Reportage

[Idée verte] Comment TchaoMegot veut faire un tabac dans le recyclage des mégots

TchaoMegot, une start-up tricolore, s’est penchée sur le problème des mégots qui finissent au mieux dans les poubelles, au pire dans la rue. Son fondateur Julien Paque a développé un process de recyclage en phase de commercialisation.

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TchaoMegot Julien Paque
Julien Paque, ingénieur et fondateur de TchaoMegot qui développé un process pour recycler les mégots.

Rendez-vous dans un charmant village de Picardie, à Hermes (Oise). Dans cette commune, se cache la start-up TchaoMegot, qui développe un process breveté pour dépolluer les mégots de cigarettes. Une fois la grille passée, se dévoile une maison ancienne avec un pigeonnier et l’atelier.

C’est là que le jeune fondateur Julien Paque, et sa petite équipe d’une dizaine de personnes, utilisent une machine capable d’extraire les substances toxiques des filtres. Dans le cadre de ce projet lancé il y a deux ans, TchaoMegot utilise un solvant neutre pour dépolluer les filtres, qui serviront ensuite d’isolant dans le bâtiment ou les doudounes.

Tripler les effectifs

« Lors de mon stage de fin d’étude à l’École des hautes études d'ingénieur (HEI) de Lille, j’ai créé mon stage sur cette thématique, raconte Julien Paque, ingénieur de formation. Je voulais le faire avec un process écologique pour ne pas déplacer la pollution ailleurs. J’avais un CDI chez Renault, mais j’ai décliné l’offre et je me suis lancé en rejoignant pendant un an iTerra », un incubateur et accélérateur de start-up situé à Beauvais et Compiègne.

Pour financer son projet, Julien Paque a bénéficié de fonds propres (115 000 euros), ainsi que des aides de la région Hauts-de-France à même hauteur et des résultats d’une campagne de crowdfunding. La jeune entreprise va déménager à Beauvais dans les prochaines semaines, avec un investissement dans des machines plus capacitaires. Julien Paque, qui s’est associé à son père Arnaud, vise une production de 300 tonnes par an en 2022 et de 900 tonnes en 2023. Avec l’ambition de tripler les effectifs l’an prochain si la production décolle.

Solvant neutre utilisé en circuit fermé

Le process développé par Julien Paque – il a déposé six brevets – repose sur une machine existante qu’il a modifiée. Elle extrait sans eau, ni produit toxique, mais avec un solvant neutre réutilisé en circuit fermé, la totalité des produits toxiques (0,3% du poids d’un filtre). Le reste peut être ensuite recyclé et réutilisé. « Ce solvant neutre est chauffé à environ 30 degrés et la pression est modeste (50/60 bars) », détaille le dirigeant de TchaoMegot.

Cette machine est utilisée pour d’autres applications, comme pour extraire les arômes d’huiles de poisson. Dans ce cas, la matière réutilisable reste dans les deux cuves de 5 litres. A Beauvais, il s’agira de cuves de 500 litres avec une machine plus importante.

Collection de doudounes

Le mégot contient environ 15% de feuilles et tabacs qui sont compostables. Mais 84,3% de la matière peut être recyclée en isolant pour le bâtiment, en dans la production de doudounes. Une collection doit être lancée en démonstration dès la fin du mois de novembre.

« Une fois propre, la matière est transformée en plaques qui sont intégrées dans le vêtement, explique Julien Paque.  Dans les prochains mois, nous envisageons de produire 200 à 300 doudounes par mois à la marque TchaoMegot. Nous travaillons avec un atelier de couture qui emploie du personnel en réinsertion à Roubaix. »

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Les substances toxiques extraites grâce un procédé utilisant un solvant neutre représentent 0,3 % de la composition d'un mégot. Crédit : TchaoMegot

Augmenter la collecte

Pour augmenter de manière drastique sa production, la jeune entreprise a également développé des solutions de collecte, nécessaires pour obtenir un volume conséquent. « Nous développons nos propres cendriers [la production est sous-traitée] avec une communication pour sensibiliser les fumeurs. Nous avons déjà installé 300 collecteurs dans notre région, mais aussi à Nice et à Saint-Denis par exemple. Un transporteur récupère les sacs quand ils sont pleins », souligne Julien Paque.

L’objectif est de multiplier les contrats avec les collectivités et les entreprises. La prochaine étape est de traiter les substances toxiques actuellement stockées dans des flacons, puis valorisées dans un laboratoire. TchaoMegot travaille sur des solutions comme l’utilisation de micro-algues pour les métaux lourds et la réutilisation de certaines substances dans les piles.

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