Pourquoi TotalEnergies réduit sa participation au capital d'ACC

Le fabricant européen de batteries lithium-ion pour véhicules électriques ACC a levé 4,4 milliards de dettes auprès de multiples banques pour soutenir sa croissance. Surprise : Saft, filiale de TotalEnergies, réduit sa participation dans la coentreprise de 33 à 25%.

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Gigafactory ACC Douvrin
Membre-fondateur d'ACC, Saft (filiale à 100% de TotalEnergies) va réduire sa participation dans le fleuron de la batterie européen de 33 à 25%. Saft est pourtant en partie détenteur des brevets originels ayant permis le développement des batteries commercialisées par ACC.

Dans une industrie à forte intensité de capital comme celle des batteries pour véhicules électriques, il vaut mieux avoir les reins solides. Automotiv Cells Company (ACC) annonce lundi 12 février par voie de communiqué la clôture d'une levée de dette de 4,4 milliards d'euros auprès d’un consortium de banques composé de BNP Paribas, Deutsche Bank, ING, Intesa Sanpaolo et soutenue par Euler Hermes (filiale d’Allianz Trade), Bpifrance et son équivalent italien, la SACE. La ventilation des fonds n’est pas détaillée. L’information avait été ébruitée pour la première fois par Bloomberg vendredi 9 février. «Le soutien de cette communauté financière de classe mondiale constitue une preuve évidente de la confiance accordée au projet ACC», a déclaré Yann Vincent, directeur général du groupe, cité dans un communiqué. «Cette opération permettra d'accélérer le développement d'ACC et de conforter sa position d’acteur-clé de l'industrie des batteries», détaille encore l’entreprise.

Saft réduit sa participation dans ACC à 25%

Par la même occasion, ACC annonce que la répartition de son actionnariat évolue. Fondée en 2020, l’entreprise était d’abord détenue à parts égales par TotalEnergies, via sa filiale Saft, et Stellantis. Le groupe Mercedes-Benz a rejoint le projet en septembre 2021, chacun des acteurs détenant depuis 33% du capital. Mais «d'ici à la fin mars 2024 et avec la prochaine injection de capital, Stellantis détiendra 45% des actions d'ACC, Mercedes-Benz 30% et Saft 25%», avise ACC dans son communiqué, ajoutant que Stellantis et Mercedes-Benz «prévoient d’augmenter progressivement [leur participation au capital d'ACC]».

Comment expliquer cette mise en retrait de Saft, filiale à 100% de TotalEnergies ? Ce membre-fondateur est pourtant en partie détenteur des brevets originels ayant permis le développement des batteries commercialisées par ACC… Contacté par L’Usine Nouvelle, TotalEnergies justifie sa décision par sa volonté de ne pas «vouloir bloquer ses partenaires» : «au travers de Saft, TotalEnergies compte poursuivre son engagement dans ACC au rythme prévu initialement et donc sans accélérer ses investissements dans un domaine qui n’est pas aussi stratégique pour lui que pour les constructeurs automobiles». TotalEnergies dit avoir «participé aux dernières augmentations de capital, mais dans une moindre mesure» et assure «rester engagé dans le long terme auprès d’ACC». La multinationale de l’Oil and Gas précise ne pas vouloir céder davantage de ses participations aux deux autres actionnaires d’ACC. 

Le monde financier pourrait ne pas être surpris par cette annonce, alors que la banque d’investissement Jefferies avait par exemple relevé dans une note parue en octobre «des intérêts potentiellement divergents entre les actionnaires, Mercedes et Stellantis se concentrant sur le coût des batteries, tandis que Total/Saft s'intéresse également aux retours sur investissement». Contacté par L’Usine Nouvelle, Stellantis, désormais premier actionnaire du fabricant, n’a pas souhaité commenter l’information.

Passage à la production de masse en 2024

Alors que le parc automobile européen est appelé à s'électrifier massivement dans les prochaines années, ACC a prévu d'établir en Europe trois usines de production de cellules et de modules de batteries lithium-ion NMC (nickel manganèse cobalt) pour voitures électriques. L’entreprise soutenue par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz vise une production de 120 gigawattheures (GWh) en 2030 (contre un objectif initial de 48 GWh à la création de l'entreprise en 2020) grâce à trois usines française (Douvrin, Pas-de-Calais), italienne (Termoli, sud du pays) et allemande (Kaiserslautern, en Rhénanie-Palatinat) de taille identique (40 GWh).

Construite en un temps record (dix mois) et inaugurée à la fin du mois de mai 2023, la première gigafactory, implantée à Douvrin, a officiellement commencé à produire ses premières batteries en décembre «conformément au calendrier prévu, ce qui constitue une réussite remarquable», réaffirme l’entreprise. Le passage à la production de masse n’est toutefois pas de tout repos et quelques grains de sable grippent encore le lancement à plein régime de la méga-usine (61 000 mètres carrés), a constaté L’Usine Nouvelle lors d’une visite mi-janvier. Les défis industriels restent nombreux avant qu’une batterie de série produite par ACC ne puisse équiper les nouveaux Peugeot e-3008, fabriqués à Sochaux (Doubs). L’unique ligne de production, d’une capacité de 13,3 GWh, doit être complétée par deux autres tranches dans les années à venir. La levée de dette annoncée par l’entreprise vise à financer ces investissements colossaux, en commençant par le lancement de la construction d’un premier «bloc» en Allemagne et de deux «blocs» en Italie.

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