faut mieux être sûr que ce sont des aires marines vraiment protégées. » Un peu plus tard, il s’est enthousiasmé sur «un monde nouveau [qui] s’ouvre avec les aires marines protégées.» Ce progrès a été atteint par l’engagement de 14 Etats. La première Aire marine protégée transnationale en haute mer a été annoncée par trois pays (Costa Rica, Equateur et Colombie).
Du côté des déceptions, Greenpeace souligne, malgré les beaux discours, le manque d’ambition de la France. «La France, pays hôte de la conférence, avait une opportunité historique de montrer l'exemple, a déclaré François Chartier, chargé de campagne océans chez Greenpeace France. Mais aucune annonce concrète n’a été faite sur l’extension ou le renforcement de ses aires marines protégées (AMP), en particulier sur le sujet du chalutage de fond, qui a été central lors de cette conférence.» Du côté de la fondation Tara Océan, «on est très déçu par la position de la France sur les AMP, regrette Romain Troublé, directeur général. Si nous saluons les avancées en Polynésie, pour la France métropolitaine, nous n’avons toujours pas compris comment protéger nos écosystèmes.»
Par contre, l’UICN salue «la création de nouvelles aires marines protégées en Polynésie française, en particulier de deux zones de protection stricte. La première, de 220000km², située près des îles de la Société, et l’autre, de 680000 km², près des îles Gambier, qui répondront aux catégories I et II de l’UICN. Une autre zone de 250000km² sera réservée à la pêche artisanale. Des projets sont également en cours dans les îles Marquises et Australes.»
L’argent n’est pas au rendez-vous
Et si l’objectif de l’UNOC-3 n’était pas contraignant, le compte n’y est pas en matière de financements de l’Objectif de développement durable 14, qui fait partie des 17 ODD de l’Agenda 2030 adopté en 2015. C'est l'ODD la moins financée. Quelques jours avant le sommet, Xiaoting Jin, experte biodiversité et océans, notamment sur les sujets de financement à l’AFD, rappelait que «l’objectif est d’atteindre 175 milliards de dollars par an.Or, actuellement, nous sommes à 25 milliards par an et les modèles économiques ne sont pas évidents à mettre en place.» Une avancée est tout de même à noter, c’est le Fonds décarbonation du transport maritime qui devrait rapporter 10 milliards de dollars par an et qui sera fléché à destination des pays insulaires, selon Olivier Poivre d’Arvor. Les armateurs devront s’acquitter d’une taxe carbone validée en avril par l’Organisation maritime mondiale (OMI) pour encourager les carburants propres avec l’objectif de zéro émissions nettes en 2050. Les engagements privés se situent autour de 9 milliards de dollars, alors que le Costa Rica en espérait 100 milliards.
L’avenir des océans fera l’objet de plusieurs rendez-vous, à commencer pour New York en septembre, puis la COP1 sur la haute mer qui devrait être organisée à l’automne 2026. Et un sommet UNOC-4 dans trois ans, qui sera co-organisé par le Chili et la Corée du sud. D’ici là, il faut espérer que le pays du Matin calme aura rejoint la coalition pour un moratoire sur l’exploitation des fonds marins…



