Face à l’arrivée d’une nouvelle génération d’usines géantes en France et Europe, les fameuses gigafactories tant convoitées par les pouvoirs publics, les assureurs tentent de se mettre au diapason. « Aujourd’hui, certains assureurs ne sont pas très à l’aise avec ces gigafactories pour plusieurs raisons. Un travail doit être fait pour acculturer le marché de l’assurance aux risques de ces giga-usines, constate auprès de L’Usine Nouvelle Denis Bicheron, en charge des lignes d’assurance «dommages aux biens» et «construction», notamment, chez le courtier WTW. Il y a des usines de très grande taille en France, mais nous n’en avons pas construites depuis longtemps. La tendance était plutôt à la désindustrialisation.»
Du côté de l’assureur Axa XL, on explique être en ordre de bataille pour couvrir ces risques. «Mais nous devons encore apprendre sur ces usines. Il y a encore probablement une forme de prudence, reconnaît Laurent Richème, son directeur souscription en dommages aux biens, énergie et construction pour l’Europe et l’Asie-Pacifique. Le sujet n'est pas vraiment la taille de ces usines, mais plutôt leur profil de risque. Il faut mieux le connaître, adapter la prévention des incendies…»
La nouveauté des gigafactories de batteries
Pour le moment, gigafactory rime surtout avec production de batteries pour les véhicules électriques aux oreilles des assureurs. D’autres technologies comme les panneaux photovoltaïques ou les semi-conducteurs sont considérées comme mieux connues. «La nouveauté, ce sont les gigafactories de batteries qui génèrent une exposition particulière aux incendies», indique Laurent Richème.
Une observation d’ailleurs partagée par la fédération du secteur, France Assureurs. «C’est un enjeu clé car il y a des sinistres, notamment dans l’entreposage de ces batteries», souligne Christophe Delcamp, le directeur des assurances de dommages et de responsabilité de l’organisation patronale. L’incendie d’un entrepôt de Bolloré Logistics qui abritait des batteries au lithium près de Rouen début 2023 ou les flammes qui se sont propagées pendant plusieurs jours sur un site de stockage de batteries de Tesla en Australie en 2021 ont marqué les esprits.

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De fait, la phase de construction d’une giga-usine n’est pas la plus sensible en matière d’assurance. «Même s’il peut y avoir quelques soucis sur l’assurance décennale [qui couvre les défauts de conformité après la réception d’un chantier, ndlr], car certaines usines possèdent des salles blanches soumises à de nombreuses contraintes», précise Denis Bicheron de WTW.
Risque d'emballement thermique
Les difficultés portent surtout sur la phase d’exploitation. L’accumulation de matériaux combustibles et de liquides inflammables est plutôt maîtrisée. «En revanche, le chargement électrique des batteries lithium-ion et leur stockage sont des étapes avec un peu plus d’inconnues», relève Loïc Le Dréau, le directeur général des opérations de Paris de l’assureur américain FM Global. Le risque identifié est celui d’un emballement thermique conduisant à une explosion. «C’est un risque relativement classique quand on fabrique des batteries, mais on parle ici d’une concentration massive de ces produits», appuie Maxime Ambourg, directeur du conseil en gestion des risques pour l’Europe et l’Asie-Pacifique d’Axa XL. Les équipes d’ingénieurs des assureurs sont à pied d’œuvre pour comprendre aux mieux les systèmes de prévention des industriels. Un gros travail d’autant plus nécessaire qu’il n’existe pas encore de standard de place, reconnu largement par le monde de l’assurance, pour la protection des gigafactories.
D’autres risques moins spécifiques à ces usines existent également, par exemple sur leurs approvisionnements en métaux critiques. En cas de rupture, les pertes d’exploitation causées peuvent être lourdes. La configuration des gigafactories complique aussi la donne. «Nous sommes confrontés à des bâtiments monoblocs de plusieurs centaines de mètres de long, souvent sans compartimentage coupe-feu», observe Benoît Jacob, le directeur du conseil en gestion des risques de WTW. Dans ce cas, une solution classique reste l’installation de systèmes d’extinction automatique comme le sprinklage.
Concentration de valeur
Le gigantisme des gigafactories induit en tout cas une concentration de valeur dans une zone finalement assez restreinte. «Le sinistre maximum possible est si élevé en montant que cela limite la part que chaque assureur peut prendre sur ce type de risque», admet Laurent Richème d’Axa XL. Même chez FM Global, un assureur réputé pour sa propension à offrir de grosses capacités sur le marché, on se montre prudent sur les gigafactories. «Notre approche de base est d’offrir des solutions à 100%, mais la réalité du risque peut être différente», informe Loïc Le Dréau.
D’où des «difficultés inhérentes à la constitution d’une large coassurance [partage d’un risque entre plusieurs assureurs, ndlr]» pour ces usines, selon Michel Josset, le président de la commission prévention et dommages de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise. «Il faut notamment avoir les compétences en interne pour sélectionner une pluralité d’acteurs», fait d’ailleurs remarquer un porteur de projet de giga-usine – hors secteur des batteries – qui a des premiers échanges exploratoires avec les assureurs.
Un historique qui manque de profondeur
Au global, le coût de l’assurance serait plutôt élevé pour les gigafactories, avec des variations possibles en fonction de l’exposition aux catastrophes naturelles et au niveau de franchise accepté. «L’historique entre toujours en ligne de compte, ajoute Benoît Jacob de WTW. Contrairement à des sites industriels qui mènent leur activité depuis des dizaines d’années, les gigactories n’ont pas le même retour d’expérience sur leur activité, même s’il s’agit d’une coentreprise de grands groupes. Les assureurs en tiennent compte.»
Pour favoriser l’assurabilité de leur installation, les porteurs de projet de giga-usine impliquent généralement les assureurs très tôt dans sa conception. «Il faut travailler sur la prévention des risques très tôt, en partenariat avec l’assureur», recommande Loïc Le Dréau de FM Global.



