A Saint-Brice-Courcelles (Marne), dans l’agglomération rémoise, le site industriel de Suez traite plus de 35000 tonnes de déchets par an, dont une grande part provient de la filière viti-vinicole. Des bennes déchargent métaux, housses plastiques, cartons et capsules. 14000 tonnes de déchets traités sur ce site sont valorisables dont plus d’un tiers est issu de la filière Champagne.
«Deux tiers des AOP de Champagne sont sur le territoire de la Marne. Suite à la mise en application de la loi Agec, la gestion des déchets a évolué avec la réduction de l’enfouissement, la mise en place de huit flux déchets, la valorisation énergétique» rappelait Kevin Haffreingue, directeur de l’agence Suez services aux entreprises en Champagne-Ardenne. Tout producteur qui fabrique plus de 1100 litres par semaine doit mettre en place une gestion des flux et la traçabilité. Suez travaille depuis 40 ans avec la filière Champagne qui regroupe 16300 vignerons, 125 coopératives et 390 Maisons de champagne et exporte dans 190 pays.
Sur le site, une grue remue dans tous les sens des mobiliers pour séparer le métal du bois composite. Plus loin, les cartons triés préalablement passent dans une presse à 350 bars pour réduire un volume de 15 à 1,33 m³. Enfin, l’une des grandes innovations est le tri et la séparation des matières (acier ou alu et plastique) sur la capsule-bidule, bouchon utilisé lors de la période de tirage de la fabrication du champagne. La partie plastique évite au champagne en maturation d’entrer en contact avec le métal. Après un an, Suez a produit 120 tonnes sur un marché estimé à 900 tonnes. La machine mise en place à l’été 2023 pour le tri des capsules-bidules – elle peut être chargée jusqu’à 1 tonne – est équipée d’une table vibrante et d’un système de marteau qui permet de séparer l’opercule en plastique de la capsule en acier et plus souvent en aluminium. Puis un outil appelé overband magnétiquesépare les deux métaux.
Olivier Cognasse Le tri des capsules-bidules par vibration.

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Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
- -5+100.0
Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
- -10+66.67
Février 2026
Plastiques issus des DEEE - PAMVariation en €/tonne
Des glaçons de dégorgement pour la distillerie
À Aï, tout près d’Épernay, lieu du site historique de la maison Gosset, la plus ancienne et dont l’histoire remonte au XVIème siècle, on comprend l’utilité de cette capsule en deux parties. Après une longue période de stockage, la bouteille encapsulée est placée dans un bac à 25°C après remuage afin d’expulser le dépôt emmagasiné pendant cette phase appelée dégorgement. Les glaçons de dégorgement finissent dans la distillerie située de l’autre côté de la rue. Capsule-bidule et collerettes sont triés et placés dans des bacs qui seront ensuite ramassés par Suez. «J’avais vu une démonstration de la machine de Saint-Brice, il y a deux ans, qui m’a convaincu» explique Yvain Leblond, responsable de production qui a bâti à l’extérieur du bâtiment une zone protégée pour deux bacs avec des matériaux de récupération.
Olivier Cognasse Yvain Leblond, responsable de production pour la Maison Gosset montre la bouteille vant l'expulsion du glaçon de dégorgement.
C’est au siège d’Épernay, que la Maison Gosset détaille sa politique environnementale. «Nous avons produit 1 million de bouteilles par an sur un total de 270 millions dans l’ensemble de la Champagne en 2024, indique Thibaut Le Mailloux, responsable marketing & communication. Nous ne possédons pas de vignes, mais nous encourageons nos vignerons à passer au bio ou à l’agro-écologie.» Pour réduire son empreinte carbone et réduire les déchets, la Maison cinq fois centenaire assure que 100% des packagings sont éco-conçus et proviennent de producteurs locaux. 85 à 95% des bouteilles sont fabriquées à partir de verre recyclé hormis pour le verre blanc. Tous les sous-produits de la vinification sont collectés, recyclés et valorisés en distillerie, les cartons, glassines, verres, papiers et bouteilles en PET sont revalorisés. Pour la collecte et le recyclage, le producteur de Champagne a mis en place 14 flux de déchets, dont 10 sont gérés par Suez. Les quatre derniers sont envoyés chez les fournisseurs ou dans une entreprise de recyclage située à quelques hectomètres pour les métaux.
L’OVH, une première
Les eaux usées et effluents viticoles sont traités dans la station d’épuration de Suez d’Épernay Mardeuil située en rase campagne, à quelques kilomètres de l’avenue de Champagne à Épernay, avec sa succession de châteaux et hôtels particuliers. «Elle collecte et traite les eaux usées domestiques et industrielles et donc les effluents vinicoles pour 16 communes représentant 35000 habitants et 4170 hectares de vignobles détaille Patrice Hofman, directeur général de la Société d'assainissement de l'agglomération d'Epernay (SAAE), dont la gestion est déléguée à Suez. Cette station dispose d’une capacité de 77000 équivalents habitants (EH) et la pollution peut être doublée en période de vendanges avec des pointes d’entrée atteignant 1750 m3/heure, soir l’équivalent de trois-quarts d’une piscine olympique par heure.»
Cette station est la première en France à avoir intégré le procédé de déhydratation par OVH (Oxydation par voie humide) pour le traitement des boues qui permettent de ressortir un gaz propre, un liquide biodégradable et un résidu minéral utilisé comme matériau de remblais routiers (500 tonnes par an). Au second semestre 2025, une solution de proximité de traitement des effluents phytosanitaires sera mise en place. Jusqu’ici, les viticulteurs étaient obligés d’envoyer ces effluents qui contiennent des résidus de pesticides et d’autres produits chimiques sur des installations éloignées. Un hangar photovoltaïque produisant 475 MWh/an est en construction. La valorisation des boues par méthanisation doit permettre de produire du Bio GNV pour parcourir 1 million de kilomètres et un projet de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) devrait voir le jour. Elles sont aujourd’hui restituées au milieu naturel.
Olivier Cognasse Patrice Hofman, directeur général de la Société d'assainissement de l'agglomération d'Epernay (SAAE), dont la gestion est déléguée à Suez, devant un tas de résidu naturel qui mélangé servira pour les remblais routiers.



