En promettant, lundi 28 juin, d’investir jusqu’à deux milliards d’euros pour implanter sa méga-usine de batteries de Douai (Nord), le groupe chinois Envision s'est placé dans la lumière. Le président de la République lui-même, Emmanuel Macron, a fait le déplacement pour visiter le site choisi – mitoyen des usines de Renault – pour produire 9 gigawattheures de batteries par an dès 2024. Une opération réussie pour la jeune société chinoise, née dans les éoliennes terrestres mais qui s’est progressivement positionnée sur diverses briques technologiques vertes, tout en s’implantant à l’international. “Le cœur du groupe, c’est la décarbonation via les technologies intelligentes, matérielles et numériques”, résume Sylvie Ouziel, présidente pour l’international d’Envision Digital, la branche numérique de l’entreprise.
Champion de l’éolien terrestre
La légende de la firme est déjà rodée. “Envision a été créé en 2007 par Lei Zhang, un chinois de Shangaï, banquier à Londres, dont le positionnement a été de répondre au défi du développement durable par les technologies”, narre Sylvie Ouziel. Formée à l'Ecole Centrale Paris, l’ingénieure française a passé vingt ans à se frotter à divers projets industriels chez Accenture, avant son arrivée chez Envision, notamment pour aider à l’expansion du groupe à l’international.
Premier pari réussi : l’éolien terrestre. En 2020, la firme arrivait au pied du podium, derrière l’américain GE, le chinois Goldwin et le danois Vestas, selon BloombergNEF. Une réussite permise par le très fort dynamisme du marché chinois, mais aussi par “un positionnement précurseur sur le numérique et l’AIoT [internet des objets dopé par l’intelligence artificielle, ndlr], avec l’utilisation de centaines de capteurs pour optimiser le fonctionnement de l’éolienne, ainsi que des applications de météo très géolocalisées pour prévoir finement la production d’énergie et les chocs sur le réseau”, souligne Sylvie Ouziel.

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A capital majoritairement privé, Envision reste discrèt sur les chiffres. En 2020, l’entreprise comptait quelque 7000 salariés de par le monde, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de “7 à 8 milliards de dollars, encore en très grande majorité porté par l’éolien”, note Sylvie Ouziel, tout en précisant que d’autres activités – batteries et numérique en tête – devraient monter en puissance.
Car la firme a l'ambition de multiplier ses marchés. Si sa branche historique, à Shanghai, se spécialise dans l’éolien, le groupe se concentre sur les logiciels et les capteurs à Singapour, tandis que les Etats-Unis hébergent sa branche d’investissement en capital-risque… Même le Royaume-Uni dispose de sa filiale, dédiée aux courses de Formule E (la Formule 1 version électrique). La firme dispose aussi de nombreux centres de recherche aux Etats-Unis, en Allemagne, au Danemark, à Singapour, au Japon… Ainsi qu'en France, où une centaine de personnes travaillent autour de solutions logicielles pour optimiser la charge des véhicules électriques.
“Smartifier” la transition écologique
Depuis le rachat des activités batteries de Nissan en 2018 (pour quelque 1,5 milliard d’euros), Envision est aussi positionné sur les batteries via sa branche japonaise AESC (pour Automative Energy Supply Corporation, dont Nissan conserve 20% des parts). Là encore, la transition est centrale. “Nous ne sommes pas un pure-player de la batterie, décrit Sylvie Ouziel. Nous la voyons comme une brique dans le continuum de la décarbonation, qui inclut la production et les logiciels. En contrôlant la charge et la décharge, les véhicules électriques apporteront de la flexibilité au réseau, tandis que le stockage stationnaire sera indispensable pour les mix énergétiques avec beaucoup de renouvelables”.
D’où la place du numérique, considéré comme indispensable pour “smartifier” la transition énergétique. “Notre ADN c’est le numérique pour l’énergie, pour optimiser la production solaire éolienne et hydraulique, mais aussi la consommation des ports, des usines et des bâtiments, ou orchestrer le chargement des batteries et les microgrids”, liste Sylvie Ouziel. L’activité est florissante : en mars 2021, Envision avait connecté 180 GW de parcs renouvelables, soit l’équivalent de 30 000 sites et de 63 millions de capteurs dans le monde.
Conquérir l’Europe
Démographie et origine obligent, le marché chinois reste une priorité pour Envision. Il y vend la quasi-totalité de ses éoliennes. A l’exception de quelques parcs – à l’image de celui de 16 éoliennes implanté en Côte d’Or, au Nord de Dijon, en 2019 – c’est surtout dans les batteries et le numérique qu’Envision pousse ses pions sur le vieux continent. “L’Europe est précurseur dans son adoption de l’électromobilité et c’est un marché très dynamique, où l’on vient inventer les solutions de demain, comme les chargeurs intelligents pour les véhicules électriques”, explique Sylvie Ouziel. Dans le numérique, qui représente “quelques centaines de millions” annuels, l’Europe représente 30% des ventes d’Envision, autant que la Chine ou que le reste de l’Asie. Les Etats-Unis comptent pour les 10% restants.
Une dynamique logique pour Sylvie Ouziel, pour qui “l’économie de la décarbonation est de plus en plus gourmande en IoT, pour des raisons d’efficacité comme pour des raisons de traçabilité et de finance carbone”. Par exemple ? Le pilotage des éoliennes, mais aussi les accords de rachat d’électricité issue de sources renouvelables (PPA), que l’IoT permet de rendre “réalistes, en suivant les consommations au quart d’heure pour compenser en temps réel”, ou encore l’orchestration de la charge des batteries et l’utilisation de l’énergie des clusters industriels, liste l’ingénieure. Membre du consortium européen HyDeal, Envision s'intéresse aussi à l'hydrogène vert, dont il numérise pour l'instant les infrastructures de production. Jusqu'au prochain rachat ?



